‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 9 sur 207 · Cantique des cantiques, chap. vi, verset · texte numérisé non relu

Cantique des cantiques, chap. vi, verset

fita si bien de son avantage, qu'il ne nous donna pas le temps de nous former; il fallut sortir du jardin avec précipitation, ayant toujours à nos trousses les ennemis, qui cassèrent même plusieurs lanternes dans les rues par où nous nous retirions. Chaque pension regagna sa maison bien tristement. L'on doit juger qu'il y eut beaucoup de têtes et de bras cassés. En mon particulier, je reçus bien six ou sept coups de bâton sur la tête; mais, comme j'avois mis mon mouchoir dans le fond de mon chapeau, je n'en fus qu'un peu étourdi.

Cette action fit tant de bruit à Paris, que le lieutenant général de police ^ en ayant été informé, fit défendre à tous les maîtres de pensions du collège des Jésuites et des collèges de l'Université, sous de rigoureuses peines, de laisser sortir leurs écoliers. Il y eut beaucoup de prudence dans cet ordre ; car certainement nous n'en serions pas restés là, et il y auroit eu encore bien du sang de répandu. Voilà quel fut le succès de cette seconde action ; elle fut des plus brillantes pour l'Université.

L'autre affaire qui arriva dans cette pension pendant que j'y étois, et dont je fus témoin, ne fut pas si tragique. Il y avoit un jeune homme, âgé environ de vingt ans, qui étudioit en médecine. Il étoit aimé de tous les pensionnaires et du maître par son bon caractère, son esprit et mille autres bonnes qualités. Ce jeune homme étoit devenu amoureux d'une des filles de Desvoyes qui chantoit à l'Opéra 2; il alloit tous les

1. Nicolas-Gabriel de la Reynie, auquel succéda, en 1697, Marc-René de Voyer, marquis d'Argenson.

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