‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 102 sur 165 · CHAPITRE Vin m · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin m

rapprobation des officiers consciencieux et indépendants de l'ancienne brigade de la Morée, parmi lesquels plusieurs ont fait connaître authentiquement leur juste indignation. En outre, j'ai soigneusement conservé les archives de la place de Modon, dans lesquelles se trouvent des ordres du jour ainsi que des rapports par les capitaines de service. Il est certain que l'administration française, en général, est la plus vicieuse et la plus corrompue de toutes les administrations de l'Europe, voire même celle do cette malheureuse Espagne. Les officiers, sous-oflicicrs et soldats, revenus comme moi de la campagne du Portugal de 1810, do celles de la Russie, de celles de Saxe et de France en 1814; ceux qui sont allés en Grèce et en Afrique depmis 1830, etc., peuvent certifier qu'un grand nombre de nos intendants, commissaires des guerres, chefs d'administration des vivres et des hôpitaux, etc., ont mérité souvent les pires châtiments, car partout ils nous ont plus tué de nos braves soldats que le feu des ennemis. En définitive, la Chambre presque introuvable de 1838 les a néanmoins condamnés par un vote significatif, dans lequel M. Dupin s'est signalé quand même. Viendra-t-il un jour où les électeurs ouvriront enfin les yeux sur notre machine gouvernementale? Se lasseront-ils d'envoyer des spéculateurs à la Chambre des députés, de ces hommes qui nous ont fait engloutir soixante et quelques millions en Grèce pour rendre ce triste peuple plus malheureux et plus esclave que sous le régime des Turcs, do ces hommes qui ont eu la lâcheté do voter vingt-cinq millions pour des fripons français et américJGiins (1). Ah! bon peuple français, crois-moi, il est temps do sortir de cotte coupable léthargie, dans laquelle tu parais être mort; révcille-toil et l'ordre avec la liberté renaîtront en même temps dans notre bcllô et languissante patrie,

La composition do la brigade française en Moréo mérite d'être connue (2), car, depuis 1806 jusqu'à ce jour, je n'ai

(1) Voy. la note 1 de la p. 29. (O. S.)

(2) Voy. aux Documents suppUm.» &• III, la comptnition de rétat-major

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jamais vu une semblable désorganisation militaire; ce^ pendant Tarmée avait alors pour ministre de la guerre le fameux organisateur et administrateur Soult. L'effectif de cette brigade était de deux mille six cents hommes environ, avec un état-major et un personnel d'officiers de tous grades et employés d'administration suffisants pour un corps d'armée de vingt mille hommes. Tous ces officiers touchaient, bien entendu, la solde ordinaire de leur grade, plus l'indemnité de table, etc. Je reviendrai là-dessus en temps et lieu.

On aura de la peine à croire que cet état de choses a duré depuis 1828 jusqu'en 1833. En outre de M. Schneider, maréchal de camp, la brigade comptait encore un autre de ces officiers généraux, le fameux Irlandais Corbet(l). Ainsi, voici déjà deux généraux pour commander les deux mille six cents hommes, composés d'un bataillon du 57^ et de trois du 21« léger, ci-devant Hohenlohe, de.dcux batteries d'artillerie, d'une compagnie du génie, des employés des administrations, etc. Le général Schneider avait deux aides de camp et un officier d'ordonnance, car les généraux des branches aînée et cadette ne peuvent pas marcher sans ofliciers d'ordonnance.

En outre de ses trois aides de camp, M. le général Schneider avait encore un chef d'état-major et un sous-chef; le premier venait de rentrer en France; le second, qui était capitaine au 42® de ligne, avait sollicité l'autorisation de rester à la suite du quartier général et abandonné son régi-

de la brigade française de Morée durant les années 1831, 1832, 1833. Mau« rice Persat y Hgure en 1831 et 1832,(0. S.)

(1) Corbel ^Guillaume), né à Newmaricet (Irlande), 17 Juillet 1779. Etait adjudant cono mandant du 26 février 1814. Mis «n non*actîvité, il est classé colonel à la $viti ducorps d'Etat-maJor le 27 mal 1818 mais n*a pas d'emploi Jusqu'au 6 août 1828 où il est nommé commandant du quartier gf^néral do la division d'Expédition de Morée: commandant supérieur à Navarin» 6 octobre 1828; commando en 1829 le quartier général de la division fran* çabe en Morée. (en conservant le commandement supérieur de Navarin). — Maréchal de camp. 2 avril 1831; autorisé à rester sous les ordres du général Schneider qui commando en Morée; le 5 juillet 1831, il est mis en disponibilité et reçoit l'ordre de rentrer en France (6 Janvier 1832); commande ensuite le Calvados puis la Corréze, et meurt à Saint-Denis le 12 août 1842, Commandeur de la Légion d'honneur, 30 avril 1833. (0. S.)

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