Dans les casernes
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l'argent des échevins de ces trois places pour nous empêcher de loger chez les bourgeois me révolte contre moi-même. Que croire donc? Je ne le sais pas.
Valenciennes. — La ville de Valenciennes est grande, fort jolie, bien bâtie. Elle est du comté du Hainaut et située sur l'Escaut. On dit que l'église Notre-Dame a été bâtie par Pépin; l'hôtel de ville est un des plus jolis des Pays-Bas. Valenciennes a été prise d'assaut en 1 677 par les mousquetaires du Roi, qui, ayant été commandés pour attaquer une demi-lune, le firent avec tant de valeur et avec tant de rapidité, et poursuivirent les ennemis si vivement l'épée dans les reins, qu'ils entrèrent avec eux dans la ville; elle ne fut point pillée ^ Messieurs les officiers de ville, par reconnoissance, dévoient bien nous faire loger chez les bourgeois. Il y a une bonne citadelle, que Louis XIV a fait bâtir aux dépens des habitants.
Cambray. — Le 5 octobre, nous arrivâmes de bonne heure à Cambray, où nous séjournâmes le 6. Cette ville est capitale du petit pays de Cambrésis ; elle est située sur l'Escaut. Elle est grande, assez belle, les rues bien percées; il y a deux grandes places. La citadelle a été bâtie par l'empereur Charles-Quint, de la démolition du Câtelet^. Les François en sont les maîtres depuis l'année 1 677, que Louis XIV la prit en personne sur les Espagnols. Les archevêques en
1. Le 17 mars 1677. (Quincy, Histoire militaire du règne de Louis le Grand, t. I, p. 529-530.)
2. C'est en 1543 que Charles-Quint s'empara du Câtelet, petite ville forte sur les confins du Hainaut et du Cambrésis. La même année, il fit commencer la citadelle de Cambray, qui fut perfectionnée par Vauban et a été démolie récemment.
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étoient souverains autrefois ; ils prennent le titre de prince du Saint-Empire et de duc de Gambray. Le premier archevêque étoit Maximilien de Berghes^, de la même maison que la mère de ma seconde femme ^; c'étoit du temps de Philippe II. La métropolitaine est magnifique. L'Église est si riche dans le Cambrésis, que, de dix-sept cents charrues qu'il y a, à ce que l'on prétend, dans ce pays, elle en a quatorze cents, et qu'elle dime sur les trois autres cents. L'horloge de l'hôtel de ville et la flèche du clocher de la cathédrale sont dignes des curieux.
Saint-Quentin. — Le 7, à Saint-Quentin, où enfin nous fûmes logés chez les bourgeois, parce qu'il n'y a point de casernes. Je tombai chez une jolie veuve, qui n'avoit pas plus de quinze ans. Elle me donna un bon souper, très bien accommodé. Nous soupâmes tous deux tête à tête. De temps en temps, nous nous regardions très tendrement; cependant, j'étois si jeune, ou plutôt si benêt, que je n'osai jamais lui proposer la moindre chose. La ville de Saint-Quentin est capitale du Vermandois. Elle est située sur la rivière de Somme, très renommée par rapport à ses manufactures, et surtout de toiles; elle est grande et riche. Ce pays avoit autrefois des comtes particuliers.
Chauny. — Le 8, à Ghauny, petite ville où nous
1. Maximilien de Berghes, élu évêque de Cambray le 10 septembre 1556. Son siège fut érigé en archevêché le 12 mai 1559. Il mourut le 29 août 1570.
2. Marguerite-Claire de Berghes-Saint-Winocq, mariée, le 26 juin 1687, à Jean-Eustache de Tournay d'Assignies, comte d'Oisy, dont la fille, Marie-Madeleine-Eugénie, fut la seconde femme de notre auteur.
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séjournâmes le 9. La rivière d'Oise y passe; il y a châtellenie ; elle est assez jolie et environnée de prairies.
Noyon. — Le 10, à Noyon, ville située aussi sur rOise. L'évêque, comme tout le monde sait, est un des douze pairs du royaume; il a le titre de comte. Cette ville est très ancienne ; César en parle dans ses Commentaires. Elle est assez grande et assez jolie, les maisons bien bâties ; on me montra la maison où Calvin avoit pris naissance ^ La cathédrale est belle. Nous fûmes voir l'évêque, qui étoit de la maison de Clermont-Tonnerre*. Il y a une galerie dans son palais, qui mène de ses appartements à l'église ; elle étoit remplie d'une quantité prodigieuse de portraits de sa famille. Ce prélat étoit extrêmement bouffi du nom de sa maison; il ne faisoit qu'en parler^.
La Ferté-Milon. — Le 1 3, à la Ferté-Milon, ville du Valois qui n'est pas jolie. Elle est située sur l'Ourcq; il y a châtellenie. Elle a été bâtie anciennement par le comte Mi Ion, du règne de Louis le Gros*.
Meaux. — Le 121, à Meaux, où nous séjournâmes le 13. Je profitai du séjour pour aller à Quincy, où je
1. Jean Calvin (1509-1564) naquit à Noyon, où son père était procureur fiscal de l'évêque. La maison qu'on désigne encore aujourd'hui comme la sienne n'est que du xvn^ siècle.
2. François de Clermont-Tonnerre, d'abord abbé de Molesme, puis évéque de Noyon (1661), devint membre de l'Académie française en 1694 et mourut en 1701.
3. Saint-Simon, dans ses Mémoires, confirme ce que dit notre auteur de la vanité de Monsieur de Noyon et de sa galerie de portraits plus ou moins apocryphes (t. I, p. 279-281 et 376-381, et t. VIII, p. 71 et 425-447).
4. Cette tradition n'a point d'autre base que le surnom de la ville.
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dînai avec ma tante ^ ; mon frère et sa femme ^ étoient alors à Paris. La ville de Meaux est la capitale de la province de Brie; mon frère en étoit grand bailli d'épée. Elle est située sur la Marne, qui la divise en deux. La ville est laide, mal bâtie; elle a eu autrefois ses comtes particuliers ; elle a été réunie à la couronne par le mariage de Jeanne, reine de Navarre et comtesse de Champagne, avec Philippe le Bel, en 1284.
Claye. — Le 14, à Claye^, petit bourg à six lieues de Paris, et enfin, le 15 octobre, à Paris, après six mois d'absence de cette grande ville, moins quatre jours.
Auparavant de raconter tout ce qui s'est passé dans le courant de l'année 1698, il est à propos de dire ce qui s'est passé après mon retour à Paris jusqu'à la fin de celle de 1697. La paix ayant été signée à Ryswyk, le comte de Cély*, fils de M. d'Harlay^, l'un des plénipotentiaires, en apporta la ratification au Roi^. Elle
1. La veuve de Thierry Sevin, Marguerite Lefèvre de la Barre (ci-dessus, p. 26, note 1).
2. Charles, marquis de Quincy, l'auteur de l'Histoire militaire, et sa femme Geneviève Pecquot de Saint-Maurice, qu'il avait épousée le 31 juillet 1696.
3. Claye ou Claye-Souilly, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Meaux.
4. Louis-Auguste-Achille de Harlay-Bonneuil, comte de Cély (1679-1739), n'était alors que conseiller au Parlement et finit sa vie à l'intendance de Paris.
5. Nicolas-Auguste de Harlay, seigneur de Bonneuil, maître des requêtes en 1675 et conseiller d'État en 1686, avait déjà été plénipotentiaire au congrès de Francfort (1681), avant de remplir les mêmes fonctions à Ryswyk.
6. Il n'arriva à Fontainebleau, où était la cour, que le 26 sep-
fut publiée à Paris le 213 octobre^, quoique l'Empereur et l'Empire ne l'eussent pas encore signée, ce qu'ils firent quelques jours après^. Elle fut publiée à Paris le 7 janvier suivant^. Cette paix occasionna beaucoup de fêtes très brillantes ; car elle fut suivie du mariage de M. le duc de Bourgogne avec M"^ de Savoie*. Cette princesse avoit douze ans accomplis. Ils s'épousèrent le 7 décembre, dans la chapelle de Versailles^. Toute la cour étoit d'une magnificence extraordinaire, malgré la guerre que la France avoit soutenue pendant dix années contre toutes les puissances de l'Europe. Le Roi tint la parole qu'il avoit donnée de supprimer la capitation aussitôt que la paix seroit faite ^ : ce qui lui attira la tendresse et la vénération de tous ses sujets.
tembre, par suite de sa lenteur et de sa négligence. [Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, t. IV, p. 237.)