CHAPITRE VIll m
ment qui était rentré en France en 1829. Le chef d^étatmajor se nommait Marnier(l), le sous-chef Lavelaine» dit Maubeuge. Le général Schneider, non content d*avoir & son quartier général cinq officiers, avait encore sept interprètes, de langue grecque à sa suite (2); l'un d'eux lui servait de mameluck; c'était un Français né À Constantinoplo ou à Smyrne, qui portait le véritable costume de mameluck; son service âe bornait à escorter le pacliu de la brigade, M. Schneider, qui en avait bien en vérité les allures, le caractère et les goûts. Un autre interprète, Grec sous bien des rapports, servait d'informateur au général Schneider et en même temps au préleur russe Capodistrias, alors président de la Révolution grecque. Cet interprète se nommait Marchand; il était marié à une orpheline turque, jeune et fort jolie.
La place de Modon était commandée par M. Payon do Npyan,ayant sous ses ordres le capitaine Varlet et le lieutenant Gautier de Rougemont pour adjoints de place. M. de Noyan avait débuté dans les chevau-Iégcrs du Roi en 1814 et avait assisté à la promenade militaire de 1823 en Espagne. M. de Noyan était un médiocre militaire, mais c'était un homme droit et plein d'honneur; il avait donné sa démission aussitôt qu'il eut connaissance de Tinsurrcction de 1830 et de l'expulsion des Bourbons de la branche atnée, mais M. Schneider, tout aussi légitimiste alors que M. de Noyan, ne voulut pas accepter son honorable démission, car M. Schneider, ainsi que MM. do Rigny, commandant l'escadre du Levant en 1830, Espcronnicr, Barthélémy, Duponchel, Trutat, Marnier, Lavelaine, de Noyan, le colonel Leydet, etc., s*attcndaient tous ù ce que la Révo-
(1) Marnier (J.), chef de bataillon, !•' novembre 1814: passé au corps d*Etat-maJor, 1818; lieutenant-colonel, 22 février 1831; attaché au lieutenant général Schneider à Tétat-major de la brigade française en Moréo en 1833; colonel au corps roval d'Etat*maJor, 16 Juin 1834; attaché au dépét de la guerre en 1837; cher d'état-major de la 1*^ division militaire on 1841 1 retraité en 1845. Ohevalior de Saint-Louis et commandeur de la Légion d'honneur, 18 avril 1843. (O. S.)
(2) Il y en avait un qui servait d'interprète h riiitendance, un autroflxé près du chef de la brigade topogrupliique.
236 MÉMOIRES D(l COMMANDANT PERSAT
lution de 1830 ne serait qu'une répétition des Cent-Jours, et je peux dire encore, sans mauvaise foi de ma part, que ces Messieurs en faisaient le vœu secret. Depuis ils se sont ravisés, par les faveurs continuelles que leur a prodiguées le Roi-citoyen, au détriment des patriotes qui n'ont ni faibli ni pfili depuis les journées de Juillet jusqu'à ce jour. En matière de reproches ou d'accusations, l'homme consciencieux doit toujours avoir ses preuves en main; ainsi lorsque j'ai avancé que MM. Schneider, de Rigny, Esperonnier, Barthélémy, Leydet, Duponchel, Trutat, Marnier, Lavelainc, de Noyan, etc*, étaient légitimistes en 1830 et qu'ils désiraient le renversement du gouvernement du drapeau tricolore, je dirai, pour le prouver, que ces messieurs s'étaient réunis en grand conseil de guerre et que dans ce conseil ils décidèrent à l'unanimité que la brigade conserverait la cocarde blanche. Etes-vous capables, messieurs les légitimistes de Modon en août 1830, de démentir ce que j'avance ici? Je vous en défie tous, les uns après les autres et même deux à la fois, mais à cheval. Vous vous gardere2 bien de me donner un démenti, car le brave lieutenant de vaisseau... {nom laissé en blanc) (1), commandant du brick..., ne me démentira pas, lui, ni les ofllciers, sous-ofliciers et soldats du 37^
Les deux batteries de la brigade étaient sous la direction du chef d'escddron Esperonnier; celle de Modon était commandée par un capitaine nommé Trutat; la compà^ gnie du génie était commandée par le capitaine Gibaut. M. Duponchel, médecin ordinaire, remplissait les fonctions de médecin en chef de la brigade; M. Deutzer celles de pharmacien et M. Lecler celles de chirurgien. Ces trois messieurs avaient sous leurs ordres distinctifs environ une
( 1 ) Cet estimable ofllcier fut le premier qui apporta la nouvelle de la révolution accomplie. U était parti de Toulon avec le drapeau trirooro et il arriva à Navarin non draoeau déployé, bien entendu. Que flrent M. de Rigny ^t ces messieurs du gn^ana conseil? Ils forcèrent M. ... d*amener le drapeau tricolore et de his.^er le pavillon blanc, leur couleur chérie, Ileinl messieurs les légitimistes de Modon, étos-vous dans le cas de nier ce fait! Répondez-moit
CRAPITBK VIU m
trentaine de subordonnés, en sus des chirurgiens-médecins attachés au 21* léger et au bataillon du 57* qui composait la brigade.
Nous avions alors en Morée une douzaine d'officiers d*état-major chargés de lever la carte de la Grèce, carte qui n'est pas encore terminée après dix années do travaux, et qui coûtera à nos bons contribuables plus cher que celle de la France. Ces officiers topographes étaient sous la direction de M. Barthélémy, dit de Sura, chof d'cscadrons; L'hôpital de Modon avait pour directeur M. Huret, assisté d'une douzaine d'employés de tous grades, auxquels je dois rendre la justice qu'ils ont rempli consciencieusement leur devoir, particulièrement M. Levalois, pharmacienmajor de cet hôpital. La brigade a eu jusqu'à quatre sousintendants pour l'administrer. Nous en parlerons bientôt. Ces messieurs étaient assistés d'une tren.taine d'employés de tous grades.
La place de Navarin était commandée par le général Côrbct (1), sur le compte duquel je reviendrai souvent. Cet homme avait sous ses ordres un bataillon d'infanterie, une batterie d'artillerie et une demi-compagnie du génie, etc.
La brigade avait pour payeur M. Mollier, homme d'un bôau caractère, qui réunissait les plus belles qualités. J'en dirai autant de son ami Roguin, son adjoint, ainsi que du capitaine Dalhcme (2), directeur du génie; ces trois messieurs eurent le talent de se faire aimer et estimer par tous les officiers de la brigade.
Etant sur le chapitre des caractères des personnages de la brigade, je vais continuer, afin de n'y plus revenir; c'est d'ailleurs une petite biographie qui pourrait bien avoir son mérite un beau jour; elle prouvera aussi aux
(1) Voy. la note de la p. 234.
(2) Cet estimable onicièr a été nommé chef de bataillon eh 1835; ion avan* cernent n*a pas dû faire de jaloux parmi les capitaines du génie, quoiqu'ils soient tous, géni^rabment, très méritants.
enthousiastes quand même que notre ordre de choses actuel» quoique né des œuvres des journées de Juillet, a été de point en point jusqu'à ce jour le digne successeur et exécuteur testamentaire des tristes souvenirs de la branche aînée; or les favoris de cette famille devaient être de même ceux de la branche cadette, aussi M. Schneider est-il bien en cour, malgré ses médiocres antécédents militaires (1). M. Schneider est flegmatique comme un Allemand de la rive droite du Rhin; il est cependant né sur la rive gauche, en Alsace, mais il parait qu'il a peu profité moralement de l'éducation française. C'est sans doute pour ses condescendances à tous les pouvoirs que le maréchal Soult, ministre de la Guerre, le fit nommer lieutenant général en 1831 (2), et qu'il le prit pour son directeur du personnel do la guerre. Corbct, maréchal de camp de 1830, est né Irlandais; il est resté toujours Irlandais de caractère, quoi qu'il soit en France depuis une quarantaine d'années. Je n'ai jamais connu un être plus irascible et plus vindicatif que cet homme. On ne pourrait trouver son semblable qu'en Irlande ou chez les Arabes. Corbet était aide de camp de Marmont en 1814.
(1) J*ai feuilleté minutieusement les vingt-huit volumes des annales des Vietùirea w Conquête», par l'éditeur PanckouUe, et à la suite de mes recherches. j*ai trouvé dans le tome XIX, page 137, que le capitaine Schneideri chargé de la défense du poste de la Cniusa, en Italie, en 1809, y fît une honorable résistance, mais qu'accablé par le nombre, il fut forcé de se rendre prisonnier avec cinciuantc-scpt de ses soldats: le rapport ajoute que le reste de son détachement parvint à se retirer dans les montagnes. Comment se fait-il que le capitaine Schneider ne put en faire autant? Dans le tome XXIV, pages 335 et 3'i0, il est encore question de M. Schneider ajors colonel et chef d'état-major du général Rapp, son compatriote. Dans sa position de rédacteur de bulletin, M. Schneider ne s'est nas oublié, ainsi que l'on doit lo penser. D'ailleurs, d'après tout ce que j'ai lu dans ces annales de nos victoires et revers, je conseille aux personnes qui les ont lues ou qui les liront. de n'être pas trop crédules relativement aux faits d'armes individuels, car J'ai pu remarquer quantité de faits controuvés parmi les milliers de bon aloi, dont beaucoup ont été oubliés.
(2) Au détriment de cent' généraux de brigade de l'Empire plus méritants sous tous les rapports. Ah! monsieur Soult, et vous avez osé dire à la Chambre des pairs, le 14 juin dernier, 18:^8, que l'armée n'avait pa.<(. à se
Klaindre de vousT Elle vous le dira un jour, n'en douter, pas. Depuis que [. Schneider a quitté la direction do la guerre, avec Soult, il a commandé au camp de fantaisie do Compiégnc, et tous les ans on le voit toujours in5pecteur de Tanne de l'infanterie.