‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 113 sur 165 · CHAPITRE YIII SOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII SOI

composé d'hommes de choix, le condamna à mort sans délai (1). Les barbares le firent fusiller sous les yeux de son vénérable père; celui-ci, agitant un mouchoir blanc, cria à son fils d'une voix émue, mais sonore : « Mon bienaimé Géorghaki, mon dernier fils! meurs avec courago et sans crainte; un jour la Grèce t'élévera un autel; reçois la bénédiction de ton père; adieu, mon fils! » Et au mémo instant Géorghaki tomba percé de dix balles au cœur, au milieu d'une foule consternée.* Dans cette terrible et funeste circonstance, MM. Rouen et Lalando montrèrent cette fois plus de dignité et firent meilleure contenance, car l'odieux amiral russe Ricord, ainsi que les amis de l'cxprésident avaient eu la bassesse de faire courir le bruit qu'ils étaient les provocateurs de la mort de Capodistrias, de sorte que tous les Français qui se trouvaient à Nauplio auraient été impitoyablement massacrés, sans les dispositions énergiques du commandant Lalande, secondé cette fois par M. Rouen (2).

Les partisans de Tex-président se consolèrent promp* iement de sa mort; le peuple ne le regretta pas, assurément. Augustin Capodistrias, son frère, fut élu président par les intrigues russes (3). Cet Augustin' était l'homme le plus ignare et le plus cupide de tous les Grecs, tandis que l'on ne pouvait pas refuser à son frère défunt de grandes capacités et de la probité personnelle. 11 est positif que si cet homme avait voulu gouverner la Grèce pour les Grecs, il existerait encore et qu'il serait resté président de la Grèce.

Peu de temps après la mort de Capodistrias, les Malnotes prirent les armes et jurèrent de venger la mort de Constantin et de Géorghaki. La guerre civile était déclarée. Ce malheureux pays, qui à peine renaissait de* ses cendres,

(1) Il fut fusillé le 22 octobre sur les glacis de la forteresse d*Itschkale par des soldats grecs. Son vieux père, des fenêtres de sa prison, assista k soa exécution.

(2) Le danger donne «ouvent du courago aux hommes faiblei.

(3) U 8/20 décembre 1831. (O. S.)

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ses MÉMOIRES DU COMMANDANT PERSAT

allait de nouveau retomber dans Tanarchie et le désordre. Deux partis étaient en présence : le parti franco-anglais, ayant à sa tête un nommé KoUetis, appuyé par les Grecs purs, c'est-à-dire par les patriotes du Péloponèse, des îles d'Hydra, Spezia, Syra, Poros, etc., de la Roumélie, de TAttique, etc., et le parti russo-autrichien ayant à sa tête ce fourbe Augustin d'Istria, soutenu par les émigrés de la Grèce, les renégats et tous les vagabonds de ce malheureux pays; ce dernier parti représentait à peu de chose près notre juste milieu doctrinaire, et le premier notre opposition systématique. Augustin, étranger à la Grèce, était ostensiblement appuyé par les Austro-Russes et C'«; Kolletis, par les ministres résidents de la France et de l'Angleterre, aussi lui fut-il facile de renverser le gouvernement d'Augustin (1). C'est alore que commença la guerre civile, qui exigea l'emploi de nos baïonnettes restées jusqu'à ce moment-là dans leurs gaines. Après quatre années de repos et d'ennui, nos soldats allaient manœuvrer et combattre ces mêmes Grecs qu'ils étaient venus défendre et délivrer du joug égyptien! La haute science de nos astrologues politiques allait se mettre à jour aux frais de l'honneur national. Des deux ou trois cents révolutions ou insurrections que notre sublime mouvement national de 89 a enfantées, la France seule a produit des grands hommes de guerre et quelques hommes politiques intelligents et consciencieux. Hormis Démétriiis Ypsilanti, Marcos Botzaris, Bourbaki, Miaulis, Canaris et les guerriers de la famille Mavromichalis, chefs des Maïnotes, cette pauvre Grèce n'a pas eu une ombre des Léonidas, des Thémistoclc, des deux Xanthippe, des Xénophon, etc., car, quoique les Grecs que j'ai nommés plus haut aient été de braves soldats et de bons patriotes, ils n'étaient pas cependant des hommes extraordinaires. Quant à Kolletis, le chef du parti dit franco-anglais, véritable Sardanapale par càrac-

(1) Dès le 9 avril 1832, le comte Augustin, déchu, s'embarquait pendant la nuit sur un b&Umcnt russe, emportant le corps de son frère. (G. S.)

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