Village sur le bord du lac
5. Un peu dans l'intérieur des terres, sur un petit plateau bordé au nord par de hautes montagnes.
[Juillet 1703] DU CHEVALIER DE QUINCY. 295
Médavy logea dans le château du seigneur, qui, apparemment, n'étoit point instruit de la marche de nos troupes, car il n'en étoit parti avec toute sa famille qu'une demi-heure avant que notre avant-garde arrivât dans ce village. Le château étoit bien meublé; il y' avoit un clavecin bien d'accord, qui étoit ouvert; l'opéra d'Hésione * étoit sur le pupitre ; il étoit ouvert aussi à l'endroit où sont ces paroles : Ahf que mon cœur va payer chèrement, etc. Dans ce temps-là, la musique françoise étoit plus à la mode dans le pays étranger, et même en Italie, qu'elle ne l'a été dans la suite; ceci le prouve bien fort. Gomme je menois toujours ma basse de viole avec moi, nous fîmes un petit concert avec le chevalier de Piosin, gentilhomme provençal, lieutenant au régiment de Médoc% qui avoit une très jolie voix et qui chantoit l'italien dans le véritable goût.
Combat d'Oleano. — Mes valets m'a voient logé dans le même village. En arrivant dans ma maison, mon hôte voulut me parler en particulier : il me dit que, si je voulois empêcher qu'on ne lui pillât son jardin, il nous rendroit un très grand service; que, pour nous rendre à Riva, il falloit absolument passer par une gorge qui étoit à deux lieues de nous, afin de gagner le haut d'une montagne; que l'on ne pouvoit y aller que deux hommes de front; que les ennemis gardoient cette gorge, qu'ils a voient rendue impénétrable par
1. Tragédie lyrique en cinq actes et un prologue, musique de Campra, paroles de Danchet, représentée pour la première fois, à Paris, à l'Opéra, le 21 décembre 1700.
2. Cet officier, devenu capitaine, fut tué au siège de Landau le 17 juillet 1713.
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des doubles retranchements et par un grand abatis d'arbres ; que l'on ne pourroit jamais les forcer par là ; mais qu'il savoit un petit chemin, il est vrai, me dit-il, fort scarpé, par lequel nous gagnerions la hauteur sur les ennemis, et que nous tomberions sur eux sans qu'ils s'en aperçussent. Je menai mon paysan sur-le-champ au comte de Médavy, après avoir eu la précaution de faire mettre un soldat en faction pour empêcher que l'on ne prît rien dans son jardin. Notre général lui promit devant moi une bonne récompense, et il lui ordonna de se rendre chez lui au commencement de la nuit. En arrivant chez moi, je le fis bien manger et bien boire. Souvent un petit plaisir, une petite attention nous procure un grand bien dans notre métier. Non seulement un officier général, mais même un officier particulier ne doit pas négliger ces sortes d'avis ni ces petites attentions. Si les officiers ennemis n'avoient pas laissé fourrager le jardin du curé de Santa- Vittoria, le général Visconti n'auroit pas été battu la campagne précédente ^
A l'entrée de la nuit, le paysan s'étant rendu chez M. de Médavy, il fit partir trois cent cinquante grenadiers, huit cents hommes d'infanterie, cent dragons et cinquante cavaliers à pied, aux ordres de M. de Senneterre, maréchal de camp, de MM. Dillon^ et de Montsoreau^, brigadiers, et du chevalier de Sourches, colo-