Pierre Sevin, alors capitaine au régiment Dauphin
3. La bandoulière était en effet le signe distinctif des gardes du corps, parce que ces compagnies avaient été originairement des compagnies d'archers. Les bandoulières des gardes du corps étaient à fond d'argent avec des ornements de couleur différente pour chacune des quatre compagnies. (Daniel, His" toire de la milice française, t. II, p. 149.)
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leurs officiers et leurs camarades en étoient instruits, ils seroient certainement cassés à la tête de leur compagnie. Ils étoient bien gris. Nous leur demandâmes où ils logeoient; ils nous dirent qu'ils demeuroient à l'hôtel de Brie, rue Cloche-Perce^. Nous eûmes encore la bonté de les conduire près du Petit-Saint- Antoine^. Ensuite, nous fûmes nous coucher, du Plessis et moi. Le lendemain, on nous dit que ces malheureux avoient assassiné l'écuyer du maréchal de Duras, qui demeuroit dans la place Royale. Nous n'avons pas appris la suite de cet assassinat, terrible exemple pour les ivrognes.
Le 6 février 1 702, en me promenant aux Tuileries (il faisoit le plus beau temps du monde, et il semble que tout Paris s'y étoit assemblé), nous apprîmes la nouvelle de tout ce qui s' étoit passé à Crémone le 1*"^ de ce mois^, action qui éternisera à jamais l'infanterie françoise : savoir, que le prince Eugène de Savoie, qui avoit des correspondants dans cette ville, y étoit entré à la tête d'une partie de son armée, à la petite pointe du jour, et, quoiqu'il eût fait prisonniers le maréchal de Villeroy et presque tous les officiers, tant généraux que particuliers, de la garnison, et
1 . Cette rue existe encore entre la rue Françoîs-Miron et la rue du Roi-de-Sicile, et comprend deux hôtels de basse catégorie .
2. Petit hôpital fondé par l'ordre de Saint- Antoine de Viennois et transformé plus tard en commanderie. Il était situé sur la gauche de la rue Saint-Antoine en allant vers la Bastille, presque vis-à-vis l'hôtel de M™^ de Beauvais. On l'appelait petit pour le distinguer de la grande abbaye Saint-Antoine.
3. C'est le 9 février, et non le 6, qu'on apprit la nouvelle de la «journée de Crémone. » [Dangeau, t. VIII, p. 315; Sourches, t. VII, p. 207.)
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qu'il se fût rendu maître presque de toutes les places et de tous les postes, nos soldats, quoique surpris, avoient obligé cependant les ennemis de se retirer avec précipitation de la place, avec une perte considérable des leurs, et que le prince Eugène avoit pensé être pris lui-même ^ On fit touchant cette action plusieurs chansons sur le général de l'Empereur, et surtout sur le maréchal de Villeroy, dont une finissoit par ces paroles :
Notre bonheur est sans égal 5 Nous avons conservé Crémone Et perdu notre général 2.
Il faut cependant rendre justice à M. de Villeroy; il n'étoit arrivé que la veille au soir, et venoit de visiter tous les quartiers des troupes. Mais on ne peut excuser le gouverneur espagnol, qui avoit le détail de la ville et qui avoit permis au traître Gassoli, curé de Notre-Dame-la-Neuve^, de faire nettoyer un aqueduc . •>{; ^ m( j lO v« H m> v^»y ôé!
1. Sur cette affaire de Crémone, on peut voir, outre Dangeau (p. 315-319) et Sourches (p. 207-211), les récits d'officiers donnés dans le numéro supplémentaire du Mercure de février, et les rapports publiés par le général Pelet dans l'Appendice du t. II (p. 658-689) des Mémoires militaires sur la guerre de la Succession d'Espagne; Y Histoire militaire de Quincy, t. III, p. 612- 630; la Gazette d' Amsterdam, n°^ xiv à xix; le récit de Saint- Simon, et surtout le commentaire qu'y a joint M, de Boislisle (t. X, p. 67-80); etc.
2. Outre les chansons que nous a conservées Gaignières (ms. Fr. 12693, p. 9-81) et dont M. Vingtrinier a imprimé quelques-unes dans le Dernier des Villeroy (p. 59-65), on fit aussi force caricatures, dont un certain nombre nous est parvenu dans la collection Hennin.
3. Santa-Maria-la-Nuova. Il y a un plan de Crémone dans l'atlas des Mémoires militaires.
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par où passoient les immondices de la ville dans les fossés. Cet égout passoit sous la maison du curé Cassoli, et ce fut par cet endroit que douze cents hommes, tant grenadiers que soldats, entrèrent dans la place, qui ensuite s'emparèrent de la porte Sainte-Marguerite, par où le prince Eugène entra avec le reste de ses troupes.
Enfin, il fallut songer à mon départ. Avant ce temps, un chacun me demandoit dans quelle armée je servirois la campagne prochaine, et, lorsque je disois : « En Italie, » on ne me répondoit plus rien. Il sembloit que tout le monde me condamnoit à y laisser mes os, et cela, comme je l'ai dit, selon l'ancien proverbe que ce pays étoit le cimetière des François*. Il est à remarquer que l'Empereur, l'Empire, les Anglois et les Hollandois avoient déclaré la guerre à la France.
Je fus prendre congé quelques jours auparavant de M. et de M""* de Chamillart et du marquis de Dreux, qui étoient à l'Étang, maison magnifique éloignée d'une lieue de Versailles, qui leur appartenoit^. J'y fus avec mon frère le marquis. Il n'y a sorte de politesses et de promesses qu'ils ne me firent touchant mon avancement, et cela en présence du comte de Marsan^,
1. Ci-dessus, p. 172. — Ce proverbe remontait au xvi* siècle et avait pour origine les expéditions désastreuses de Charles VIII, de Louis XII et de François P"". La Gazette d'Amsterdam de 1702 (Extraord. ii) le cite également, en signalant la répugnance des soldats et officiers français à aller servir au delà des Alpes.
2. Écart de la localité appelée aujourd'hui Villeneuve-l'Etang, au bout du parc de Saint-Cloud.