CHAPITRE VIII ICI
places de guerre! Mollenbeck est passé lieutenant-colonel en 1836 dans un autre régiment; quant à Huelsen, dont le patriotisme de 1830 avait été découvert et mis à sa juste valeur, il a eu le dépit de voir passer colonels une vingtaine de lieutenants-colonels moins anciens de grade que lui; à la fin, en 1837, on lui a donné le commandement de la nouvelle légion étrangère en Afrique. Tous les trois n*ont dû ces faveurs-là qu'à la haute influence de M. Schneider dans les conseils du lieutenant général d'Orléans, le réel ministre de la guerre. Je suis forcé de déclarer ici que l'honorable général de Guéhéneuc (1) a trempé aussi dans les faveurs accordées à mes trois amis Stoffel (2), Huclsen et Mollenbeck, et malheureusement ce digne général ne s*en est pas tenu là.
Le 2i« léger avait encore deux chefs de batailloa : M. Naud et le brave Maillet. Tous les deux étaient purs Français et excellents Français; j'en parlerai. M. Brugnière» chef du bataillon du 57«, était aussi très bon Français et officier d'un grand mérite.
Le bhef d'escadron Esperonnier. commandant* supérieur de l'artillerie de la brigade, était adroit et astucieux en politique; on m'a assuré positivement, et je le crois, que M. Espcronnier s'était fait recevoir dans l'ordre des jésuites de Montroogc sous la Restauration. Il est certain que M. Espcronnier en a bien le caractère; j'aurai occasion de revenir sur son chapitre. Le capitaine d'artillerie Trutat était un élève de M. Esperonnier.
M. Barthélémy, chef d'escadrons du corps royal d'étatmajor, est né à Sura, en Egypte, de famille arabe; on peut s'en convaincre en le voyant, car cet homme en a tout le physique et le caractère; j'ai oui dire qu'il avait été amené
F (1) Guéhéneuc (U lieutenant fanerai Charles- I^iOuis-Joseph-OUvier d«), flis du comte de Ouéhéneuc, sénateur, dont la fllle avait épousé le maréchal Lannes. (G. 3.)
(2) On sait que les grrands aj^ioteurs et spéculateurs des foftds publics sont très bien en coun l'un d*eux, le fameux Aguado. protégeait aussiM.Stof« fel par la raison que ce dernier avait épousé une nièce de cet incomparable spéculateur.
en Franco par le savant Monge, qui avait accompagné Bonaparte en Egypte. M. Barthélémy n'avait d'autre service à faire dans la brigade que de surveiller Ifis travaux des officiers topographes et de les envoyer au ministère de la guerre. Dans une de ses tournées d'inspection topographique, il arriva à M. Barthélémy une aventure qu'il est bon de faire connaître, afin d'appuyer les reproches que i 'adresse ici à M. Barthélémy, ainsi qu'à M. Schneider, pour les faveurs qu'il a prodiguées à ses amis et privilégiés. Or, peu do temps avant mon arrivée en Grèce, M. Barthélémy était parti pour une tournée en Messénie, armé jusqu'aux dents, fusil à deux coups, pistolets et sa courte épée. H avait pour compagnon de voyage un interprète (1) de la brigade et son muletier. EnMessénie, on rencontre des troupeaux de moulons en grande quantité; ces troupeaux sont gardés par des bergci^ armés et généralement assez vaillants; tous ont des chiens de garde auxquels ils sont très attachés; ces animaux sont aboyeurs naturellement, loi'sqii'un étranger passe prés de leurs troupeaux; et, pour le malheur de M., le commandant Barthélémy, l'un de ces chiens, voulant lui défendre l'approche de ses ouailles, lui montra de trop près ses longues dents. M. Barthélémy, très emporté de caractère, lâcha ses deux coups de fusil sur le trop fidèle gardien du troupeau et le blessa mortellement. Aux hurlements déchirants de son compagnon des champs, le berger, gaillard de vingt-cinq ans, taillé en hercule, accourut au secours de son chien. Hélas! il n'était plus temps, il expirait; furieux comme une louve à qui le chasseur vient de tuer ses petits, le berger se précipite sur ce pauvre Barthélémy, lui arrache son fusil, ses pistolets et sa courte épée, et le roue de coups multipliés de sa lourde houlette. En Grecs prudents, l'interprète et le muletier, témoins du danger, se sauvèrent à toutes jambes, tandis que notre cher M. Barthélémy tomba do toute sa
(1) Cet interprète était spécialement attaché à la brigade topographique» pour ce service-là, ou plutôt pour celui de M. Barthélémy.