CHAPITRE VIII (Juin 1831-Septembre
Départ pour Navtrin. — * CompoiUlon de la briffade françalsa en Moréa. ^ Les généraux de Ouéhéneuc, Schneider et Corbet, etc., etc. ^- Mort de Capodistrias. ^ Insurrection des Grecs. — > Arrivée d'Othon et de aei Bavarois. — > Mort de ma femme et de mes enfants! — * Duel et mort du brave Maillet. ^ Evacuation de la Morée par les troupes françaises. — Retour en France, j . ei ctJ t tJ
A3*ant reçu mon ordre d'embarquement pour le brick le Marsouin, nous nous rendîmes à bord de ce navire lo 11 juin et mimes à la voile le même jour. Le Marsouin était commandé par le lieutenant de vaisseau Touboulio. Cet estimable ofiicier (1) fut on ne peut plus prévenant, non seulement à Tégard do ma femme, mais pour moi aussi. Je lui en renouvelle ici ma vivo reconnaissance, ainsi qu*à messieurs les ofilciers du bord, particulièrement à M. Renaud. .
M. Touboulic avait des dépêches pour Tunis, ce qui noua obligea à mouiller dans la baie de Tunis le 15 du courant, non loin des ruines de Carthage. Quoique très médiocrement lettré, je connaissais cependant l'histoire de Romo et de Carthage; j'avais d'ailleurs un mentor avec moi : ma femme, qui pouvait me servir de a cicérone » au besoin, car sa digne marraine lui avait donné des leçons d'histoire, dont elle avait profité.
Dans mes nombreux voyages, j'avais vu de grandes
r (1) Ce brave et distiniçué oinnier a été cnfln nommé capitaine de corvettA en 1837, après avoir vu passer maints privilégiés avant lui, car il en rat pour la marine comme pour l'armée de terre.
23t MÉMOIRES DU COMMANDANT PER8AT
ruines, mais aucune ne m*avaii autant ému que celles do Garthage, car en lisant les guerres de Rome et de Carthage j'avais toujours été du parti des Carthaginois; en outre, les revers, les malheurs et la fin tragique d'Annibal me rappelaient douloureusement ceux de TEmpereur, héros autrement grand que tous ceux des temps passés, présents et . à venir! Ma femme, quoique légitimiste, partagea la douleur que me suggéraient mes tristes pensées, et nous nous éloignômes silencieusement de ces ruines lamentables qui aujourd'hui ne servent de demeure qu'aux chacals du pays, ainsi qu'à quelques misérables familles de Bédouins.
Nous remîmes à la voile le 16, et le 22 courant nous étions mouillés à Navarin; le 23 nous nous rendhnes à Modon, où était le quartier général de la brigade, commandée alors par M. le général Schneider, maréchal de camp de la Restauration. En 1828 et 1829, je n'avais été que simple spectateur en Morée; c'est pour ce motif que je n'ai pas cru devoir entrer dans des détails sur tous les actes de M. le marquis Maison et consorts; d'ailleurs, ces actes furent signalés par plusieurs officiers de l'expédition, ainsi que par les journaux nationaux. Le$ Débats, journal de la Sainte-Alliance, cet écornifleur, coryphée salarié de tous les ministères antipopulaires, fut le seul qui osa faire l'éloge do M. le marquis Maison. Ce général a eu le malheur, comm3 Masséna, de faire une campagne de trop, par rapport à ses antécédents militaires de l'Empire, qui • avaient été des plus honorables. Dans cette fâcheuse campagne ou plutôt dans ce voyage maritime, M. Maison n'en a ropporté que le titre de marquis « Butor » que lui décernèrent les soldats de sa division.
Ainsi donc, je m'abstiendrai de signaler à l'opinion publique tous les méfaits do l'administration militaire pendant cette malencontreuse expédition de Morée, mais il n*cn sera pas de môme pour ceux que j'ai remarqués et observés de près depuis le mois de juin 1831 jusqu'au 12 septembre 1833. D'ailleurs, j'ai la conviction que j'aurai