Brucora, sur la route de Bruxelles à Hal
4. D'après l'état des gardes du corps de la compagnie de Villeroy (Arch. nat,, Z*»503), cet exempt serait Jean de Phi-
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dron de la Maison du Roi, et une trentaine de grenadiers à cheval, à la guerre*, à l'endroit même où le prince d'Orange a voit marqué son fourrage. J'étois de ce détachement; ainsi, voici la première fois que je me trouvai aux mains avec les ennemis du Roi. Et, en même temps, il envoya le sieur Saint-Phal^, simple garde de S. M., fameux partisan, avec cinquante dragons du régiment de Saint-Hermine^, pour s'embusquer à quelque distance où M. Philippe devoit passer la nuit. Ces deux détachements s'embusquèrent dans un bois si près de l'armée des ennemis, qu'il ne pouvoit sortir de leur camp aucune troupe sans être aperçue de nos deux détachements. A la petite pointe du jour, M. de Saint-Phal voyant venir à lui une cinquantaine de dragons, se persuadant que M. Philippe n'étoit pas loin de lui, comme ils en étoient convenus ensemble, il sortit de son embuscade et il marcha droit aux cinquante dragons ennemis, qu'il culbuta; mais, en les poursuivant trop vivement, il tomba sur quatre escadrons des leurs. La partie n'étant pas égale, il songea à faire retraite. Comme il s'étoit un
lippe, sieur de Sezan. Il ne faut pas le confondre avec le chevalier de Montgon, « que l'on appelle Philippe dans les gardes, » dit Dangeau (t. VI, p. 297), et qui appartenait dès 1686 au régiment des gardes françaises, où il eut une compagnie en 1698.
1. Aller à la guerre se dit des détachements envoyés pour des opérations particulières, ou en parti, àlapicorée. [Dict. de Trévoux.)
2. Georges-Anne-Louis de Vaudrey, marquis de Saint-Phal, garde du corps et partisan de profession; le Roi lui avait donné une commission de capitaine de cavalerie. [Mémoires de Sourches, t. VII, p. 114.)
3. Levé en octobre 1690 par M. de Saint-Hermine, frère de la comtesse de Mailly.
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peu trop avancé, les ennemis le chargèrent si à propos, qu'ils reprirent non seulement les prisonniers que nos dragons leur avoient faits, mais qu'ils lui en prirent treize ou quatorze. M. Philippe, qui s'étoit embusqué un peu plus loin qu'il n'étoit convenu avec M. de Saint-Phal, comme je l'ai dit ci-dessus, entendant tirer, nous fit marcher de ce même côté. En sortant du bois, nous aperçûmes les quatre escadrons ennemis qui avoient donné la chasse à M. de Saint- Phal. Sur-le-champ, M. Philippe, sans avoir égard et sans respecter le nombre supérieur des ennemis, nous fit marcher à eux si précipitamment, que nous culbutâmes le premier et le second escadron, sans leur donner le temps de se reconnoître : ce qui en imposa si fort aux deux autres, qu'ils ne nous donnèrent pas le temps de les charger; ils prirent tous quatre la fuite. Nous les suivîmes l'épée dans les reins une bonne demi-lieue du côté de Bruxelles. Après quoi, nous fîmes halte pour nous rallier et nous former. Ensuite nous nous retirâmes sur le champ de bataille, dont le terrain étoit rempli de ces grosses fèves de marais. Nous prîmes un lieutenant-colonel, plusieurs cavaliers et dragons ; le champ de fèves étoit couvert de corps morts. Les ennemis, ayant été renforcés, revinrent encore pour avoir leur revanche; mais, soit la fière contenance que nous fîmes paroitre, soit qu'ils crurent que nous avions de l'infanterie dans un bois qui étoit derrière nous, ils s'arrêtèrent, et, quelque temps après, nous les vîmes disparoître^
1. C'est le récit presque textuel de l'Histoire militaire, t. III, p. 311-313. Les détails en sont aussi dans la Gazette, p. 247,
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Cette action ayant causé l'alarme dans notre armée, tous les piquets de la Maison du Roi et de toute la cavalerie vinrent à notre secours, mais inutilement; la besogne étoit faite. Nos valets profitèrent seulement de toutes les trousses de fourrage* que nos ennemis avoient abandonnées. M. de Baussan^, sousbrigadier de notre compagnie, fut fait prisonnier en poursuivant les ennemis. Son cheval tomba malheureusement dans un fossé ; personne ne s'en aperçut ; il y fut longtemps, son cheval toujours sur lui. A la fin, les ennemis le trouvèrent dans le temps qu'ils marchèrent à nous, après qu'ils eurent été renforcés par un nouveau corps de troupes. On le mena au prince de Vaudémont^, qui lui fit mille politesses. Il resta deux jours chez lui ; il le faisoit mettre à table toujours à côté de lui. Auparavant de nous le renvoyer, il lui fit rendre son cheval, ses pistolets et son épée.
Nous restâmes encore quelque temps à Sainte- Marie-Eleuvensten. Ce fut dans ce camp que nous apprîmes la prise de Barcelone par le duc de Vendôme, après que ce prince eut battu le vice-roi de Catalogne qui étoit venu à la tête d'une armée pour en faire lever le siège. Cette nouvelle conquête par les armes du Roi contribua beaucoup à la paix^.
dans les Mémoires de Sourches, t. V, p. 326-327, et dans le Mercure d'août, p. 221-229.
1. Ce qu'un cavalier peut apporter de fourrage sur son cheval. [Dictionnaire de Trévoux.)
2. Peut-être François de Baussan, plus tard capitaine au régiment de Piémont.