CHAPITRE VIII tel
pour le prier de m*employer activement prés de lui. Ce général me répondit qu'il ne marchait contre les Grecs que l'olivier à la main, mais que, s'il était forcé d'agir militairement contre eux, il m'appellerait, etc.
Nous avons vu partir nos soldats pour Nauplie et Argos, sous les ordres de M. Gorbet; disons en peu de mots ce qu'ils y firent, les uns et les autres. Nos soldats, sous les armes nuit et jour, pour réprimer et contenir l'audace et les tentatives d'insurrection de la soldatesque russo-grecquè, y firent admirablement bien leur devoir. Dans toutes les circonstances, ils se montrèrent dignes de la France, tandis que M. Corbet, au contraire, se montra comme l'homme le moins fait pour commander des troupes dans des circonstances aussi difllciles. Il aggrava même sa position par ses brutalités envers ses subordonnés et nos soldats et par ses complaisances et partialités en faveur du parti contraire au nôtre; il est positif que nos braves soldats auraient eu leurs vêpres siciliennes à Nauplie sans les dispositions énc^ giques du commandant de Noyan et de son brave adjudant de place, M. Couture de Troismont, qui fut la terreur des Russes, Grecs, etc., pendant toute l'occupation de Nauplie. Le chef dé bataillon Brugniére, ainsi que tous ses officiers, se montrèrent dignes d'être à la tête des braves du BT*; ceux du 21« léger rivalisèrent en tout avec ceux du 57«. M. Barthélémy, supérieur quand même à M. Corbet, ne pouvant pas s'accorder et se ployer au caractère atrabilaire de cet ancien Irlandais, demanda à être rappelé de son poste de chef d'état-major. Le chef d'escadrons Esperonnier fut alors envoyé à Nauplie. Pendant que M. Corbet passait son temps avec les Anglais, les Russes et leurs alliés grecs complotaient la destruction du bataillon du commandant Naud, qui se trouvait à Argos sous le commandement supérieur de M. Stoffel. Celui-ci se laissa surprendre dans Argos le 16 janvier 1833, malgré qu'il eût été prévenu de ce guet-apens par des Grecs de notre parti. Il est bon de dire que le colonel StoiTel, aussitôt averti du
complot russe et grec, était monté à cheval afin d'aller à Nauplie prévenir M. Corbet de ce qui se passait à Argoa, et pendant que ces messieurs se concertaient, les bandes grecques, à la solde de la Russie, au nombre de quatre à cinq mille, tombèrent brusquement sur nos soldats isolés et presque tous en tenue de caserne, mais, au bruit de la générale et des coups de fusil du piquet de service à la caserne qui se défendait vaillamment contre l'attaque des Grecs, nos jeunes et braves conscrits (1) coururent aux armes et en peu d'instants les masses de bandits grecs furent refoulées dans les maisons d'Argos; le brave commandant Naud, homme de cœur et de sang-froid, organisa de suite sa troupe et prit ses dispositions pour chasser les Grecs des maisons dans lesquelles ils s'étaient barricadés; pour cela, il aurait perdu beaucoup de monde, ce qui le décida à faire jouer son artillerie qui, admirablement bien servie, força promptement les Grecs à une retraite précipitée; dès lors, nos jeunes soldats, qui avaient vu périr une vingtaine de leurs camarades, se jetèrent à la poursuite des Grecs et en firent une véritable boucherie. Tout ce qui voulut -résister dans les maisons ou dans les rues d'Argos fut passé à la baïonnette; quatre cents Grecs environ furent broyés par nos obus, boulets et mitrailles, ou baïonnettes par nos intrépides soldats du 21* léger. Notre perte s'éleva à une trentaine d'hommes, tant tués que blessés (2). A ce malencontreux combat qui dura trois heures, MM. Corbet, Stoffel et Esperonnier n'-assistèrent pas; la canonnade et la fusillade d'Argos furent cependant bien entendues de Nauplie, d'où ils pouvaient se rendre à cheval en moins d'une heure, surtout lorsque le canon grondait.
(1) En partie Corses, Provençaux, etc., de la levée de ISSO.*^
(2) Cette sanglante et alTretise échaulTourée d*Argos, amenée par le guet» apens des Grecs colocotroniens, le dernier combat des temps horribles de la lutte pour l'Indépendance, eut lieu le 16 Janvier 1833. Quatorze jours après,
• la flotte amenant le roi de Grèce Othon de Bavière pénétrait dans le port de Nauplie. Les pallikarcs de Colocotronis eurent cent soixante tués et autant do blessés. Le 6 février Othon faisait son entrée solennelle dans Nauplie. — V. dans Pxluon, op, cit., p. 359-365, le récit de ces sanglants événements d*Argos. (G. S.)