‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 131 sur 207 · Village sur la Parmeggiana · texte numérisé non relu

Village sur la Parmeggiana

4. Bourg à sept kilomètres nord-est de Guastalla, avec titre de marquisat, possédé par une branche des Gonzague.

5. Petit pays au sud de Mantoue, entre le Mincio, le Pô et un naviglio appelé la Fossa-Viva.

[Août 1702] DU CHEVALIER DE QUINCY. 233

marche à la tête de deux régiments de dragons, des grandes gardes et de vingt-quatre compagnies de grenadiers, une demi-heure avant les deux colonnes. Ce prince arriva à huit heures et demie du matin devant Luzzara. Les ennemis abandonnèrent la ville, après avoir tiré quelques coups de fusil, dont le comte de Sézanne* fut blessé, pour se retirer dans le château. Ils étoient au nombre de cinq cents hommes, aux ordres du baron de Heitendorf, lieutenant-colonel, que M. de Vendôme fit sommer de se rendre. Le refus qu'il en fit devoit faire juger que le prince Eugène n'étoit pas loin.

Notre armée étoit composée de cent escadrons et de cinquante-trois bataillons. Les ordres du roi d'Espagne furent parfaitement bien exécutés jusqu'à la halte, que l'armée fit à deux lieues en deçà de Luzzara. Aucun soldat, ni cavalier, ni dragon ne sortit de son rang ; mais ils ne furent pas plus tôt arrivés, que la plus grande partie fut en maraude. Le pays extrêmement couvert où nous étions les favorisoit dans ce désordre, qui pensa nous faire perdre la bataille.

La halte fut de deux heures. L'armée se remit en marche au bout de ce temps ; il n'y avoit pas soixantedix hommes par bataillon. C'est ainsi qu'elle arriva près de Luzzara. Le prince Eugène, qui avoit envoyé plusieurs partis au-devant de notre marche, pour être instruit lorsque nous serions près de Luzzara, n'étant que trop bien informé de la mauvaise discipline et du

1. Louis-François d'Harcourt, comte de Sézanne (1677-1714), venait d'être fait brigadier. Il était frère consanguin du maréchal d'Harcourt, et frère utérin de la maréchale sa femme, « chose tout à fait singulière, » dit Saint-Simon.

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désordre qu'il y avoit dans notre armée lorsqu'elle marchoit, prit, en grand capitaine, la résolution de venir au-devant de nous et de nous combattre, quoique nous avions quinze bataillons et vingt escadrons plus que lui ; mais, comme le pays étoit entrecoupé de fossés et de haies qui rendoient notre cavalerie inutile, et qui empèchoient notre infanterie de joindre la sienne à coups de baïonnette, et sachant qu'il nous manquoit au moins un tiers de nos troupes, qui s'étoit abandonné à la maraude, il ne balança point à venir nous attaquer, et il auroit remporté la victoire sans la valeur et la fermeté de notre infanterie.

Disposition de notre armée ^. — Notre armée avoit Luzzara derrière elle, la droite à plusieurs cassines, et la gauche au Pô, une grande digue devant le centre. Nous n'avions point de seconde ligne d'infanterie, parce que, par la maraude, nos bataillons étoient très foibles. Le corps de réserve, composé des deux bataillons de notre régiment, d'un bataillon de Médoc, d'un de Gambrésis^, de trois escadrons de Languedocdragons^ et de deux escadrons de Ruffey-cavale-

1. Outre le récit donné parle frère de notre auteur {Histoire militaire du règne de Louis le Grand, t. III, p. 674-683), on peut voir les références indiquées par M. de Boislisle dans le t. X des Mémoires de Saint-Simon, p. 222, note 4, et spécialement les Mémoires militaires, parle général Pelet, t. II, p. 247- 251 et 731-740, le Mercure de septembre, p. 8-49, et la relation adressée par Tessé à la duchesse de Bourgogne, insérée dans l'Appendice du t. VII des Mémoires de Sourclies.

2. Le régiment de Médoc, créé en 1674, pour M. de Navailles, venait d'être donné au frère du ministre Chamillart; celui de Cambrésis datait de 1684, et avait pour colonel François d'Hautefort, comte de Marquessac.

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