‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 124 sur 165 · CHAPITRE IX m · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX m

séduire et tromper par les promesses solenneDes d'an homme plus adroit que lui. Ce pauvre La Fayette tomba dans les panneaux du Palais-Royal; Louis-Philippe fat proclamé quand même, quoique et parce que Bourbon!

Eh bien! sires de La Fayette et consorts, puisque la Révolution de 1830 était le symbole de vos précédentes révolutions nationales, pourquoi n'avez-vous pas reconnu immédiatement les grades et les croix des Cent-Jours, etc? Votre Majesté nous Ta appris plus tard, ainsi que vos ministres et vieux amis de.Gand; vous avez bien fait reconnaître ces grades par vos deux Chambres, mais alors, vous aviez, fourré dans l'armée toutes vos anciennes connaissances de l'émigration de 1815, ainsi que tous les officiers do bonne volonté de la Garde royale, des gardes du corps, etc., de sorte que, lorsque nous sommes entrés, nous, vétérans de Waterloo, nous nous sommes trouvés à la suite ou à la gauche de vos privilégiés, car vous aviez eu le bon esprit de ne pas faire compter l'anciefmeté (1) des gradés des Cent- Jours pour l'avancement. Quelle ruse, et quelle politique! Quand on pense encore que deux hommes illustrés sous l'Empire ont prêté la main à un si grand forfait national! Quant au maréchal Soult, l'armée devait tout attendre de cet homme (2); mais vous, monsieur Gérard, qui étiez resté si pur sous la Restauration, comment avcz-vous pu abandonner les intérêts de vos anciens compagnons d'armes, pour complaire aux volontés. de votre nouveau maître? Ah! monsieur Gérard, que votre royal bflton de maréchal doit vous paraître lourd! Allez, , Messieurs, comptez sur notre reconnaissance; nous no serons pas ingrats envers vous si l'occasion se présente!

(1) Il arriva quo des ofllciers de tous grades qui n'étaient pas même au service en 18(5 se trouvèrent plus anciens que ceux qui avaient acqub leur grade à cette époque, aussi ne voit>on que des gardes du corps ou des gardes royaux à la tête des régiments et des états-majors, etc. Ces messieurs seraient bien coupables, s'ils n'étaient pas rcconnabsants.

(2) Lorsque ce.maréchàl prit le ministère de la guerre en 1830, Armand Carrel voulait tonner contre ses faiblesses de 1815, et surtout sur le monument de Quiberon, etc. J'eus la bonhomie de prendre le parti de ce maréchal; Je ne voyais en lui que le héros de Toulouse.

En sortant do la quarantaine de Marseille (l)Je me rendis à Paris. N'ayant rien obtenu en 1830 à titre de récompense nationale, je me figurais qu'il était encore temps de réclamer, mais mon digne -ami, Armand Carrel, me fit voir clair, a Persat, me dit-il, si vous êtes disposé à imiter la plus grande partie des conspirateurs (2) sous la Restauration, si, comme eux, vous voulez être le très soumis, le très respectueux et le très dévoué serviteur et sujet de Louis- Philippe, alors vous pouvez espérer de l'avancement et de l'argent, mais si vous voulez rester pur, n'espérez rien! Croyez-moi, ajouta Carrel, restez avec nous, c'est ce que vous avez de mieux à faire, car le temps n'est pas éloigné où la liberté triomphera des traîtres et des parjures, etc. » Je fis observer à mon ami Carrel qu'ayant reçu des secours du duc d'Orléans en 1829, je ne pouvais pas conspirer contre lui en 1833; « Eh bien! me dit-il, voici les cent cinquante francs qu'il vous a prêtés, renvoyez-les-lui et vous serez quitte. » J'eus la faiblesse de résister aux conseils de Carrel pour m'y rendre plus tard, ainsi que je le dirai.

Je n'ai jamais été essentiellement conspirateur; ces sortes de guerres n'allaient pas à nfon caractère; toutefois, ce n'était pas crainte de leurs dangers, car mes lecteurs ont dû se convaincre du contraire en me voyant me jeter à corps perdu dans toutes les révolutions et insurrections, et aujourd'hui encore je me lancerais les yeux fermés; ainsi, que mes amis politiques se rassurent sur mon compte;

(1) A Monsifur le Miniêtre de la Gtierre,

(Arrb. Adm. M'^ guerre.' Dottiar Persat.)

Jocertifle que M. le capitaine Persata rempli les fonctions d'adjudant de place à B6ne.et que J*ai été satisfait de sa manière. Cet officiera rempli ces fonctions dans le mois de Juillet 1830.

Marseille, le 23 septembre 1833.

Le lieutenant général commandant la 8* division militaire.

Signé l DB DAMRiMONT.

(Arch. Adm. Ouerre).

(3) Les personnes qui désirent connaître le patriotisme et Tamour de la liberté des conspirateurs pendant la Restauration, n*ont qu'à lire Paris révo* lutionnaire; elles y trouveront les biographies curieuses des soi-disant républicains ou bonapartistes des conspirations de Belfort, de Berton, etc.

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