‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 126 sur 165 · CHAPITRE IX SSf · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX SSf

de TAIgérie: ce n*était rien moins qu'une déportation. Ce fut Topinion de tous mes amis à qui je communiquai la lettre ministérielle, car, après avoir commandé la place de Modon pendant les années 1832 et 1833, était-il juste de m'envoyer adjoint de place en Afrique? Ce n'était, d'aÛleurs, que le prélude de la bienveillance do M. Schneider à mon égard, car ayant trouvé un commandement de place pour le capitaine Brown, ne pouvait-il m'en trouver un aussi? Il est bon de dire ici que ce Brown (1) était le bcaupôre de Lavelaine, dit Maubcugc, l'un des favoris do M. do Rumîgny.

Décidé à ne pas accepter la commission que je venais de recevoir, je me rendis chez M. le colonel de Lostende (2), chef de Tétat-major de la 19* division militaire, à qui je fis ma déclaration de non-acceptation. Ce colonel était un vieux et honorable militaire de l'Empire, qui me portait de l'intérêt, et tout en me témoignant ses regrets de me voir si maltraité, il m'engagea à me rendre au poste qui m'était assigné. « Là, me dit-il, vous adresserez vos justes réclamations au ministre de la guerre, etc. » Je me rendis aux conseils de ce loyal oflicier, car ayant été mis à la demisolde à notre sortie du lazaret de Marseille, je devais . craindre du maréchal Soult ce qui m'est arrivé un peu plus tard, ainsi que je vais le dire.

Ayant fait mes adieux à ma famille, je pris une feuille de route et me rendis à Toulon, où je m'embarquai le

(1) Ce Brown était Tun de ces Irlandab dont Wellington avait peuplé la nouvelle armée française de 1815 à 181$. Pendant les deux années que J*ai commandé la place de Modon, ce Brown n*y a pas fait un mois de services il appartenait au 21* léger, ci-devant légion Hohenlohe.

(2) Benoist de Lostende de Reignefort (Grégoire); né àlsles (Haute-Vienne)

8 Juillet 1786: élève à TEcole de Fontainebleau le 5 germinal an XII; lieu* tenant. 9 juillet 1807; prisonnier à Baylen; échappé des pontons de .Cadix, i** Juillet 1809; passé au Maroc et rentré à rarmée d'Espagne devant Cadix le 25 février 1810; capitaine au régiment d'Illj;rie, 19 mal 1811 ; aide de camp du général Ouilleminot, 5 août 1813; prisonnier à Hoohheinr,

9 novembre 1813; en demi-solde: attaché au eénéral Quilleminot depuis

1823 (armée d'Espagne); il le suit dans son ambassade à Constantinople en

1824 ; lieutenant-colonel, 1830; colonel, 1832; maréchal de camp, 27 lévrier 1841. Retraité, 1848; décédé à Mâcon. 21 avril 1849; commandeur do la Légion d'honneur, 14 septembre 1835; chevalier de Saint-Louis.

5 décembre sur la gabare /a Fortuné. Après une longue et horrible traversée, nous mouillâmes à Bougie le 25 du même mois. A mon arrivée à Bougie, cette place avait près de quatre mille hommes de garnison, composée ainsi qu'il suit : deux bataillons du 59^; un bataillon du 4« de ligne, quatre compagnies dé zouaves, un bataillon d'infanterie légère d'Afrique, plusieurs batteries d'artillerie, une compagnie du génie, etc. Toutes ces troupes se trouvaient sous le commandement supérieur du chef de bataillon Duvivier (1), qui avait sous ses ordres cinq officiers du même grade, dont le moins ancien avait été officier supérieur longtemps avant M. Duvivier. Quelle belle prévoyance de M. Soult, ce grand administrateur et organisateur! Je ne prétends pas dire ici que M. Duvivier n'était pas à sa place pour tin semblable commandement; je me •fais même un devoir et un plaisir de dire que cet officier a été l'un des officiers supérieurs les plus distingués que j'aie vus en Afrique, mais cet estimable officier me permettra de lui dire que MM. les chefs de bataillon Monthulé et Gcnty étaient tout au moins aussi capables que lui pour commander les troupes de Bougie; . cependant ces deux, braves officiers, quoique peu satisfaits de se voir sous les ordres d'un officier bien moins ancien de grade, n'en firent pas moins leur service avec la dignité de leur grade et de leurs vieux services de l'Empire; c'est une justice que je dois leur rendre ici. M. Duvivier est maintenant colonel du 12« de ligne; je suis convaincu qu'il a acquis tous les grades l'épée à la main, étant d'une bravoure à citer. Dans nos grandes guerres, cet officier serait parvenu plus rapidement encore, car il aurait appris à manier des masses, ce que l'on ne peut guère apprendre en Afrique; toutefois, je suis persuadé qu'il y a appris (2) tout ce qu'il faut

.(1) Duvivier (Franciade-FIeurus). né à Rouen en 1799. Général de divi. sion après février 1848. député de la Seine à l'Assemblée nationale, mort à Paris lo 5 Juillet 1848 d'une blessure reçue aux journées de Juin. (0. S.)

(2) Ce brave officier avait malheureusement acquis la manie des longs et ridicules ordres du Jour, qui n'en ont pas moins fait la fortune d'une fourmi-

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