CHAPITRE X tu
leur$ j'avais appris que deux des frères de l'Empereur s'y trouvaient,, ce qui me détermina à taire ce petit voyage. Je partis donc de Livourne le 30 juin à huit heures du soir et arrivai à Florence le lendemain matin vers les sept heures. Je fus vivement contrarié lorsque j*y appris que les frères de l'Empereur, Jérôme et Louis, en étaient absents. C'eût été pour moi une bien vive satisfaction de pouvoir leur offrir vingt-deux années de souvenirs respectueux. Les gens de la maison m'engagèrent beaucoup à attendre leur retour, me faisant espérer do leur part une cordiale réception; mais, ayant arrêté ma place pour la Grèce sur le bateau à vapeur français le Minos, je devais me trouver à Livourne le 2 juillet.
J'ai souvent entendu dire par des Génois que Gênes était la reine du monde; il est probable que ces Génois n'avaient pas visité Florence, car alors ils l'auraient nommée l'impératrice; en effet, on ne peut pas comparer Gênes à Florence; la première, avec ses collines écrasées par une vingtaine de forteresses hérissées de canons, a toute l'apparence d'une vaste prison d'Etat, tandis que Florence, quoique entourée d'un mur d'enceinte, peut justement passer pour une ville de plaisance. Ses campagnes, admirablement belles pt riches^ sont arrosées par l'Arno. IjCS environs de Florence sont entremêlés de vastes jardins, au milieu desquels on remarque de charmants pavillons; tous ces jardins sont couverts de mûriers, d'oliviers, de figuiers, etc. L'Arno est bordé de quais sur lesquels sont placés les plus beaux palais de Florence,, qui, assurément, sont tout aussi somptueux que ceux de'Gênes et d'une architecture bien supérieure.
On compte quatre ponts sur l'Arno : celui de la Carraja, qui joint le quartier de Saint-Esprit au faubourg d'Ognissanti; celui de la Trinité, construit en marbre blanc; le Ponte- Vecchio, qui est couvert et un autre hors la ville. Au delà du pont de la Carraja, sur la rive droite de l'Arno, s'étend la promenade des Caséines, où les Florentins et les
gracieuses Florentines vont respirer l'air pur et frais de cette délicieuse promenade. C'est là que j'ai vu le duc de Toscane (1) se promener sans crainte au milieu de ses sujets, plus heureux et tout aussi libres que nous, pauvres badauds de Français, avec notre Charte Vérité
Le grand-duc habite le palais appelé Casa Pitti par les Florentins; c'est un des plus beaux palais. que j'aie vus dans tous mes voyages.
Ayant fait le trajet de Livourne à Florence dans la nuit, je n'avais pas pu remarquer les belles campagnes qui séparent ces deux villes. Je me décidai à braVer la chaleur à mon retour, en quittant Florence le l**', à cinq heures du matin pour arriver à Livourne à sept heures du soir. ToscanM vantez- vous d'habiter le plus beau pays de la terre! Et cependant, ils ne se croient pas heureux, car ils se glorifient peu de leur grànd-duc, parce qu'ils en sont pressurés d'impôts plus encore que nos bons contribuables de notre gouvernement à bon marché, et c'est beaucoup dire, je crois. Néanmoins, les Toscans ne se plaignent pas de leur système de gouvernement; pour la politique, la police y est moins tracassière qu'en France, et dans ce pays qui n*û pas de Charte Vérité, les membres -de la famille impériale y sont respectés par l'autorité gouvernementale. Qu'ils viennent en France, ils y trouveront des sergents de ville pour les empoigner! i { i ' il
Je m'embarquai le 3 sur le Mino$i commandé par le lieutenant de vaisseau Lœderich.
A bord. du Minos se trouvaient MM. Luco, second du bateau, Dufour, officier, Vergne, commissaire, et Dumont, médecin. Parmi les passagers, nous avions MM. Délélé, le comte de Mortemart, et Bourgogne, Français; Bayard Clarke, attaché à la légation des Etats-Unis, à Paris, deux jeunes Grecs et un Anglais, mais pas une seule dame! Néanmoins, la gaieté, la fraternité, le beau temps et
(t).Léopold^t, grand-duc à» Toscane depuis 1824, abdiqua em 1859. (0. S.)