‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 182 sur 207 · Ci-après, p. 335 et suivantes · texte numérisé non relu

Ci-après, p. 335 et suivantes

328 MÉMOIRES [Nov. 1703]

de saison. Pendant la marche, nous eûmes quelques soldats de tués par les paysans : ce qui détermina notre général de faire brûler plusieurs maisons.

Étant arrivés à Villanuova-d'Asti, M. de Vendôme eut avis qu'il y avoit un corps de troupes assez considérable, dont les dragons rouges de Savoie* en étoient, à Quiers^, petite ville à huit milles de Villanuova et à six milles de Turin. Il marcha pendant la nuit, à la tête d'un détachement considérable de son armée, avec doubles officiers à chaque troupe, pour les surprendre; mais les ennemis furent avertis du dessein du prince par un de nos dragons qui déserta pendant la marche. Ainsi ils eurent tout le temps de se préparer pour faire leur retraite à Turin. Il faut dire, à leur louange, que leur retraite fut belle, bien fière et bien ordonnée, mais qui ne laissa pas de mettre l'alarme dans cette capitale. M. de Vendôme retourna dans son camp, bien fâché d'avoir manqué son projet.

Le 14, nous marchâmes à Gastelnuovo^. Nos housards tombèrent sur un parti de milice qui s'étoit embusqué; ils tuèrent plus de soixante hommes. A l'approche de l'armée, six cents paysans armés, qui étoient sur une montagne près de Gastelnuovo, disparurent.

Le 17, les paysans, soutenus par des troupes réglées, vinrent pour attaquer un de nos postes, où il y

1. Le duc de Savoie avait trois régiments de dragons, distingués par la couleur de l'uniforme, rouge, vert ou jaune.

2. Ou Chieri, chef-lieu d'un petit pays entre le Montferrat, l'Astesan, le Pô et la province de Carmagnola.

3. Castelnuovo-d'Asti, à quelques milles au nord deVillanuova.

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avoit dix hommes; mais M. d'Aubeterre*, étant arrivé à la tète de cent dragons, les repoussa et les chassa d'une cassine, qu'il fit brûler. On en usa de même envers tous les villages d'où les paysans faisoient feu.

Le 21 , deux heures auparavant la nuit, les ennemis vinrent, drapeaux déployés, pour occuper Moncucco^, qui est à trois quarts de lieues de Castelnuovo; M. de Savoie les soutenoit avec d'autres troupes. Mais, M. de Ghamillart ayant été détaché surle-champ à la tête des brigades de Médoc et de Bresse^, il les attaqua si brusquement, qu'il les mit en fuite. Les ennemis y perdirent assez de monde. De notre côté, nous ne perdîmes que deux officiers et une vingtaine de soldats. Le Savoyard faisoit de temps en temps de ces attaques, pour aguerrir ses soldats et ses paysans.

Ce fut dans ce camp qu'il se passa une scène bien triste pour notre premier capitaine de grenadiers*. Il avoit un lieutenant, homme de fortune, fils d'un maréchal-ferrant, qui avoit été soldat aux gardes. Le marquis de Senneterre, son capitaine aux gardes, dont il étoit protégé, avoit engagé le comte de Ghamilly, colonel dans ce temps-là du régiment^, à lui

1. Pierre d'Esparbès de Lussan, comte d'Aubeterre (1657- 1748), maréchal de camp depuis 1702.

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