CHAPITRE IX Ml
savoir pour vaincre Tennemi partout où il so trouvera.
A mon amvée à Bougie, la place était commandée par un capitaine du 59*, mon ami Raymond, Tun des conspirateurs qui se trouvaient dans raffaire du malheureux Berton guillotiné sous la Restauration. Tous les officiers de la garnison, qui savaient que je venais de commander la place de Modon, pensaient que j'arrivais pour prendre le commandement de celle de Bougie; mais il n'en fut pas ainsi. M.Schneider avait envoyé en même temps que moi un nommé de Curel, à qui fut dévolu ce commandement. Il me fallut l'exemple des deux braves chefs de bataillon, MM. Monthulé et Genty, pour m'empêcher de donner immédiatement ma démission. De plus, M. Duvivier eut la générosité de me dire de prendre patience et qu'il allait écrire au ministre de la guerre pour me faire donner le commandement de la place. Ce brave officier me donna un service à part, afin de ne pas m'humilier à être sous les ordres do ce nouveau privilégié de M. Schneider ou des intrigants des bureaux de la guerre de la Restauration, que M. Soult avait tous conservés sous son ministère.
Ce Curel avait été fait capitaine de gendarmerie au Mans par les Bourbons en 1815 pour son dévouement à leur cause, et, de plus, chevalier de Saint-Louis, mais lorsque le maréchal de Gouvion-Saint-Cyr prit le ministère de la guerre, on se rappelle qu'il épura l'armée de tous les officiers improvisés de 1814 et 1815; le chouan Curel fut un des premiers exclu; il fut placé au traitement de réforme limité et lorsque ce traitement fut terminé, il s'en alla faire le maître d'école à Montevideo, et revint en France avec une ménagerie composée de quelques sauvages, nommés aCharnos»,qu'il fit voir par curiosité à Paris et qu'il céda
Hère d'officiers d'état-major, d*ofllciers d'ordonnance, etc., car -ces meesieun connaissaieAt ce vieux proverbe i « Passe-moi la rhubarbe, ie te passerai le séné. > C'est ainsi qu'ils se sont pr6nés mutuellement et qu^ils ont attrapé, la plupart, des croix de Henri IV et des grades à foison. Je pourrais en citer quelques douzaines, mais le National, le Bon Sens, le Commerce, le Cour' rier, etc., ont fait bonne Justice de tous ces ordres do Jour amphibologiquei«
f9S MÉMOIRES DU COMMANDANT PERSAT
ensuite à son associé. Cet homme trouva alors d'anciens amis de chouannerie bien en cour de Louis-Philippe, qui le firent réintégrer dans l'armée et qui nous l'envoyèrent à Bougie prendre le commandement de cette place. Il a maintenant une retraite de dix-huit cents francs! Mon- . sieur Schneider, saViez-vous tout cela? ditcs-le-riloi, je vous prie.
Malgré la violence de mon caractère et ma juste indignation, je l^estai cependant à Bougie jusqu'en avril 1834. Le commandant Duvivier ayant reçu la réponse, non du ministre delà guerre, mais des bureaux, et cette réponse ne m*étant point favorable, je demandai à rentrer en France. Le commandant me donna une permission pour Alger, où je vis le célèbre Voirol (1). Ce général me reçut avec une apparencd d'affabilité que j'ai pu apprécier, ainsi que je vais le dire. On venait d'apprendre Tlnsurrection de Lyon (2), mais on n'avait encore que les rapports des premières journées^ M. Voirol me fit bien observer, avec raison, que ce n'était pas le moment de rentrer en France, mais aurait^l dû écrire au ministre do la guerre que j'avais persisté à rentrer en France, malgré les observations qu'il m'avait faites? Non, assurément, car ce n'était pas généreux de sa part. Cette dernière phrase du rapport de M. le général Voirol au ministre de la guerre était en apostiHe. Est-ce M. Voirol qui l'a écrite ou un officier d'état-major? C'est ce que je ne peux affirmer, mais il est certain qu'elle a beaucoup contribué à ma mise en réforme, que Ton me signifia lors de ma sortie du lazaret de Toulon, le 16 mai 1834. Si j'avais été mis à la réforme en attendant ma retraite, j'aurais été très satisfait d'être rayé des contrôles de cette malheureuse armée; mais, d'après l'ordonnance que les bureaux de la guerre allèrent chercher dans leurs cartons de la Restauration et qu'ils m'ont appliquée, je ne
(1) Voirol ou Woirol (le lieutenant général Théophile), commandant le corps d'occupation d'Algérie en 1834. (Q. S.) (2)Ayrill834. (0. 8.)
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