CHAPITRE Vlll
pouvez, ajouta«t-iI| me tuer une centaine de mes soldats, mais vous serez, monsieur le colonel, responsable du sang qui coulera. • Alors, sans consulter le chef do bataillon Brugnière, commandant le bataillon du 57«, M. Barthélémy fit faire tête de colonne à droite par sa troupe, et, la traînant à travers les broussailles et les vignes, il tourna ainsi la bourgade de Nisi pour se rendre do là à Kalamaia. On ne saurait se faire une idée de la colère des soldats du 57*. Il fallut toute l'autorité de leur digne chef pour les maintenir, ainsi que les artilleurs, etc. Quel triomphe pour Colocotronis et ses quatre cents hommes qui venaient d'en imposer non aux huit cents braves soldats do notre colonne, mais à M. Barthélémy tout seul. De Nisi à Kalamata, il y a environ trois heures de marché pour des troupes. Pendant ce trajet, M. Barthélémy eut à entendre de vives récriminations dans sa colonne; aussi fut-il forcé d'agir avec vigueur contre les Malnotcs qui occupaient Kalamata, au nombre de huit cents; cette troupe, qui avait connaissance de ce qui s'était passé à Nisi, voulut aussi s'opposer à l'entrée des Français, mais les braves du 57*, qui brûlaient d'en venir aux mains, afin de se venger de ce qui s'était passé devant Nisi, se précipitèrent sur les Malnotes et les chassèrent de Kalamata à coups de baïonnette. Cependant ces huit cents Maînotes étaient bien plus redoutables que ne l'auraient été deux mille Colocotroniens. La conduite de M. Barthélémy devant Nisi fut vivement critiquée par les hommes de cœur do la brigador et il y en avait beaucoup; aussi les flâneurs, amis de cet oflicier, s'empressèrent-ils de faire courir le bruit que M. Barthélémy avait reçu l'ordre de ne pas tirer sur les Grecs (1). Je ne suis pas compétent pour nier ce fait, mais cet ordre inconcevable eût-il été donné à M. Barthélémy, cet ofllcier aurait dû traverser Nisi tambours battant et mèches
(1) Si cet ordre fut donné à M. Barthélémy, nul doute que l'espion Ma^ ehand. duquel j'ai parlé* en donna avis au cher colocotronicn; c'est ce qui nw fut affirmé par un ami de M. Barthélémy dans lequel J'avais de la confiance.
allumées; les Colocotroniens se seraient bien gardés de s'y opposer, j'en suis convaincu. Le nouveau gouvernement de Nauplie, représenté par Kolletis, n'étant pas en mesure de contenir les partisans de l'ex-président, se vit forcé de réclamer les secours de la brigade. Le général de Guéhéncuc dirigea immédiatement sur cette ville le bataillon du 57s un bataillon du 21« léger, de Tartillerie, etc. Ces troupes furent placées sous les ordres dé M. Corbct, assisté de M. Barthélémy. Le 57® fut remplacé à Kalamata par quelques compagnies du 21« léger. Nisi fut aussi occupée par deux compagnies du même régiment, aux ordres du brave chef de bataillon Maillet. Cet officier avait servi en Grèce,aussi dès Tinstant que les Colocotroniens aperçurent la iôte de sa colonne, ils n'attendirent pas l'ordre d'évacuer Nisi; ils se retirèrent aussitôt, emportant les plus précieuses dépouilles des malheureux habitants; il en fut de même à Kalamata.
Le général de Guéhéneuc fit aussi occuper la forteresse de Coron par deux batteries du 21«, et ensuite Argos par le bataillon du commandant Naud. Le colonel Stoiïel fut nommé commandant supérieur d'Argos, M. de Noyan, commandant de la place de Nauplie, et moi, commandant de celle de Modon.
Dans ma nouvelle position, j'avais en sus de mes autres avantages huit cent soixante francs par an, à titre de frais de bureau et de représentation, mais cette avantageuse position ne fut pas de longue durée, car l'indemnité de fourrage fut enfin supprimée après quatre années d'existence; néanmoins, il me restait trois cent dix-neuf francs par mois et mes vivres de campagne. Dans un pays comme celui que nous occupions, je pouvais économiser deux cents francs par mois, n'ayant point de loyer à payer surtout.
Je pris le commandement de la.place de Modon le 14 avril 1832. Aussitôt après mon installation, mon premier acte d'autorité fut de faire élever un mât sur la porte de la cita-