CHAPITRE TIII SIY
pdait les massacres de Tripoliiza, d*Argos, de Corinthe, etc.
Voyant ma femme si agitée, et craignant des suites fAcheuseSi je lui proposai de nous rendre d'abord dans un hameau voisin afin d*y passer la nuit, ce que nous flmes. Le lendemain, nous gravîmes à pied la montagne sur laquelle Léondari (1) avait existé, car il n'y restait que des ruines, ainsi que dans toute là Grèce; tristes résultats des guerres civiles et religieuses!
Dans les restes des anciennes maisons des père, grandpère et oncles de ma femme, nous ne trouvâmes pas un seul emplacement pour nous loger; force nous fut donc de prendre un logement chez un Grec, en payant, bien entendu, car les Grecs ne $ont hospitaliers que par intérêt, n'en déplaise aux modernes Hellènes.
Ayant découvert le village où restait la sœur de ma femme, j'y envoyai do suite mon domestique, accompagné d'un ancien et fidèle serviteur de cette famille. Le président Capodistrias avait aboli l'esclavage des Turcs restés au pouvoir des Grecs, aussi le berger chez lequel ma belle-sœur se trouvait ne se fit-il pas tirer l'oreille pour nous l'amener, d'autant plus que j'avais chargé mon domestique de lui dire que je le traiterais bien. Néanmoins, comme les Grecs sont aussi soupçonneux que perfides, ce berger, arrivé à quelque distance de Jjéondari, fit observer à mon domestique que je pourrais bien lui réclamer un salaire pour les sept années de servitude que ma belle-sœur avait passées chez lui. Mon domestique, quoique Grec aussi, avait servi plusieurs ofiiciers français de la brigade; il rassura le berger et le décida enfin à venir à Léondari. '
Il y avait^onze années que la famille de ma femme
(1) Cette petite ville avait dû être asseï Jolie pour le pays d*apr6s les
Sue Ton y voit encore; les maisons des Turcs devaient ôtre belles et spacieuscsi les paraissaient aussi avoir été solidement bâties. La mosquée seule a été conservée et sert aujourd'hui d*ég]iie aux Orecs. De raer^able et pittoresque position de Léondari, on découvre la belle plaine de Mégalopolis ainsi que le cercle de montagnes qui Tenvironneni de toutes parts.
250 MÉMOIRES DU COMMANDANT PEtlSAT
avait abandonné Léondari pour se réfugier dans Tri- ^ politza, et quoique ma femme n*eût à cette terrible époque» 1821, que treize années, elle avait parfaitement reconnu les ruines de la maison paternelle; elle m'avait même fait remarquer les croisées de Tancienne chambre où elle était née. Elle était toujours dans ses sombres souvenirs lorsque sa sœur arriva, couverte de haillons hideux, la peau noircie par le soleil brûlant de la Grèce, les jambes et les pieds nus et couverts de meurtrissures; pauvre fille! malgré la différence des toilettes de mes deux orphelines, leurs yeux et leurs cœurs se devinèrent. « C'est ma sœur », s'écrièrent-elles ensemble, en se précipitant l'une et l'autre dans les bras d'une sœur chérie. Oh! quelle entrevue et quelle scène attendrissante! Ne pouvant résister à d'aussi vives émotions, je sortis de notre baraque ou hangar plutôt, furieux contre le berger grec et indigné contre lui, en voyant le misérable état dans lequel se trouvait ma belle-sœur. Je ne sortais jamais sans avoir mon sabre au côté, coimaissant le caractère des Grecs (1). Le berger qui était resté prudemment dans la cour de noire masure, me voyant arriver ainsi armé, prit aussitôt la fuite, ainsi que sa femme et ses. trois filles. Devinant alors la. cause de cette fuite précipitée, je me mis à vociférer mille injures contre ce pauvre diable de berger qui, dans sa fuite, ne s'occupait que de lui. Ma belle-sœur, entendant mes menaces contre le berjger, accourut avec ma femme, et après m'avoir donné quelques éclaircissennents favorables sur les procédés du berger à son égard. Me me pria, les larmes aux yeux, de le bien recevoir, mais notre homme ne voulait plus revenir. Il fallut que Tia femme et sa sœur allassent ensemble le conjurer de •e venir, ce qu'il fit enfin, mais en tremblant. S'étant enfin
(1 ) En entrant dans Léondari, la population grecque se pressait pour nous 'oir passer, et dans leur entretien sur notre compte, mon domestique entendit le^ fenfiiftes grecques dire à kurs maris ; « Si vous aviez coupé la t&te à cette "urquc» eUo ne viendrait pas réclamer ses propriétés et l'argent que nous deons À son frère, etc. »