Quincy, Histoire militaire, t. III, p
2. Charles-François de Lorraine-Elbeuf, fils de la princesse de'Lillebonne, né en 1661, fut tué au combat de Luzzara le 15 août 1702 : ci-après, p. 240. Ayant déserté en 1684 pour prendre du service dans l'armée impériale, il en partageait avec son cousin le prince Thomas de Vaudémont le commandement sous le prince Eugène.
[Juin 1702] DU CHEVALIER DE QUINCY. 215
Le 16, M. de Vendôme fit retirer les douze pièces de canon, et il alla à Mantoue, avec deux mille chevaux, pour reconnoître les ponts que les ennemis avoient sur le Mincio. En revenant de cette promenade, il fut attaqué à Mantoue d'une colique néphrétique, ce qui nous alarma infiniment. Il étoit aimé généralement de tout le monde. Les soldats l'adoroient ^ ; ils le nommoient le Blondin ou le Caporal Vendôme. Le 18, son accident étant passé, il revint joindre l'armée.
Nous restâmes dans ce camp jusqu'au 1 1 de juillet, pendant lequel temps il ne se passa plus rien de considérable.
J'ai oublié de dire que le duc de Mantoue vint dîner chez M. de Vendôme le 121 juin. Notre armée étoit en bataille. Il ne faisoit que répéter : Bravi, bravi cavorlieri! Bravi soldati! Bravi signorif Gomme il étoit notre généralissime, M. de Vendôme lui fit faire tous les honneurs dus à cette qualité; le canon fit trois décharges.
Enfin, le 1 1 juillet, le duc de Vendôme, ayant laissé dans nos retranchements, tant François qu'Espagnols, vingt-cinq mille hommes aux ordres du prince de Vaudémont, marcha avec le reste à Crémone. Nous étions de son armée; nous nous y rendîmes en trois jours de marche, en trois colonnes. Le roi d'Espagne, qui devoit commander l'armée des deux couronnes, y étoit arrivé le 3. Ce même jour, le duc de Parme ^ vint saluer S. M. Catholique, accompagné de M"^ de
1. « Pour sa familiarité avec eux et la licence qu'il toléroit pour s'en gagner les cœurs, » dit Saint-Simon.
2. François Farnèse (1678-1727), devenu duc en 1694, à la mort de son père.
?!6 MÉMOIRES [Juillet 1702]
Parme, sa fille\ qui étoit alors très jolie. Certainement elle ne croyoit pas qu'elle épouseroit un jour ce prince, qui lui fit beaucoup de politesses et qui ne cessoit de la regarder.
Nous arrivâmes le 1 3 à une demi-lieue de Crémone ; nous y séjournâmes le 14. Ce jour-là, le roi d'Espagne fit la revue d'une partie de l'armée; il étoit accompagné du duc de Mantoue. Les troupes qui a voient passé en revue devant S. M. Catholique passèrent le Pô pour aller camper à Castelvetro, dans le Parmesan^.
Pendant notre séjour près de Crémone, je fus voir la cour de ce prince, qui étoit logé à l'hôtel de ville, où il y avoit sur la porte ces mots : Fidelis Cremona, en lettres d'or. Je trouvai le roi fort changé : il avoit pris la perruque ; il avoit une épaule plus grosse et plus haute que l'autre. Je le suivis à la messe au Dôme. Il y fut à pied; il n'avoit que quatre gardes, qui le suivoient de si près que les bouts de leurs mousquetons touchoient presque le dos de ce prince. Ils avoient encore leur ancien habillement : une manière de casaques jaunes, sur lesquelles il y avoit des galons de soie entremêlés de noir, de rouge et de blanc^;
1. Elisabeth Farnèse, née en 1692, qui devait épouser Philippe V en 1714 après la mort de Marie-Louise de Savoie. Elle n'était que la nièce et belle-fille du duc François : son père Odoard, fils aîné du duc Ranuce II, était mort en 1693, un an avant ce dernier, et la veuve, Dorothée-Sophie de Bavière, avait épousé en secondes noces le duc François.
2. Castelvetro-Piacentino, dans l'arrondissement de Fiorenzuolo-d'Arda, au point le plus oriental de la grande boucle que forme le Pô.