Barcelone, assiégé depuis le 15 juin par Vendôme, se
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Alost. — Je profitai du temps que nous restâmes à Sainte-Marie-Eleuvensten pour aller passer quelques jours à Alost, où mon frère, capitaine de Dauphin, avoit été envoyé à la tête de cent hommes pour y commander. Cette petite ville, qui est entre Bruxelles et Gand et située sur la Dendre, est assez jolie, mais sans aucunes fortifications. Elle a eu autrefois ses comtes particuliers, et elle est regardée comme la capitale de la Flandre impériale. Mon frère étoit logé dans la meilleure hôtellerie; il me faisoit bonne chère. Lorsque j'en partis pour retourner au camp, j'oubhai mon épée, et je ne m'en aperçus qu'à un quart de lieue de la ville. Je retournai promptement. Je trouvai, un peu en deçà de l'hôtellerie, la fille du maître qui venoit au-devant de moi, portant la pelle de la cuisine, et, dès qu'elle m'aperçut : « Tenez, Monsieur, « me dit-elle, voilà votre épée. Voilà un grand homme « de guerre qui oublie ainsi ses armes ! » Elle n'avoit que quinze ans. Ayant mis pied à terre, je courus après elle, et, pour me venger, je l'embrassai trois ou quatre fois. Après quoi je pris mon épée et je remontai à cheval. Aussitôt que j'eus fait environ une lieue, je me perdis si bien que je ne savois où j'ailois, et, sahs mon cheval, à qui enfin j'abandonnai la bride sur le col, j'allois certainement dans l'armée ennemie. 11 me mena droit à notre camp, que nous quittâmes pour marcher du côté de Gand.
Nous étions à une lieue de cette grande ville, que nous voyions toute à découvert ; nous étions dans une vaste
rendit le 7 août. Ce fut le 15 juillet que M. de Velasco, viceroi de Catalogne, se fit battre par les Français en venant au secours de la place.
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plaine. Les deux détachements des mousquetaires n'y restèrent que deux jours. Les ordres de la cour étant arrivés pour nous renvoyer à Paris, nous partîmes de l'armée au commencement d'octobre. Nous fûmes coucher à un village entre le camp et Mons. Le soir, nous apprîmes que la paix avoit été publiée à la tête de l'armée*. Cependant, messieurs les hussards ennemis nous enlevèrent, ce même jour, quelques équipages.
Le lendemain, 4 octobre, nous arrivâmes fort tard à Mons, ayant essuyé pendant toute la journée la pluie sur le corps, et, pour nous consoler, Messieurs nos officiers eurent la cruauté de nous faire loger aux casernes; nous relevâmes un régiment hussard . Comme il étoit trop tard de chercher un logement pour mon argent, je fus obligé d'y coucher, mais sur un banc. A l'égard de mes camarades, la plupart couchèrent dans les lits des soldats; aussi, le lendemain, étoientils remplis de toutes sortes de vermine. Nous crûmes qu'à Valenciennes on nous logeroit chez le bourgeois ; nous savions très bien que, lorsque la Maison du Roi marche, personne n'est exempt de logement, pas même la noblesse ni les gens d'Église. Cependant, nous y fûmes encore logés ^, aussi bien qu'à Cambray. Ainsi, il m'en coûta mon argent, dans ces deux dernières villes, pour mon logement. En vérité, je ne puis comprendre là-dessus la foiblesse de nos officiers, car je n'ose dire leur avarice ; la pensée d'avoir pris de
i. C'est le 20 septembre que la paix fut signée à Ryswyk entre la France, l'Espagne, l'Angleterre et la Hollande ; avec l'Empire, elle ne fut conclue que le 30 octobre.