‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 12 sur 165 · CHAPITRE PREMIER IS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER IS

L*armée était délabrée et nos régiments n'avaient plus eette' attitude guerrière des temps passés; cependant, malgré ses revers et le dégoût évident de la plupart de nos maréchaux, généraux et autres ofilciers supérieurs, Tarmée ne désespérait pas de son Empereur; il avait encore toute sa confiance. braves et fidèles Lannes, Bessiéres (1), Duroc (2), etc.« modèles de dévouement et de loyauté! brillant Lasalle et tes dignes amis les d*Hautpoul (3), les Montbrun, les Caulaincourt (4), les Dallcmagne (5), les Morlan (6), etc., que n'étiez-vous encore avec nous dans les plaines de la Champagne ou dans Parisl Illustres guerriers et dignes Français, vous auriez méprisé les lâches et perfides insinuations du traître Moreau, mort Russe! vous auriez fait fusiller le dix fois traître Talleyrand et ses complices, Chateaubriand, La Fayette, Fcltre, Marmont, etc. Dès lors, la France serait sortie triomphante de cette lutte inégale et sanglante, dans laquelle elle n'a succombé que par laf trahison des hommes que j'ai nommés.. Et toi, grand et magnanime Napoléon, tu ne serais pas mort à deux mille lieues de tes vieux soldats qui te regrettent toujours!

Etant sur les bords du Rhin à nous refaire! des fatigues de la dernière campagne, les chefs de corps reçurent l'ordre de diriger dans leurs dépôts respectifs les malades et les écloppés de leur régiment. J'étais très souffrant, mais, malgré les injonctions de mon colonel, je persistai à rester aux escadrons de guerre. Ce n'était pas au moment où la France allait être envahie de toutes paris qu'un vieux soldat devait penser au repos. J'ai donc assisté à tous nos derniers combats de 1814 jusqu'au 4 mars, où je fus blessé d'un coup de. lance et d'un coup de feu dans rinconccvable

(1) Tué à Rippach, le V* mai 1813. (0. S.)

(2) Tué à Reirhenbach, le 22 mai 1813. (O. S.)

(3) Tué à Eylau. le 8 février 1807. (0. S.)

(4) Tué à la Moskowa. (0. S.)

(5) Retraité en 1810; mort à Nemours le 24 Juin 1813. (0. S.)

(6) Tué à AusterliU. (O. S.).

retraite de Bar-sur-Aube et de Troyes par l'illustre maréchal Oudinot.

A la rentrée de tous les Bourbons, je fus conservé sur les cadres du 4* lanciers; mais, mécontent des compliments peu courtois que le duc de Berri avait adressés aux troupes qu'il était venu passer en revue à Aire, je donnai ma démission. Le colonel Deschamps, ne voulant pas me laisser perdre mes services, ne l'accepta pas; mais, me voyant décidé à quitter le service, il me fit donner le traitement de la demi-solde. J'étais dans cette position lorsque j'appris le débarquement de TEmpereur! Libre et dégagé de tous serments envers les Bourbons, je courus au-devant do mon Empereur; mais, arrêté à Melun, je fus ramené à Paris et jeté à l'Abbaye par le fameux Lespinois. Sorti de ma prison le 16 mars, j'étais près de l'Empereur le 18. Sa Majesté me nomma capitaine en présence des lK)norables généraux Bertrand, Droûot, Cambronne, etc. Je suivis l'Empereur jusqu'à Paris.

Doué d'une âme vive et d'un cœur dont les affections n'ont point de bornes, j'ai toujours négligé mes intérêts personnels pour ne m'occuper que de ceux de mes opinions. La France et l'Empereur, je ne voyais que cela; aussi, au lieu de rester à Paris afin de me faire confirmer officiellement dans le grade que l'Empereur m'avait conféré le 18, j'en partis le 24 pour me rendre à Lille, où se trouvait mon ancien régiment, car je croyais aux prochaines hostilités et je n'aurais pas voulu manquer les premiers coups de sabre.

Un mois s'était écoulé depuis mon départ de Paris et je ne voyais rien arriver pour moi du ministère de la guerre. Je pris le parti de retourner à Paris. Cette ville était alors encombrée de solliciteurs de tous grades et de toutes professions, aussi les ministères ne savaient-ils où donner de la tête. Muni d'un certificat qui constatait que l'Empereur m'avait nommé capitaine le 18 mars, je me présentai au général Berthezène (1), président de la commission

(1) Bcrlhczène (Pierre, baron), flls du conventionnel, né vers 1774, général

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