Louis II de Bourbon, le grand Condé
5. Il était « fort laid et fort contrefait, » dit Saint-Simon. [Mémoires, éd. 1873, t^ XIV, p. 123.)
de cette réponse. Il est dangereux de vouloir s'égaliser aux princes devant eux. Cependant il est certain que sa grand'mère étoit sœur de la grand'mère du prince de Gondé*.
Le château de Chantilly est entouré de très beaux fossés, remplis d'une eau des plus claires. La cour est au milieu, environnée de bâtiments. Les appartements sont beaux, bien distribués; les meubles en sont magnifiques. A côté du château, il y a un bâtiment où, pour aller, il faut passer un pont. Vous y trouvez un très bel appartement, au bout duquel il y a une galerie ornée de tableaux peints par des grands maîtres, qui représentent les victoires, les batailles, les combats et les plus grandes actions du prince de Condé. Un, entre autres, représente le combat du faubourg Saint-Antoine, où le prince n'a jamais été si grand ; mais, comme malheureusement il avoit le malheur, dans cette action, de porter les armes contre son roi, le peintre a mis ces deux mots latins : Quaivtum pœnituit^ .Ml y a un canal que forme la petite rivière de Nonette, qui traverse tous les jardins, dont l'eau est claire comme de l'eau de roche, aussi bien que les jets d'eau, qui vont jours et nuits. La Ména-
1. Marguerite de Montmorency, fille du connétable Henri et d'Antoinette de la Marck, sa première femme, avait épousé (1593) Anne de Levis, duc de Ventadour, grand-père de Louis- Charles. Sa sœur consanguine, Charlotte-Marguerite, fille de Louise de Budos, s'était mariée en 1609 à Henri O de Bourbon, prince de Condé, et était mère du grand Condé.
2. Ce tableau, qui venait d'être peint par Michel Corneille en 1690-1691, existe encore à Chantilly. Il a été décrit par M. Gruyer dans le tome H de la Peinture au château de Chantilly (1897).
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gerie, où il y a toutes sortes d'espèces d'animaux sauvages et étrangers, est très bien entretenue. Il y a plusieurs pièces d'eau, entre autres les cascades, qui sont dignes des curieux. On peut dire que Chantilly est le plus aimable séjour de l'Europe ; il semble que la belle nature s'est fait un véritable plaisir de l'embellir.
Nous en partîmes de bon matin, pour nous rendre au camp de Coudun, village près de Gompiègne*. Nous y arrivâmes de bonne heure, quoiqu'il y ait onze bonnes lieues de Chantilly à Compiègne.
Compiègne. — La ville de Compiègne est du Valois, du diocèse de Soissons et du gouvernement de l'Ilede-France, entre Senlis, Noyon et Soissons. Elle est à vingt lieues de Paris. Sa situation est belle et près d'une grande forêt qui porte son nom. L'Aisne s'y perd dans l'Oise ; cette dernière rivière est fort poissonneuse. Nos rois ont un château à Compiègne, dont le bâtiment ancien est fort peu de chose; ils n'y faisoient aucunement leur demeure. Charles le Chauve fit rebâtir cette ville l'an 876. On y voit, dans l'abbaye de Saint-Corneille^, un des trois suaires de Notre-Seigneur; le second est à Besançon, et le troisième à Turin ^. L'hôtel de ville de Compiègne est assez beau. Il y a plusieurs sortes de manufactures. La Pucelle
1. Canton de Ressens, à une lieue environ au nord de Compiègne.
2. Fondé dès l'époque carolingienne pour des chanoines réguliers, Saint-Corneille de Compiègne passa aux Bénédictins en 1150. Au xviii® siècle, cette abbaye fut unie au Val-de-Grâce.
3. Il sera parlé plus loin du saint suaire de Turin. Sur celui de Besançon, voy. les Mémoires de Gourville, t. I, p. 205.
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d'Orléans y fut prise par les Anglois dans une sortie. Ce fut la dernière action de guerre de cette héroïne ; car les Anglois lui firent son procès, et elle fut brûlée à Rouen. Ce fut à Compiègne que Louis le Débonnaire fut dépossédé.
Les tentes du duc de Bourgogne, notre généralissime, étoient déjà tendues à Coudun, quartier général, lorsque nous arrivâmes. Un escadron^ de la Maison du Roi ou de la gendarmerie y montoit tous les jours la garde. Notre premier escadron releva un escadron de la compagnie écossoise; car cette compagnie a le pas devant les deux compagnies des mousquetaires du Roi^.
La gendarmerie, en arrivant dans ce camp, passa en revue devant le Roi; c'étoit le 1®' septembre'. Mgr le Dauphin, les trois princes ses fils. Monsieur et le duc de Chartres saluèrent S. M., le sabre à la main, chaque prince à la tète de leur compagnie*. On peut
1. Le sens habituel, à cette époque, du mot escadron est un corps de cavalerie formé de deux compagnies ; mais ici, et surtout dans la phrase suivante, il semble que le sens en soit plus restreint et corresponde à celui actuel de peloton.
2. C'est la compagnie des gendarmes écossais, qu'il ne faut pas confondre avec la compagnie écossaise des gardes du corps. La première, dont la fondation remontait à 1445, précédait les mousquetaires lorsque le Roi ou le Dauphin étaient à l'armée. (P. Daniel, Histoire de la milice francoise, t. II, p. 238-239.)