CHAPITRE IX m
port à mon antipathie pour le séjour de la capitale, mais le bpn Carrel était si prévenant, si empressé envers ses amis qu'il me soutenait dans mes moments d'angoisse politique et dans mes douloureux souvenirs de la Grèce.
Carrel m'avait donné un logement dans sa maison de. la rue de Chabrol, et m'avait fourni les moyens d'y créer un petit jardin, afin de me distraire. Cet excellent ami aurait tout sacrifié pour obliger les personnes qu'il affectionnait. Me voyant toujours rêveur et pensif, il m'en demanda les motifs; alors je lui déclarai le désir impérieux de faire un voyage en Grèce, t Eh bien! me dit-il, je vais vous donner un congé de deux mois avec vos appointements courants; allez donc eh Grèce et revenez près de moi, je ne veux pas que vous me quittiez, etc. » J'allais, en effet, partir, lorsque la provocation de cet homme nommé Emile, dit Girardin, amena le duel du 22 juillet!'
Aimant la solitude, je fréquentais fort peu les théâtres et autres lieux publics; toutes mes jouissances étaiîsnt hors de Paris; j'allais souvent passer huit jours chez mon ami Auguste Grcnouillct, à sa belle campagne de Barbeau; presque tous les dimanches, j'allais dîner dans la charmante famille d'un autre ami, Amable Dclafolie, à Sablonville, ou dans celle.de Baroche, vieil ami de 1814. Mon digne compatriote Brajoux me recevait toujours avec plaisir, mais nous nous étions un peu refroidis, car le loyal Auvergnat était devenu capitaine de la garde nationale du Bourgct et philippiste enragé; nos humeurs politiques n'étaient plus d'accord comme au temps glorieux de l'Empire et sous les tristes gouvernements de la Restauration. Enfin, regagnant plus tard qu'à l'ordinaire la paisible rue de Chabrol, et passant près des bureaux du National, j'y entrai. J'y trouvai Armand Carrel et autres amis, et comme il était question d'un duel, je demandai à Carrel des explications;- alors il me donna connaissance do l'article impudent du sieur Emile, dit Girardin. Mon sang se glaça! Je fis observer à Carrel qu'il se devait à ses amis
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S98 MÉMOIRES DU COMMANDAIfT PERSAT
ainsi qu*à notre cause, et qu'il ne se battrait pas, surtout I avec un homme de la trempe de Girardin. Je lui déclarai en I présence de MM. Paulin, Scheffer et autres amis du National, 1 que cette aiïaire était de ma compétence (1) et que je pou- I vais l'accepter, moi, quoique néanmoins bien aussi en dehors de la lignée de Girardin. Carrol me remercia de mon offre I amicale (offre que je n'aurais faite dans cette circonstance qu'à lui seul) et me fil observer qu'étant désigné nominativement dans l'article de Girardin, lui seul devait se battre. I Nous attendîmes au National le retour du brave Ambert, l'un des amis de Carrel, ainsi que de M. Thibaudeau. , Tous les deux étaient allés chez Girardin, afin d'arranger I cette affaire ou régler les dispositions du combat. Ces m3Ssicurs arrivèrent à onze heures du soir et nous annoncèrent que ce malheureux Girardin n'avait pas voulu i accepter les propositions qui lui avaient été faites; elles étaient cependant bien acceptables, mais cet homme, à naissance obscure, à conscience spacieuse, cet homme du château des Tuileries avant et depuis 1830, avait pris certainement des engagements en haut lieu.. Il avait, d'ailleurs, besoin de se créer une réputation politique; aussi eut-il l'impudence de dire : « Éh bien! j'accepte avec plaisir une affaire avec M. Armand CarreL »
En sortant du National, nous rencontrâmes, Carrel et moi, le nommé Capo de Feuillide (2), qui. nous demanda où en était l'affaire. Je lui répondis que le duel était arrêté ci qu'il aurait lieu le lendemain, etc. Cet homme (3) nous
(1) Peu de temps avant ce malheureux duel. Carrel avait été insulté gros* •idrement par un de cesguets.apensqui fourmillent dans Paris;il m'abandonna cette alTàiro» que j'arrangeai avec M. Thomas, l'un des rédacteurs alors du National, Dans cette circonstance, Carrel fut forcé de capituler avec moi, car co loyal et généreux ami n'avait pas voulu me permettre de me battre avec un individu que nous avions expulsé de notre bataillon Napoléon II. en 1823, en Catalogne. Ce malheureux, m'avait forcé de lui casser la canne sur le dos. Je ne rappelle ici ces faits que pour prouver qu'Armand Carrel n'était pas un duelliste, ainsi qu'on a pu le croire.
f%) Capo de Feuillide (Jean-Gabrièl Cappot, dit), publicbte, né aux Antilles en 1800. mort en décembre 1863. (G. S.)
(3) Ce malheureux duel tut provoqué par un article du Bon Sens, rédigé par ledit Capo de Feuillide que Girardin avait méprbé, ce qui ne l'empêcha
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