‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 128 sur 165 · CHAPITRE IZ m · texte numérisé non relu

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devais et ne dois toucher qu'un traitement de réforme de six cents francs par an jusqu'au 16 mai 1841. A cette époque, si nous avons le bonheur d'avoir encore le gouve^ nement actuel, je n'aurai plus rien! Quelle belle perspective pour un homme de cinquante-quatre ans et qui a fait le sacrifice de quarante miUe francs pour la cause de la liberté générale! M. Voirol m'avait donné un congé de trois mob que j'ai conservé; le ministre dé la guerre devait par conséquent attendre l'expiration de mon congé pour me mettre à la réforme, mais, chose étonnante, M. le maréchal Soult ignorait ma mise en réforme, malgré qu'il l'eût signée! Je lui avais fait parvenir par tierce main une réclamation contre l'ordonnance qu'il m'avait appliquée, et il écrivit à M. Denis de Dâmrémont qu'ayant reconnu l'illégalité de ma mise en réforme, il allait me faire réintégrer dans un régiment de cavalerie. Le maréchal engageait M. de Dâmrémont à me témoigner, néanmoins, tout son mécontentement do ma rentrée pricipitée en France, etc. M. le maréchal Soult ayant donné sa démission pour faire place aux doctrinaires purs, mon altaire en resta là.

J'arrivai à Paris au moment où notre loyal ami Armand Garrel entrait à Sainte-Pélagie en sa qualité de rédacteur en chef et gérant du National de 1834. A cette époque, en août, le fils aîné du héros do l'armée d'Italie, le prince Auguste de Beauharnais, duc de Leuchtenberg, venait d'épouser dona Maria de Portugal (1). Je me décidai à aller lui offrir mes services, afin de terminer ma carrière militaire aussi honorablement que je l'avais commencée. Tous mes préparatifs de départ étant terminés, j'allai à Sainte-Pélagie, afin d'y faire mes adieux à mon digne ami ' Armand Carrel. « Où allez-vous donc, cette fois-ci? ».me demanda Garrel tout étonné. « A Lisbonne », lui dis-je. « F , se mit à dire l'honorable et vertueux Dupont de

(1) Dona Maria, mariée en 1835 au due de Leuchtenberg, Teuve la m année, se remaria en 1836 à Ferdinand de Saxe-Cobourg-QoUia. (O. S.)

TEure (1), qui était venu visiter Carrel, ne dirait-on pas que ce bougre-l& va se promener à Versailles! »

Il est certain que le voyage de Paris à Lisbonne^^^n'était pour moi qu'une promenade. En définitive, Carrel, qui avait pris un grand empire sur mon esprit et dans mes sentiments d'affection, me détermina à rester à Paris et à accepter la gérance du National, aussitôt sa sortie de prison, qui eut lieu en avril 1835.

Dès mon entrée au National, j'écrivis à M. le baron Fain (2), intendant de Louis-Philippe, pour le prévenir que le gouvernement m'ayant placé dans une position indépendante de son pouvoir, et par conséquent étant dégagé de tous devoirs envers lui, il ne me restait plus qu'un sentiment de reconnaissance envers Louis-Philippe, et que, pour me délier de cette reconnaissance, je voulais rembourser à ce dernier les cent cinquante francs qu'il m'avait prêtés en 1829. Je priais M le baron Fain de me désigner le jour et l'heure pour lui remettre cette somme. M. le baron Fain me répondit ce qui suit :

Dès Tuileries, le 30 mai 1835.

« Monsieur,

« J'ai reçu la lettre par laquelle vous mie faites connaître votre intention de vous libérer d'une somme de cent cinquante francs que, dans un autre temps, le Roi, alors duc d'Orléans, a employée à vous obliger. Très certainement, monsieur, le Roi ne pensait pas vous prêter cette sorhme,

(1) Dupont de VEure (Jacques-Charles), né au Neubourg ea 1767, membre du Conseil des Cinq-Cents (1798)» président à la cour impériale de Rouen (1811), flt partie de la Chambre de 1814 et de celle des Cent-Jours où il se fit remarquer par son ardent patriotisme, siégea à la Chambre de 1817 à 1848, fut garde des sceaux du ministère du 11 août 1830, fut en 1848 président du gouvernement provisoire, mourut en 1855. (G. S.)

(2) Fain (Aga thon- Jean-François, baron), né en 1778, secrétaire archiviste du cabinet do l'Empereur (1806), son secrétaire particulier (1813). Après juillet 1830 il fut nommé premier secrétaire du cabmet du Roi et à deux reprises il remplaça M. de Montalivet dans l'intendance générale de la liste civile; mort le 16 septembre 1837. (G. S.)

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