CHAPITRE IX SI
les motifs qui me retinrent en 1833 n*existent plus maintenant. M. le général Schneider était encore directeur de la Guerre; je lui. demandai une audience, qu'il m*accorda. Je n*ayais pas eu le temps de le voir de près en Grèce; d'ailleurs, entouré d'intrigants de la Restauration et des plats courtisans de sa brigade, je n'avais rendu à M. Schneider que des visites de rigueur; néanmoins, ce général m'accueillit très bien. « Soyez convaincu, me dit-il d'un ton patelin, que je ferai pour vous tout ce qui dépendra de moi, etc. » Je le remerciai de ses bontés pour moi et le priai de me donner le commandement d'un fort bu d'une bicoque non enviés par des privilégiés, afin de pouvoir y attendre ma retraite. M. Schneider m'assura qu'il me placerait convenablement. J'ai été de tout temps assez confiant dans lés promesses des hommes, surtout des militaires; cependant, il s'était commis tant de bassesses et de parjures depuis 1830 que je me méfiais quelque peu de celles de M. Schneider, d'autant plus que je lui connaissais un caractère très faible et bienveillant pour les flatteurs et les courtisans (1); je savais qu'il avait fait retirer h commandement du département du Calvados au brave général Faverot pour le donner à son ami Corbct, duquel j'ai parlé dans mon chapitre précédent. C'est encore lui qui avait fait passer lieutenants-colonels messieurs Esperonnier et Barthélémy de la brigade Schneider en Moréc; l'un et l'autre avaient été nommés à la faveur, bien entendu. Il en avait été de même des croix et des grades que M. Schneider avait fait distribuer à sa brigade^ où tout se faisait en petit comité. Ces réflexions me décidèrent à demander une audience au maréchal Soult, ministre de la
(1) En octobre 1833. M. Schneider fit passer chef de bataillon au 7* léger le nommé Lavelaine. Tun des plus médiocres capitaines de Parme d'infanterie, et encore au détriment de deux mille sept cents capitaines plus -anciens que lui. M. Duponchel, ex-médecin en ch?f dé la brigade de Morée. protégé
Êar ces messieurs des Débats, avait demandé à être employé à Ancône» [. Sclineider se rendit à ses désirs. C'est encore lui qui a fait nommer M. Barthélémy colonel, et M. Esperonnier commandant en second de PEcole polytechnique, etc. On voit par toutes ces faveurs que M. Schneider était toutpuissant auprès de MM. Soult, Gérard, Maison et Bernard.
K guerre. Ce maréchal me reçut assez froidement, par rap- * port à la lettre que j'avais fait insérer au National relatiii vement à la mort du brave Maillet, et aux vols adminisf tratifs dans la brigade. Toutefois, après m'avoir adressé I une assez vive mercuriale, il me demanda ce que je désili rais. Je rappelai au maréchal mes vieux services, ainsi que 1 . ma position de 1815, à quoi il me répondit qu'il ne pouvait i pas agir contre les décisions des Chambres et la volonté du \ Roi. Le maréchal me proposa de rentrer dans la cavalerie; jo n'acceptai pas, par la raison que n'ayant plus que trois I années à attendre pour avoir ma retraite, je ne voulais pas f sacrifier mes petites économies de la Grèce qui se mon- I taient à deux mille francs. Le maréchal alors me promit le ! commandement d'une place, ainsi que je l'avais demandé
à M. Schneider, t J'allai voir aussi M. de Rumigny, aide de camp de Louis-
Philippe, qui me parut avoir oublié ma démarché dans les événements de décembre 1830. « Vous êtes actif et vigoureux, me dit-il, vous feriez bien de demander à être employé en Afrique, etc. » Dans cet entretien, il me fut facile de voir que M. de Rumigny avait eu avis que je fréquentais Armand Carrel et ses amisj et j'ai la conviction que c'est par le sieur Lavelaine, dit Maubcuge, qu'il en avait été instruit, car. cet homme m'avait souvent rencontré en compagnie de Carrel, et je savais positivement que ledit Lavelaine allait journellement chez M. de Rumigny. Ce général n'aura pas peu contribué à le faire passer chef de bataillon, car on connaît sa haute influence dans le cabinet du Roi et même dans l'armée.
N'ayant pas accepté les propositions de mon ami Armand Carrel, je ne devais pas me compromettre vis-à-vis du gouvernement; en conséquence, je pris le parti d'aller me confiner dans mon village, où je pensais bien passer l'hiver; aussi quelles furent ma. surprise et mon indignation lorsque, le 10 novembre 1833, je reçus une commission d'adjoint, de placé à Bougie, la plus mauvaise garnison