Village entre Asti et Villadeati
350 MÉMOIRES [Janvier 1704]
étoient fort éloignés, et même la plus grande partie a voit passé le Pô à Verue^.
Pendant que les ennemis décampoient de Murisengo, deux soldats de ma compagnie désertèrent : ce qui leur donna si fort l'alarme qu'ils crurent que c'étoit toute l'armée des François qui marchoit à eux ; on leur tira plusieurs coups de fusil. Enfin l'alerte fut si grande, que nous en eûmes notre part; nous nous mîmes en bataille à la tête du camp, car le pauvre soldat étoit campé malgré le grand froid. Si nous avions marché à l'ennemi dans le temps de la désertion de mes deux soldats, nous l'aurions bien embarrassé, étant beaucoup plus forts que lui. Ne pouvant rien faire de mieux, nous nous en retournâmes dans nos quartiers.
A peine fûmes-nous deux jours dans Asti, que le régiment eut ordre d'aller dans le Novarois. Ainsi nous abandonnâmes pour toujours et cette ville et nos religieuses. Nous partîmes le 30 janvier 1704 pour aller coucher à San-Salvadore, bourg dans le Montferrat renommé par rapport à ses bons vins^. Il me prit pendant la nuit une fièvre violente ; je ne laissai pas de suivre le régiment, qui fut coucher le 31 à Piovera^, au delà du Tanaro. En y allant, nous laissâmes Alexandrie sur notre droite et Valence sur notre gauche. En arrivant, je me couchai bien vite : j'avois un grand frisson ; j'avalai un bouillon au lait,
1. Quincy, Histoire militaire, t. IV, p. 191; Mémoires militaires, t. III, p. 355-356.
2. Au nord-ouest d'Alexandrie; les vins de ce cru ont perdu leur réputation d'autrefois.