‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 193 sur 207 · Au nord-est d'Alexandrie, sur la route de Voghera · texte numérisé non relu

Au nord-est d'Alexandrie, sur la route de Voghera

[Février 1704] DU CHEVALIER DE QUINCY. 351

qui me fit suer toute la nuit. Le lendemain, l®"" février, nous marchâmes tout le jour, et nous n'arrivâmes qu'à minuit sur le Pô, qu'il fallut passer pour aller à Garlasco*. Il faisoit un froid horrible, ce qui augmenta mon frisson, d'autant plus qu'il fallut rester deux heures en deçà du Pô au bel air, pendant que l'on passoit le régiment dans un bac. En arrivant, je fis le même remède; ainsi, en deux fois vingt-quatre heures, je ne pris que la valeur de trois demi-setiers de lait. Je dormis, le reste de la nuit, comme une marmotte, et je me réveillai n'ayant plus de fièvre : ce qui doit faire persuader que la diète et la fatigue valent mieux que tous les remèdes des médecins.

Le 2, nous arrivâmes à Vespolate^. C'est un petit bourg qui est entre Novare et Mortare. Il y a un château environné de fossés. J'étois fort bien logé; mon hôtesse étoit très jeune et très jolie. Je me fis ami du mari, qui fut cause lui-même de son malheur. Je lui demandai un jour la raison pour laquelle Messieurs les Italiens ne vouloient pas que l'on baisât leurs femmes sur la joue. Il me répondit sur-le-champ : Donna hacciata^ donna y..,! J'avois baisé plusieurs fois cette femme sans aller plus loin, ne sachant pas que cette petite faveur eût un aussi grand privilège. L'après-dîner, je vis mon homme monter à cheval; je profitai de son absence et de son avis.

Nous restâmes environ une quinzaine de jours tranquilles ; mais ceci n'étoit qu'une bonace, qui ne devoit

Page 1