Moncucco-ïorinese, au nord-est de Castelnuovo
3. Créé en 1684 avec un bataillon du régiment de Normandie, il eut pour premier colonel M. de Rercado-Molac.
4. Il a dit plus haut (p. 275) que le capitaine de la première compagnie des grenadiers était M. de Bellecourt.
5. S'agit-il du maréchal, qui fut colonel du régiment de Bourgogne de 1669 à 1680, ou de son neveu François-Joseph Bouton, qui lui succéda de 1680 à 1698, et qui vendit à M. de Dreux ?
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donner une lieutenance. Il devint ensuite lieutenant des grenadiers. Son capitaine, s' étant aperçu qu'il faisoit de temps en temps des choses qui ne convenoient pas à un officier, lui en fit des reproches un jour, à la tête de sa compagnie, auxquels il ne répondit pas un mot : ce qu'un officier du régiment ayant appris, il le prit en particulier, et il lui dit qu'on murmuroit beaucoup au régiment, contre lui, de ce qu'il se laissoit si indignement traiter par son capitaine. Ce discours lui fit prendre un parti qui devoit le perdre pour jamais; mais l'on verra, dans la suite de ces Mémoires, qu'il lui arriva tout le contraire. Un jour, comme ce capitaine se promenoit seul à la tète du régiment d'Auvergne, C***, qui l'aperçoit, va à lui, et il lui donne par derrière un coup d'épée dans le bras, et, dans le temps que B[ellecourt] se tourne, il lui donne un autre coup dans le corps. Les soldats d'Auvergne, qui étoient à la tète de leur camp, indignés de cet assassinat, coururent après le lieutenant, avec des perches et des bâtons, pour l'arrêter; mais le drôle, qui avoit de bonnes jambes, se sauva bien vite. Le lendemain, les Heutenants du régiment, qui avoient appris cette mauvaise action, furent le trouver, chacun armé d'un bâton, et ils lui dirent que, s'il ne prenoit pas la peine de décamper sur-le-champ du régiment, ils le chasseroient avec ces armes. Il ne se fit pas dire deux fois le même compliment; il quitta le camp. Pendant la nuit, il avoit eu la précaution d'aller voir le major et les deux aides-majors, qui étoient de ses amis ; il leur raconta l'affaire tout autrement qu'elle ne s'étoit passée. Il leur dit que, B[ellecourt] n'ayant pas voulu mettre l'épée à la main, il l'avoit frappé de la sienne, et que,
par malheur, il en avoit été blessé d'un coup dans le corps. Le major, sur-le-champ, court en avertir notre colonel, et il lui fait le détail de l'affaire du capitaine et de son lieutenant de la même manière que ce dernier lui avoit racontée. Le marquis de Dreux, qui n'agissoit le plus souvent que par boutade, par caprice et par prévention, sans s'informer au vrai du fait, va trouver le pauvre B[eIlecourt], qui étoit obligé de rester au lit par rapport à sa blessure, qui étoit dangereuse, et il lui dit, avec un ton fâché, qu'il avoit tout appris et de quelle manière il s'étoit comporté avec son lieutenant; qu'il falloit absolument qu'il se battit une seconde fois contre lui, s'il ne vouloit pas être cassé, et qu'il ne lui donnoit qu'un mois. Qui fut surpris? ce fut le pauvre capitaine. Il eut beau jurer et prier son colonel de ne pas ajouter foi à la calomnie atroce que l'on venoit d'inventer contre lui ; il ne voulut rien écouter, et il laissa ce pauvre homme dans l'état du monde le plus déplorable, où nous le laisserons pour reprendre la suite de cette campagne.
M. de Vendôme, étant de retour du Montferrat, où il étoit allé pour reconnoître les quartiers qu'il vouloit établir pour les troupes pendant l'hiver, et ayant séjourné encore quelques jours dans son camp de Castelnuovo, en partit le 27 de novembre pour aller camper à Ghiusan^. Trois ou quatre mille paysans étoient sur une montagne près du camp que nous allions occuper ; mais, la tète de notre infanterie ayant marché à eux, ils furent dissipés sur-le-champ, après
1. Chiusano-d'Asti, à quinze kilomètres de cette ville, sur une colline, sur la route de Montechiaro.
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avoir fait une décharge de si loin, qu'il n'y eut pas un seul homme de tué. Ce fut notre dernier camp, mais non pas nos dernières fatigues, puisque, pendant tout l'hiver, nous fûmes obligés de faire une guerre continuelle.
Nous décampâmes le lendemain 28, pour aller, chaque régiment, dans son quartier. Nous avions Asti qui étoit le quartier général. Quelques jours après que nous y fûmes arrivés, nous fîmes la réjouissance de la victoire remportée par le maréchal de Tallard, le 15 novembre, près de la Petite-Hollande ^ au Spirebach^, où le prince héréditaire de Hesse-Gassel, à présent roi de Suède ^, fut bien battu '^. Il venoit au secours de Landau, qui se rendit après la bataille.
Toutes les troupes ayant été établies dans leurs quartiers d'hiver, la droite au Pô et la gauche à Asti, presque toutes dans le Montferrat^, et M. de Vendôme n'ayant plus matière à se distinguer du côté du Piémont, il partit le 4 décembre pour se rendre sur la Secchia, où sa présence étoit très nécessaire, après avoir