CHAPITRE VIII 2S
Le troisième personnage de la brigade était le colonel Stoffel (1), du 21* léger, régiment qui composait la force supérieure de la brigade. StofTel est né Espagnol, de races croisées; son père était Suisse ou Prussien et sa mèro Espagnole. Stoffel était cadet dans les gardes wallones quo nous mimes en chair à pâté à la bataille de Médellin, lo 26 mars 1809 (2), mais le hasard voulut, pour le malheur du 21« léger, que Stoffel restât au nombre des quelques millo prisonniers de cette célèbre journée. Stoffel pourrait êtro comparé à l'Irlandais Corbet, moins ses médiocres capacités militaires toutefois. Stoffel avait pris du service sous le roi Joseph Napoléon et suivi sa mauvaise fortune, je no sais pourquoi motif. Etant devenu chef do bataillon au service de la France, il resta sous la remise jusqu'à la Révolution do 1830, co qui ferait honneur à tout autre homme qu'à M. Stoffol. Enfin, le grand organisateur Soult lo nomma colonel du 21« léger, ci-devant légion de Hohenloho. Dans ce commandement, Stoffel se distingua par ses sévérités envers les ofTicier?, sous-officiers et soldats français qui firent partie de ce nouveau régiment, et par les faveurs spéciales qu'il prodigua aux transfuges prussiens, autrichiens, espagnols, etc., de rancienne légion Hohenloho. Mais attendons; ce n'est pas là le seul reproche que j'aie à adresser au célèbre organisateur Soult dans la création du 21« léger. Comment, monsieur le maréchal Soult, vous vouliez d'une légion étrangère faire un régiment français et vous lui avez donné pour colonel, lieutenant-colonel, premier chef de bataillon, adjoints-majors, etc., des étrangers de tous les pays?
(1) stoffel (AugtisUn*Eugène.Antoine), baron, né à Madrid (Espagne), le 15 novembre 1783 (d*un père d'origine suisse); sert dans les régimenta suisses au service d*Espagne ; était lieutenant de grenadiers le 3 Juin 1807; passe au service de France le 17 mal 1808 comme capitaine attaché à l'état-major du général Belliard ; chef de bataUlon puis major au régiment royal étranger (1809«1814). Colonel du 2* régiment suisse le 28 avril 1815. Commandeur de la Légion d'honneur, 17 mars 1844; mort le 10 Juin 1355. — CVst le père du célèbre colonel, auteur des rapports militaires écrits de Berlin, lequel est mort en 1907.
(2) Ce jour-l^, doure mille Français, commandés par le maréchal Victor, battirent trente-six mille Espagnols. (0. S.)
iiO MÉMOIRES 0U COMMANDANT PER8AT
En vérité, monsieur le Ministre, vous aviez sans doute perdu la tramontane. Vous me direz : « Mais ces gens-là avaient servi la France sous la Restauration et quelquesuns sous TEmpire. » C'est très vrai, monsieur le Maréchal, mais ne savez-vous pas que le hareng sent toujours la caque; nous en avons eu de fâcheux exemples et ces messieurs nous l'ont bien prouvé en Grèce; moi, je vous en parle en connaissance de cause, monsieur le ministre de la guerre de 1830, etc., car vous savez que j'ai commandé la place de Modon en 1832 et 1833.
Le lieutenant-colonel du 21* léger portait le nom de Huelscn; c'était un Prussien dans toute la force du terme. Il était capitaine en 1815 et abandonna son régiment pour aller à Gand. A la rentrée de tous les transfuges de cette époque, Huclsen fut nommé major de la légion Hohenlohe. Depuis ce temps-là jusqu'aux journées de Juillet, Huelscn fut la terreur de cette légion. Malheur aux officiers qui auraient osé parler politique. Eh bien! qui voudra croire que cet homme fit le révolutionnaire en 1830? Cependant la veille de «a volte-face il avait juré sur son épée qu'il était prêt à donner sa vie pour le service du Roi! Il est bon de dire que Huclsen avait toujours refusé de se faire naturaliser Français pendant la Restauration; il n'a pris ce parti qu'en 1830 et forcément.
M. Mollénbeck était le plus ancien chef de bataillon du 21« léger; il n'avait pas oublié qu'il était né Autrichien; cependant, malgré ses sympathies bien prononcées pour tous ceux qui parlaient l'allemand, il était cependant supérieur aux deux précédents; néanmoins, j'ai. la conviction que le 21« léger no l'a pas regretté, pas plus que les Stoiïel, Huclsen et autres. Il est bon de dire ici par anticipation que, par suite des nombreuses récriminations contre le colonel Stoiïel, le maréchal Soult lui retira le commandement du 21* léger, mais, contre toute attente des personnes qui connaissaient cet ofiicier, le ministre lui donna le commandement de la place de Lille, l'une de no's premières