Il était arrivé en juin 1699 et quitta la France en
6. Il vint incognito pour éviter les difficultés de cérémonial avec les princes du sang. [Dangeau, t. VII, p. 183.)
7. Elisabeth-Charlotte de Bavière (1652-1722), mariée depuis 1671 au duc d'Orléans.
8. Saint-Simon [Mémoires, t. VI, p. 386) dit : à Bondy, d'après Dangeau.
de Bar'. Comme je revenois de l'ordre^ de Versailles, je les rencontrai à la porte Saint-Denis. Monsieur et Madame étoient dans le fond de leur carrosse, le duc de Lorraine, le duc et la duchesse de Chartres sur le devant'; il y avoit plusieurs carrosses devant et derrière. Tous les gardes du corps de Monsieur environnoient son carrosse ; ils étoient précédés de leurs timbales et de leurs trompettes. On donna beaucoup de fêtes à ce prince pendant son séjour en France. Il nous arriva une petite aventure, à mon frère du Plessis et à moi, en sortant de la Comédie française*. Nous entendîmes crier : « A moi, mousquetaires! » Nous nous rendîmes au plus vite à l'endroit d'où venoit ce cri ; plusieurs mousquetaires s'y rendirent aussi. Quelle fut notre surprise lorsque nous apprîmes que c'étoit un cocher de fiacre qui se servoit de ce moyen pour se débarrasser de quatre courtauds de boutique ^ qui vouloient le forcer à coups de canne à les mener dans
1. Ce duché avait été rendu en 1G98 au duc de Lorraine, par le traité de Ryswyk, sous la condition que le duc en rendît l'hommage au roi de France.
2. De chercher l'ordre du Roi pour le service que devait faire la compagnie à Versailles ou ailleurs.
3. Cette disposition des personnages dans le carrosse n'est pas conforme à celle qu'indiquent le Mercure (novembre, p. 2&^), Dangeau (t. VII, p. 192) et la Gazette de Bruxelles.
4. Depuis 1689, la Comédie française était installée rue Neuve-des-Fossés-Saint-Gerraain ( aujourd'hui rue de l'Ancienne-Coraédie), dans un bâtiment dont une partie existe encore.
5. On appelle ainsi un garçon marchand, un homme du peuple qui travaille en boutique, parce que ces artisans portaient naguère des vêtements courts, tandis que les gentilshommes en portaient de longs. [Dictionnaire de Trévoux.)
un quartier fort éloigné. A notre arrivée, ces quatre Messieurs s'enfuirent bien vite. Le fiacre se mit à genoux pour nous demander pardon de la liberté qu'il avoit prise ; par rapport à cette nouveauté, nous lui pardonnâmes. Elle nous fit beaucoup rire.
Le 2(3 septembre, le Roi partit pour Fontainebleau, et notre compagnie étoit partie la veille, afin de se rendre à Nemours, où nous donnâmes à l'ordinaire des concerts aux dames. Ce séjour me plaisoit toujours infiniment. Par un courrier extraordinaire envoyé par le marquis d'Harcourt, notre ambassadeur à la cour de Madrid, au Roi, et qui arriva le 9 novembre à Fontainebleau, on apprit la mort de Charles II, roi d'Espagne, arrivée à Madrid le l®"" de ce mois, et que S. M. Catholique avoit nommé le duc d'Anjou pour lui succéder. Le Roi, en apprenant ces deux nouvelles aussi importantes, assembla, le 11, son Conseil, dont le résultat^ ne fut déclaré que le 16 à Versailles, où S. M. étoit arrivée la veille^.
Auparavant de faire cette déclaration au public, le Roi fit venir M. de Castel dos Rios^, ambassadeur d'Espagne, dans son cabinet, où étoient Monseigneur et tous les princes du sang, et lui déclara qu'il acceptoit pour son petit-fils, le duc d'Anjou, le royaume
1. On appelait résultat le procès-verbal des décisions du Conseil.
2. On peut voir, sur ces événements, les Mémoires de Saint- Simon, t. VII, p. 288-319, et le commentaire qu'y a joint M. de Boislisle.
3. Don Manuel de Senmenat, marquis de Castel dos Rios, ambassadeur en France depuis 1699, fut fait grand d'Espagne en 1701 et vice-roi du Pérou en 1702.
d'Espagne. Sur-le-champ, l'ambassadeur mit un genou à terre et salua son nouveau souverain. Ensuite S. M., étant sortie de son cabinet, déclara hautement cette grande nouvelle à toute la cour, et, depuis ce moment, le Roi donna toujours la droite au nouveau roi d'Espagne ^ .