Il était gouverneur de Bouchaiii pour les alliés
[Juin 1712] DU CHEVALIER DE QUINCY. 119
missions qu'on lui avoit donnçes, l'empêcha encore d'atteindre le comte de Growestein. Ainsi nos troupes en furent pour leurs fatigues ^ Il m'a été dit depuis qu'elles firent plus de ravages, dans les endroits où elles passèrent, que n'avoient fait nos ennemis.
On ne devroit jamais employer de certaines personnes à la guerre, qui portent toujours avec elles un malheur continuel. A la Porte, on a beau avoir tout le mérite et toute la capacité possibles, tant dans le ministère que dans le militaire : dès qu'un homme est connu pour être malheureux, il est déposé sur-lechamp, et quelquefois lui en coûte-t-il la tête. Ces exemples sont très fréquents.
J'étois de grand'garde dans un village près de Grèvecœur, appartenant à M. le marquis de Wargnies^, lorsque le détachement de M. de Saint-Frémond passa à trois cents pas de moi. Gomme je ne savois pas de quoi il étoit question, si c'étoient les ennemis ou les François, je me mis en état de me défendre le mieux que je pouvois. J'appris depuis ce qui en étoit.
Le 12, nous entendîmes un grand bruit de mousqueterie et de canon, à six heures du soir, du côté du Quesnoy. Le lendemain, nous fûmes informés que c'étoit une sortie que M. de la Badie avoit fait faire sur des travailleurs qui élevoient un retranchement
1. Mémoires militaires, p. 47-48; Histoire militaire, p. 43-44; Gazette, p. 335; Mémoires de Sourc/ies, p. 410-413 et 471, note. La Gazette d' Amsterdam (n° l) prétend que M. de Growestein s'avança jusqu'à dix lieues de Paris.
2. Ce marquis de Wargnies avait eu le gouvernement de Courtray ; sa terre, voisine du Quesnoy, avait été érigée en marquisat par lettres patentes du 26 janvier 1651.
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vis-à-vis la porte de Valenciennes; (|ne le comte de Jarnac, de la maison de la liochefoucauld, colonel du régiment de Béarn\ à la tête de cent dragons et de mille fantassins, étoit tombé si brusquement sur les troupes des ennemis qui soutenoient ces travailleurs, (ju'il en avoit tué une partie, dissipé l'autre, et avoit aussi ruiné leurs travaux; il s'étoit retiré en amenant avec lui deux cents prisonniers. Il lui en coûta une trentaine de soldats et de dragons de tués ou de blessés^. Cette sortie se fit auparavant que les alliés eussent ouvert la tranchée, qui se fit à trois endroits différents, la nuit du 19 au 20; la première, du côté de la porte de la Forêt^; la seconde, le long d'un étang qu'ils laissèrent sur leur droite, et la troisième, sur la droite de cet étang.
Mort du duc de Vendôme, son éloge. — Ce fut à peu près dans ce temps que nous apprîmes la mort du duc de Vendôme, qui mourut à Vifiaroz, d'une indigestion, le 11 juin, âgé de cinquante-huit ans*. Les vrais militaires et les bons citoyens regrettèrent infiniment la perte de ce grand homme. Pour moi, comme bon François, je le regretterai toute ma vie. Quelle valeur, quelle fermeté et quelle grandeur d'âme! Ce prince étoit admirable dans ses projets ; il étoit aussi entreprenant que le grand prince de Condé, et son coup
1. Créé en 1684 avec un bataillon de Picardie, ce régiment fut licencié en 1762.