‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 130 sur 207 · Petit manteau en soie noire avec capuchon · texte numérisé non relu

Petit manteau en soie noire avec capuchon

[Juillet 1702] DU CHEVALIER DE QUTNCY. 231

demi-quart d'heure, la comtesse et moi, dans le parloir avec la religieuse. Il fallut nous quitter. Tous les jours, jusqu'à mon départ, nous nous rendions dans ce couvent. La veille de ce jour fatal, nous nous y rendîmes de meilleure heure ; la conversation fut des plus touchantes ; il y eut beaucoup de larmes répandues de part et d'autre. Nous prîmes notre arrangement pour nous écrire : j'adressois mes lettres à une bonne femme qui les rendoit exactement à la comtesse. Pendant notre quartier d'hiver, je fis beaucoup de voyages pour l'aller voir, comme je le dirai dans la suite.

Reggio. — Reggio est une des plus jolies villes que j'aie vues en Italie; les gens du pays la nomment Reggio-la-Grassa. Les rues sont belles, larges, bien percées ; les églises, comme dans toute l'Italie, y sont magnifiques. La plupart des rues ont des arcades comme la place Royale à Paris, ce qui est très commode, par rapport au soleil et à la pluie, pour les gens de pied. Il y a un évéché suffragant de Bologne; elle est la seconde ville du duché de Modène. Les habitants, tant gentilshommes que bourgeois, y sont très polis; ils se plaisent avec les étrangers. La police y est très bien observée. Le château est assez bon; mais le palais du duc, qui est dedans, est très peu de chose. Saint Prosper est le premier évêque et le patron de la ville; il étoit François.

Novellare. — Enfin, le 1 3 août, je partis de Reggio, malgré la vive tendresse que j'avois pour ma chère comtesse; mais, comme le bruit s'étoit répandu que M. de Vendôme alloit marcher à l'ennemi, je ne balançai pas un moment. Je fus coucher à Novellare ^

1. >ovellara, à dix kilomètres de Guastalla, sur le canale dei

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petite ville qui appartient au comte de ce nom; il étoit de la maison de Gonzague^ Sa femme accoucha d'un garçon dans le même temps que le roi d'Espagne étoit logé dans son château ; il fut parrain de l'enfant^.

Le 14, je fus à la Testa% où j'appris, en arrivant, que notre armée se mettroit en marche de bon matin pour aller à Luzzara^ poste que les Impériaux occupoient.

Revenons au prince Eugène, qui, ayant appris la déroute de M. de Visconti à Santa-Vittoria, fit lever les postes du Serraglio^, à l'exception de Borgoforte et de Governolo, où il laissa quelques troupes. Ensuite il fit passer le Pô à son armée, afin de venir au-devant de la nôtre.

Bataille de Luzzara. — Il fut dit le soir du 14, à l'ordre, que nous allions à l'ennemi; défense aux soldats de quitter leurs rangs. Nous nous mimes en marche, la nuit du 14 au 15, à une heure après minuit, sans sonner le boute-selle ni battre la générale, sur deux colonnes. Le roi d'Espagne étoit à la tête de celle de droite, et le comte de Tessé à la tête de celle de gauche; M. de Vendôme s'étoit mis en

Molini. La principauté fut réunie au duché de Guastalla en 1737, à la mort du dernier prince.

1. Camille II de Gonzague, comte de Novellara depuis 1678. . 2. Le Diario d'Ubilla (p. 583) parle de ce baptême, qui eut lieu le l®' août ; mais l'enfant n'était pas naissant ; ce devait être Philippe-Alfonse, né le 2 avril 1700, mort en 1728, dernier de sa branche.

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