‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 111 sur 165 · CHAPITRE TIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE TIII

sddatesque grecque et russe, ils s*éiaient empressés de m^offrir une amicale hospitalité, que j'avais acceptée.

J'allai coucher à Tripolitza le 8, et le 9, j'étais auprès de ma femme, que j'eus la satisfaction de retrouver bien portante, ainsi que sa sœur. Confiant dans les promesses du président, nous allAmes visiter les anciennes propriétés des parents de ma femme. Les laboureurs qui les exploitaient nous reçurent avec empressement, étant . cultivateurs de ces propriétés de -pore en fils; ces braves gens, qui ne s'occupaient que des travaux champêtres, nous témoignèrent une vive satisfaction en apprenant que nous devions rentrer dans nos droits; eux aussi étaient las du despotisme du gouvernement grec, mais plus encore de ses vampires de délégués dans les provinces qui ne leur laissaient que les yeux pour pleurer. Ma femme se serait trouvée heureuse au milieu de ces populations paisibles. Les souvenirs de son père qui était généralement regretté dans le pays, ses tendres soins pour sa sœur et son aménité envers les familles qui étaient venues la visiter pendant mon absence, lui avaient gagné toutes les aiïcc tiens des habitants du pays, aussi ne sortait-elle jamais sans être entourée de ses dames d'honneur; c'était une chose surprenante de voir ces fermes, qui ne parlaient que de mort à notre arrivée à Léondari, se prosterner ensuite devant elle à l'instar des coutumes de l'Orient. « Tu vois, me disait-elle, la prééminence qu'avaient lés Turcs sur. les Grecs. » Il est certain que ce pauvre peuple grec est tombé dans une dégradation complète. Quel est le génie philanthropique qui pourra le retirer de ce néant ailligeant?

Ma permission étant expirée, nous quittâmes Léondari pour rentrer à Modon. Nous allâmes coucher le premier jour au village d'Hassan Pacha, où nous savions trouver^ un cousin de ma femme, échappé miraculeusement du massacre de Tripolitza en 1821. Ce pauvre diable, baptisé à la grecque, et marié à une fenime du pays, vivait de son pénible travail, après avoir possédé une grande fortune

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en Grèce; toutefois, il nous reçut avec une effusion de cœur que l'on ne rencontre pas chez les Grecs. D'ailleurs, nous nous étions munis de provisions, de sorte que nous fîmes un repas de fête; c'en était une pour ma femme que de retrouver encore un membre vivant de sa famille. Nous continuâmes notre route le lendemain, accompagnés du cousin, et le 3 septembre, nous étions de retour à Modon où je pris immédiatement mes fonctions de commandant de place.

Le brave chef de bataillon Maillet était arrivé de France avec son bataillon. Je le connaissais de vieille date; nos caractères et nos opinions étaient à peu près les mêmes, et tous les deux, nous avions été des victimes de la Restauration; aussi nous trouvâmes-nous d'accord sur les désordres et les commérages qui existaient encore dans la brigade, car notre loyal général de Guéhéneuc, malgré son bon vouloir, s'était déjà laissé endoctriner par nos huit à dix intrigants, tous vétérans de courtisancries contre lesquelles notre trop brusque franchise s'émoussa; il fallut nous résigner au statu quo inféodé par M. Schneider.

J'ai fait connaître les énormes avantages des ofTicicrs de la brigade. Voici les miens : comme capitaine de cavalerie, j'avais deux cent huit francs par mois, quatrevingt-dix francs d'indemnité de fourrage pour deux chevaux, que je n'avais pas; quarante francs d'indemnité do table et trois rations par jour de vivres do campagne. C'était sans doute une position très avantageuse, surtout après huit à dix années d'exil (1) et de tribulations que Maillet et moi avions subies et dans lesquelles nous avions sacrifié le dernier sol de nos patrimoines pour la cause de la liberté.

Le vieux commandant de la place de Modon ne s'occu-

(1) Pendant ce temps-là. les intrigants de notre brigade se promenaient de garnison en garnison et allaient faire leur cour à l'ancien Dauphin, aux ministres» etc.» de même qu'ils la font encore aujourd'hui au moderne Dauphin, etc.

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