‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 112 sur 165 · CHAPITRE VIII m · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII m

pait pas d*intrigues; il faisait son doux service avoo une résignation stoïcienne, car il était légitimiste incamé; c'est à peine si l'on pouvait apercevoir à son chapeau le rouge d'une cocarde imperceptible et soigneusement couverte par une large ganse. Jamais je n'ai pu le décider à faire flotter le drapeau tricolore dans la place. J'ai le regret de dire ici qUe je ne fus pas plus heureux avec le général de Guéhéneuc qui me répondit que « de hautes considérations politiques s'y opposaient ». A cette époque, je me brisais le cerveau pour deviner ces hautes considérations politiques. Depuis, Louis-Philippe et ses pacifiques ministres nous les ont fait connaître.

Le commandant de Noyan était d'une intégrité rare, mais d'une faiblesse à la mode envers l'administration des vivres; toutefois, les cadeaux administratifs étaient interdits dans sa maison; je peux en dire autant pour la mienne, et je défie qui que ce soit d'avancer le contraire.

Dans mon voyage de Modon à Nauplie, j'avais remarqué une grande elTervescence et un mécontentement général en Grèce contre le gouvernement de Capodistrias. il Nauplie, j'avais entendu des cris de : « Mort au président! » Les brigandages de Kalcrgis, de Nikitas et de l'amiral Ricord à Poros achevèrent d'exaspérer les esprits, aussi ne fus-jc pas du tout surpris lorsque nous apprîmes à Modon que Capodistrias avait été tué à J^auplio par lo frère et lo fils de Piotro-Bey Mavromichalis, chef des MaïnoteSj que le président avait fait enfermer dans la citadelle de Nauplie (1). Le frère de Mavromichalis portait le nom de Constantin; son fils celui de Gcorghaki; tous les deux avaient été d'intrépides défenseurs de l'indépendanco de la Grèce et quinze guerriers de cette puissante famille avaient péri les armes à la main pendant la guerre sainte.

(1) Capodistrias, brouillé avec la puissante famille régnante du Maene' dont il avait fait enfermer depuis plusieurs mois le chef au ch&teau d'ItschkAla comme convaincu de haute trahison, fut assassiné le dimanche 9 octobre au moment où. pour y entendre la messe, il entrait dans l'tiglisc do Saint* Spiridion. (O. S.)

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Lo chef des Malnotes (descendants des Spartiates), ainsi quo tous les membres de sa famille s'étaient tous ralliés au gouvernement de Capodistrias lors de son arrivée en Grèce; mais, s'apercevant que lo président ne gouvernait que par Tinflucnce de la Russie et dans les intérêts de cette nation, ils s'en éloignèrent et lui témoignèrent . hautement leur juste mécontentement. Capodistrias, entouré de cette tourbe de Grecs corrompus de Smyrne, Constantinople, Bucharest, etc., connus sous le nom de Phanariotes, et se voyant cajolé par notre ministre résident, pensa sans doute qu'il pouvait gouverner la Grèce en pacha. Il fit, dès lors, en Grèce, ce que nos hommes d'Etat des barricades ont fait en France, en grande partie : il destitua, emprisonna ci déporta tous les anciens et véritables patriotes pour les remplacer par des lâches, des traîtres, et dé vils intrigants, tous étrangers à la guerre de l'Indépendance et à la Grèce actuelle. Qu'en est-il résulté? Sa mort prématurée! Capodistrias fut tué au moment où il entrait dans une église, suivi de quelques courtisans et escorté par une douzaine de ses licteurs (1); c'est au milieu de ce groupe de valets salariés que les deux intrépides Spartiates tuèrent le bourreau de leur père et des habitants de Poros, etc. Constantin fut égorgé . au même instant par les licteurs de l'ex-président (2); Géorghaki put échapper à la mort pour quelques jours, en se sauvant dans la maison occupée par. M. Rouen, notre ministre résident. M. Rouen, sommé par la soldatesque russe et grecque qui faisait retentir des cris de : « Mort ' au Français! », fut forcé de leur livrer le malheureux Géorghaki. Ce jeune homme, le dernier guerrier de cette malheureuse famille, fut traîné devant un conseil de guerre, qui.

(1) En réalité, Capodbtrias n*était à'ce moment accompagné que de deux personnes» son fidèle domestique invalide Kokonis et le sergent Léondas. (O.8.)

K(2) n fut d'abord blessé légèrement par un coup de feu du vieux Kokonis» uis touché à mort par une balle du général Fotomaras. La foule le maltraita orriblemcnt. Enfin un Pallikare l'acheva à bout portant. (G. S.)

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