Entre Courtray et Vive-Saint-Éloy
3. Sur ces mouvements des armées, voy, Y Histoire militaire de Quincy, t. III, p. 310, et la Gazette, p. 215, 223, 231 et 255.
4. Cette élection eut lieu le 27 juin. On en trouvera les particularités dans le Journal de Dangeau, t. VI, p. 150-153; la Gazette, p. 233 et 241; les Mémoires de Sourches, t. V, p. 303- 305 et 309-310; ceux de Saint-Simon (éd. Boislisle), t. IV, p. 182-185 et 488-502.
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« Ce que j'entends, nous dit-il, ne laisse pas d'être « assez plaisant ; car, ce soir, notre armée fait aussi « la réjouissance de l'élection de l'électeur de Saxe à < cette mênne couronne. Ainsi, nous entendrons beau « bruit. Mais je ne crois pas que M. le prince de « Gonti, quoiqu'il le mérite parfaitement bien, soit « jamais roi de Pologne. > La suite nous a fait voir qu'il prophétisoit bien^
Pendant ce fourrage, nous fûmes témoins d'un combat d'un de nos officiers et d'un officier des ennemis qui se battirent à coups de pistolet. Ils s'étoient tiré chacun deux coups sans se toucher. Comme ils se rapprochoient pour recommencer le combat, après avoir rechargé leurs pistolets, un de nos dragons, fâché de ce que pas un ne tomboit à terre, donne son cheval à son camarade; il se glisse le long d'une haie qui étoit assez près de l'endroit où nos deux champions s'exerçoient ; il couche si bien en joue avec son fusil le pauvre officier ennemi, qu'il le culbuta mort de son cheval. Le coup étoit traître. Il en eut toute la dépouille. Nous fûmes très fâchés de voir ainsi terminer ce combat, et la mort de cet officier nous toucha d'autant plus qu'il se présentoit de bonne grâce.
Les armées de Villeroy et de Boufflers décampèrent le 28 juillet, la première pour aller à Sainte-
1. L'électeur Auguste de Saxe avait été élu, en même temps que le prince de Conti, par l'évêque de Cujavie et une partie des Palatins. Quoique les partisans du prince de Conti fussent les plus nombreux, Auguste réussit néanmoins à les gagner et à se faire couronner.
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Marie-Eleuvensten S et l'autre du côté de Ninove, la gauche s'étendant à une demi-lieue d'Alost, les deux armées ayant la Dendre devant elles.
Le lendemain que notre armée fut arrivée, je fus de bon matin à pied pour aller voir une abbaye qui étoit éloignée d'une demi-lieue derrière le camp^. A moitié chemin, je vis venir à moi un aumônier et un tambour qui se disputoient vivement. Le premier, m' adressant la parole, me dit : « Monsieur, je vous « demande en grâce de vouloir bien empêcher ce « drôle-ci, en me montrant le tambour, d'envoyer « aux diables l'âme d'un pauvre trompette qui va « sortir dans le moment de ce monde ; il ne veut pas « que je le confesse. » — « Et pourquoi ne le veux- « tu pas? dis-je au tambour (il étoit du régiment « de Belle-lsle^). » — « Parce que, Monsieur, me « répondit-il, il ne servira de rien que je le panse du « secret; il mourra. » — « Bon! lui répliquai-je, « Beauséjour (c' étoit un tambour de notre compa- « gnie) fait toujours confesser mes camarades aupa- « ravant de les sucer'^. Ainsi, Monsieur l'abbé, dis-je
1. Village dont le nom n'est plus représenté que par le hameau de Leuvenstraet, dépendant d'Evembodeghem, sur la Dendre, à deux kilomètres en amont d'Alost.
2. C'était Afflighem, abbaye de Bénédictins aujourd'hui en ruines, fondée vers 1083 par Henri III, comte de Louvain.
3. Régiment commandé par le fils du surintendant Foucquet, le père du futur maréchal de Belle-Isle.
4. « Il y a des gens, particulièrement dans les armées, qui sucent les plaies pour les guérir. Il y a quelques plaies que l'on peut guérir par le sucement ou la succion, surtout celles qui sont faites avec un instrument piquant et qui pénètrent
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« en parlant à l'aumônier, ne perdez point de temps « à le confesser. » Le trompette s'étoit battu en duel, et il avoit reçu quatre ou cinq coups d'épée à travers le corps. Pendant qu'il le confessoit, je retenois le tambour, qui vouloit s'en aller, et je fis si bien, que, après la confession, le trompette fut sucé. Nous le fîmes mettre après sur une civière, et nous le ftmes transporter par quatre soldats dans sa tente. Au bout de deux jours, j'eus la curiosité de l'aller voir : je trouvai mon homme à table, buvant bouteille avec celui qui l'avoit pansé; il étoit parfaitement bien guéri. Dans ce même camp, deux de mes camarades se battirent. Le chevalier de Tirmois^, qui en étoit un, reçut un coup d'épée à travers le corps et un autre dans la main. Au bout de vingt-quatre heures, il fut guéri de son coup dans le corps, ayant été sucé. A l'égard de celui qu'il avoit reçu dans la main, il négligea de s'en faire sucer : aussi fut-il trois mois à guérir. Une mauvaise plaisanterie fut le sujet de ce combat. Le chevalier de Tirmois se moquoit de temps en temps de Boscon (c'est le nom de l'autre mousquetaire contre qui il se battit). Il faisoit semblant de lui parler, en ne remuant que les lèvres. Celui-ci étoit bien sourd ; il prètoit l'oreille tant qu'il pouvoit, mais en vain : il n'entendoit rien, tout le
dans la cavité de la poitrine ou du bas-ventre, parce qu'on en fait sortir le sang avant qu'il soit coagulé, et qu'on prévient par là l'inflammation et l'abcès. » [Dictionnaire de Trévoux, au mot SUCEMENT.) Cette pratique n'était pas sans danger pour l'opérateur.
1. D'une famille de Normandie, ce chevalier était sans doute fils d'un Pierre Tirmois ou de Tirmois, qui servit d'abord dans les mousquetaires, puis au régiment de la Reine.
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monde éclatoit de rire. A la fin, le sourd s'en aperçut; il demanda satisfaction au chevalier, qui lui accorda volontiers le rendez-vous. Le sourd frappa comme un sourd; il fut victorieux. Nous n'en fûmes point fâchés. Ceci doit apprendre aux jeunes gens, comme aux vieux, que la plaisanterie doit toujours être sous la conduite de la raison, et qu'il ne faut jamais railler ni se moquer de personne, surtout des défauts naturels. Tôt ou tard l'on est puni. Martial dit : Risu inepto res ineptior nulla est, qu'il n'y a rien de plus sot que de rire mal à propos ^ .
Si Messieurs les Anglois avoient brillé par leurs grandes magnificences à la première conférence de M. de Boufflers et de milord Portland, dans la seconde^, où je me trouvai encore, les François les surpassèrent de beaucoup. Il y avoit cinq cents officiers habillés superbement; outre cela, ils étoient escortés par un détachement choisi de la Maison du Roi. Cette conférence se tint dans le château de Brakom^, à deux lieues environ de Bruxelles.
Pendant ladite conférence, le prince d'Orange vint, à la tète d'un gros détachement, à une demi-lieue du château où elle se tenoit, pour reconnoître un fourrage. On trouva le procédé de ce prince contre le droit des gens; mais il en fut puni. Le maréchal de Villeroy envoya, dès le soir même, M. Philippe, exempt des gardes du corps ^, à la tête d'un esca-