‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 114 sur 165 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

tére, il n*a d*auire science que celle d*un charlatan» grand parleur, sans instruction; il n'a pas même le courage d'un soldat, et encore moins de capacités comme homme d'Etat : ce Kolletis (1) avait été le « frater » du féroce Ali, pacha de Janina (2) et son conseiller intime, etc. Avec un pareil représentant, que pouvait faire et devenir son parti? Dans cette épineuse circonstance, c'en était fait de la Grèce, si la brigade française avait eu encore à sa tête le général Schneider, car cet homme apathique serait resté l'arme au bras jusqu'au moment où il aurait reçu des instructions positives de son gouvernoment. Le général de Guéhéneuc, au contraire, saisit habilement Toccasion de prouver aux Russes et à leurs partisans que les Français de 1830, sous les ordres d'un brave, seraient toujours les Français d'Austcrlitz et de la Moskowa (3). En conséquence, ce général prit immédiatement des dispositions militaires approuvées par les ministres résidents de la France et de l'Angleterre. Dès ce moment-là, nos flandrins, ou flâneurs de la brigade, devinrent disponibles.

Je me dispense d'entrer dans tous les détails sur les différents mouvements de notre brigade; cependant je dois signaler quelques faits relatifs à la conduite militaire des amis et privilégiés de M. Schneider. L'armée jugera si ces messieurs étaient dignes des faveurs multipliées qui leur' ont été prodiguées.

Les villes de Kalamata et de Nisi furent les premières qui réclamèrent la protection de la brigade française contre les exactions des deux partis. Kalamata était exploitée

(1) Pour se débarrasser de cet intrigant, Othon l'envoya à Parb. en qualité d'ambassadeur, mais avec Tespoir que celui-ci nous attr%peraU force écus: il n*a pas mal réussi, grâce à nos complaisantes Chambres.

(2) En réalité Kolletis était médecin. (O. S.)

(3)- Depuis le sac de Poros, les Russes et les Grecs de leur parti se permettaient d'injurier non seulement le gouvernement de Louis-Philippe, mab encore l'armée française. A les entendre, notre brigade tremblait dans les murs de Modon et de Navarin, et elle devait bien se garder d*en sortir: malheur à nos soldats s'ils osaient bouger de leurs places fortes, etc.; enfin dos rodomontades à la russe, que nos jeunes soldats méprisèrent et bravèrent bientôt.

tH MÉMOIRES DU COMMANDAIfT PER8AT

parles Malnotcs, Nisi par les Colocotronicns, commandés par Tun des fils du féroce Colocoironis père, duquel j'ai parlé dans mon chapitre quatrième sur la Grèce.

Le général de Guéhéneuc détacha de la brigade lie bataillon du 57«, composé de soldats faits et bien exercés, d'une demi-batterie d'artillerie, etc. (1). Ces troupes, bien disposées, étaient aux ordres supérieurs de M. Barthélémy, qui venait d'être noriimé lieutenant-colonel à la faveur (2). Cet officier aVait l'ordre positif de chasser les Colocotroniens de Nisi, et également les Maînotes de Kalamata. La colonne française marchait militairement; un seul homme de cette colonne marchait en voyageur : c'était XL le lîculenanl-colonel Barthélémy. Voici exactement la posture de cet officier pendant la marche de cette colonne, et même lorsqu'elle fut en présence de l'ennemi, si l'on peut qualifier ainsi les quatre cents guerriers colocotroniens qui occupaient Nisi. Or donc, M. Barthélémy, que j'ai vu sortir de Modon, était perché sur un mulet sur le bât duquel était étendu un moelleux matelas; aux deux côtés dudit bât étaient accrochés le chapeau uniforme de M. Barthélémy et sa malheureuse épée; un large chapeau de paille ombrait sa figure. arabe; c'est ainsi que cet officier était parti et qu'il se présenta à la barbe des Colocotroniens. Arrivés aux premières baraques de Nisi, les voltigeurs du 57« y trouvèrent les Colocotroniens, qui firent mine de vouloir leur barrer la route. Nos braves voltigeurs avaient l'ordre de ne pas tirer, mais ils avaient la baïonnette au bout du canon, et ils se disposaient à culbuter cette troupe lorsque M. Barthélémy vint parlementer avec le fils de Colocotronis. Ce dernier lui dit qu'il avait l'ordre de son gouvernement de défendre Nisi et qu'il ferait son devoir. « Vous

(1) Ce bataiHon. accompagné de quelques pièces de campagne, quitta Modon et Navarin le 2 février 1832,- bivouaqua le 3 à Miska, et arriva le lendemain devant Nisi. (0. S.)

(2) C'était probablement pour le dédommager de sa malencontreuse rencontre avec le berger de la Messénie que M. Schneider lui avait fait obtenir cette faveur-là I Cette nomination causa une assez vive surprise à la brigade qui commençait à se garnir d'hommes nouveaux et clairvoyants.

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