CHAPITRE X
la bonne ohère rendirent notre traversée très agréable.
La Minos relftcha aussi à Civita-Vccchia, petite bicoque papale où nous ne restâmes que six heures; nous continuâmes le voyage qui fut constamment beau et fort agréable jusqu'à Malte, en passant par le majestueux et magnifique détroit de Messine. Nous fûmes tous bien contrariés de n'être pas allés relâcher à Naples et à Messine surtout, près de laquelle nous ne passâmes qu'à une portée de fusil. Nous dûmes ces désappointements-là à la haute influence de notre timide gouvernement, qui était en froid avec le tigre de Naples, parce qu'il avait eu l'impertinence de délaisser impitoyablement l'une de nos aimables et jolies princesses pour épouser une Autrichienne (î).
Lors de notre arrivée à Malte, on y enterrait de deux à trois cents personnes^ par jour, par suite du choléra, ce qui n'empêcha pas les passagers d'aller à terre. J'avais fait la connaissance de la peste turque et de la fièvre jaune américaine; je fus assez heureux pour ne pas toucher la main de M: le Choléra-morbus; il en fut de même pour tous les passagers et l'équipage du Minos, Dans cette circonstance, M. Conte, directour général des postes, me permettra de lui dire qiie c'était une bien grande imprudence de sa part de faire relâcher ses bateaux à Malte pendant le temps qu'a duré ce terrible fléau.
Après être restés trente heures & Lavalctto^ capitale de l'ilc de Malte, place la plus forte que j'aie vue dans tous mes voyages, nous continuâmes notre course jusqu'à. l'ile de Syra où le Mitios nous débarqua le 11 du courant. Là, il nous fallut subir quatorze jours de quarantaine sur des rochers tranchants comme des lames de rasoir et dans de mauvaises baraques, en bois, dans lesquelles nous éprouvions trente-six degrés de chaleur! De plus, cette quarantaine était un coupe-gorge, car le gouvernement grec s'entendait avec le capitaine du lazaret, en sorte que nous y
M) L'archiduchesse Thérèse, seconde femme du roi Ferdinand (0. 8.)
tl4 MËMOtftKS DU COMUANOANT PËRSÀT
fûmes écorchés vifs. C'est encore à Tliabile prévoyance de M. Conte que nous dûmes ces quatorze jours de tortures, car si le Minos n'eût pas relâché à Malte, nous n'aurions point fait de quarantaine à Syra, ce qui nous coûta encore cent francs de plus que le passage ordinaire. Mais Une autre habile combinaison de M. Conte, qui est bonne à faire connaître aux voyageurs» si toutefois elle n'a pas été modifiée, est celle-ci : les voyageurs venant de Marseille ou des ports de l'Italie en libre pratique et allant. en Grèce sont forcés de prendre à Syra un mauvais calque grec, afin d'aller à Athènes ou de prendre le bateau à vapeur qui vient d'Alexandrie; dans cette hypothèse, je les préviens qu'ils peuvent s'attendre à quinze jours de quarantaine, au moins. J'engage encore les voyageurs à se pour-' voir du tarif des places d'un port à l'autre, car à Syra le nommé S... aurait fait payer à M.Bayard Clarke, duquel j'ai parlé, quinze francs de plus que le tarif.de Syra à Alexandrie, si je n'en avais pas eu un à ma disposition; c'est un fait que je peux prouver; d'ailleurs ce- n'est qu'une des petites espiègleries de cet homme qui tient en outre de sa place une boutique de comestibles, vins, etc., et M. Conte a confié la direction là plus importante des bateaux à vapeur français à cet homme!
Pendant notre horrible séjoursur les rochers de Syra, j'eus le plaisir do faire la connaissance de MM. Jules Poupilicr, Charles de Civabrefy et Raoul de la Po^2e, tous les trois fort aimables légitimistes qui avaient déjà parcouru une partie de l'Europe et qui allaient visiter le beau ciel de l'EgyptCj en attendant, sans doute, de leur côté un meilleur avenir en politique^ car la fortune ne leur manque pas.
Nous avions aussi pour compagnons d'infortune au lazaret de Syra l'abbé Descamps, curé de l'Ile de Naxie ou Naxos, assez bon diable pour un prêtre catholique. Il m'apprit une chose assez intéressante pour les contribua* blés français, que nos honorables députés ignorent sans
CHAPITRÉ X tll
(loùlo : o*esl'que notre religieux gouvernement paie trente à quarante mille francs par année aux prêtres catholiques de la mission du Levant pour confesser et faire communier les sujettes chrétiennes du grand Turc Mahmoud et de riinperceptible Majesté Othon, malgré les cinq pieds six pouces de hauteur et. un pied de corpulence ou carrure de ce roi de nouvelle fabrique, diaprés ce que j*ai appris (1) pendant mon séjour à Athènes.
Le consul de France m*ayant donné avis que le briclc de guerre français, le Dupetit-Thouars, partait pour Salamine, j'allai à bord, afin d*y demander passage. Son estimable commandant, M. Clavaud, lieutenant de vaisseau, se fit un plaisir de me l'accorder. Il tut même si aimable à mon égard -qu'il m'offrit sa table et sa chambre particulière, ce qui arrive rarement, depuis 1830 surtout, car les officiers comme lil. Clàvaud se font rares maintenant; la franchise, la loyauté et la cordialité étant à l'ordre du jour par nos ministres directeurs. Je témoigne de nouveau ici ma vive reconnaissance à M. le commandant Clavaud, ainsi qu'à MM. Mougin, Rousse, Haussard, Dei-dei et Massian, officiers du bord.
Le Dupetit'Thouars mit à la voile de Syra le 22. juillet; le 24,. nous étions mouillés à Salantinb.
Dans mes précédents voyages en Grèce, je n'avais vu Athènes que de loin, car cette ville étuit alors occupée par les Turcs, et, malgré lés articles des journaux sur les beautés et les embellissements d'Athènes (articles envoyés de cette ville par les spéculateurs de maisons et de terrains)
<i) Pas plus curieux de r&yûutiâ et mafaUê aue partisan de leur mo* jiarchie, j'aurais été cependant satisfait de voir la Agtire bavaroise d'Othon, afln de pouvoir en parler; mais, quoique. Othon ne soit roi que par raccroc, comme aoire 'Majesté, il a cependant plus de diffnHé que n*en avait notre Roi en 182(0 et les premiers mois de 1831. car on n*a pus oublié que le Roiritoyen alors se présentait gracieusement aux balcons au Palais Bayal.lorsque son bon peuple le sommait d*y paraître, et m(^me d'y chanter la Marseit' lain, le Chant du départ, etc. Ohl heureux temps, comme vous avec disparut Othon n!est pas si familier; il se plrbmène cependant dans les sentiers d'Athènes mais je ne l'ai jamais rencontré: j'ai été aussi privé de voir sn belh« et aimable épouse, très aimée par les Grecs; Ol4ioo serait ausii un fort bon garçon, • il n'était pas Roi.
9i« MÉMOIRES DU COMMANDANT PER'SAT
je ne m'attendais pas à y trouver toutes lés merveflles si bien raeonté3s par les spéculateurs en question, aussi fus^je peu surpris de voir cette ville telle que je vais la décrire consciencieusement.
Dans tous les pays christianisés, les tableaux et les bois saints qui représentent Jésus-Christ, Luther, Calvin, etc., les martyrs mâles et femelles, même les marabouts, sont tous parfaitement logés dans de splendides églises ou mosquées bâties, bien entendu, par les bons peuples, et avec leur argent, dont la masse n'a pas même une mauvaise chaumière pour mettre sa famille à l'abri de rintémpérie des saisons. Eh. bien! dans cette vieille Grèce, si renommée à tort ou à raison, il en était de même, à ce qu'il parait; car on ne voit dans ce malheureux pays que des ruines do temples çà et là encore debout. C'est en vain que l'on chercherait les ruines des maisons que Dracon, Solon, Platon, Démosthène, Thémistocle, etc., habitaient à Athènes; il faut croire, cependant, que ces grands hommes malgré leurs austères vertus ne couchaient pas sur les places publiques, ou dans des tonneaux comme le cynique Diogènc; nous devons croire encore qu'ils n'avaient pas des palais comme nos princes, nos ducs (1), nos comtcfs, marquis, barons, généraux, préfets, pairs, députés, loupscerviers, épiciers, etc., etc., mais, encore une fois, ils avaient des domiciles. Èh bien! curieux voyageur, tu ne trouveras rien de tout cela dans la poussière et les ôr« dures qui encombrent les rues de la moderne Athènes; et si tu ne veux pas t'en rapporter à ma brusque mais sévère franchise, fais comme moi : vas-y voir; tu te convaincras que la capitale d'Othon n'est qu'une vaste voirie; tes regards affligeront ton âme, ou plutôt tes pensées, si par cas tes pères ont abrégé ta vie par dix dures années de collèges royaux; en partant du Pirée plus riant, moins sale, et dont la position valait mieux que celle d'Athènes
{iy Ducs, comtes, etc., nés la plupart dans des mouline, des chaumtôrcf, des mauvaises beuUques» et voire peut*6tre A rhdpital de la MatAroit^*
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CftAPITRJB X ai7
pour une YtHe capitale, tu suivras une route de deux lieues^ tracée par les Bavarois, et sur laquelle, s'il n*est pas tombé une bonne pluie, tu risqueras tort d'être étouffé par la poussière. En partant du* Pirée> tu auras aperçu le ParthéAon, élevé par des hommes qui n'avaient pas une liste civile de quatorze millions par année, plus trente autres petits millions par-ci, par-là, etc., et dont les ingénieurs ou architectes en savaient plus long que MM. Fontaine (1) et O; c'est positif cela. Tu entreras dans Athènes paruhe trouée que l'on nomme dans la ville la' rue d'Hermès; à droite et à gauche de .cette rue qui n'est pas pavée, tu ne verras que des écuries à jour et des cabarets toujours pleins d'ivrognes bavarois et grecs; tu auras aperçu, sur ta dréite, en entrant par ladite rue, le temple de Thésée, qui, en miniature ou diminutif, te rappellera nos modernes Halles de Paris. Tu passeras à côté d'un vieux palmier, cicatrisé par les ball.es et les boulets des Turcs et dès Grecs, . qui, dans leur haine et vengeance réciproques, ont cependant respecté ce témoin silencieux de' leurs combats. Près de l'orgueilleux palmier, et à ta gauche, tu trouveras une petite place où tu verras l'hAtel de la Poste aux lettres, qui ne vaut pas même l'échoppe de nos bouquinistes do Paris, quoiqu'il en.ait toute l'apparence. Sur la même place, tu trouveras rhôterde France, où tu pourras descendre; là, tu seras éçoithé vif, de mâme que dans les trois ou quatre hôtels qui existent dans la capitale de Sa Majesté hellénique, ^buf parcourir ce labyrinthe rempli d'ordures, de- décombres et de voleurs, tu prendras vtn « cicérone » qui te fera voir, sans pouvoir Hen t'expliqucr, les temples dont je viens de te parler. Après avoir visité les ruines de ces merveilles de deux à trois mille années, tu essuieras les larmes, car je te suppose une âme sen-
(1) F6ntain« (PierrD-François^Léontrd), architecte, premier arehitocte de Napoléon, élève et collaborateur de Percier. hé en 17o2, mort en 1S59. Or lui doit entre autres VAte de triomphe du -CarfouMI et la restaiiraUoa dy PaîaU de VersaHlet. (G, B^i
918 MÉMOIRES DU COtfMANDANT PËR8AT
sible aux grandes calamités des temps passés et pjhésents. Tu finiras tes courses par la visite du nouveau palais que Ton construit pour Othon avec l'argent de nos contribuables; tu reconnaîtras facilement par la solide construction de ce palais monstre que c'est plutôt une moderne citadelle, d'après les plans des forts détachés à la Bernard. Mais j'ai la. conviction que cette forteresse royale sera ruinée avant d'être achevée, par la raison que Aos contribuables se lasseront de donner leur argent pour Sa Majesté Othon, pour ses gloutons de Bavarois et pour ses voleurs do ministres et d'ambassadeurs. Le palais que L'on construisait dans Athènes pour Othon est situé dans l'est de la ville, entre les ruines du Parthénbn et la montagne dite Lycabète, à une portée de fusil des premières maisons d'Athènes et sur une élévation qui la domine. Les murailles' de ce palais sont bâties de manière à. admettre de l'artillerie, de sorte que si les modernes Athéniens voulaient s'aviser un jour de faire comme les Parisiens de juillet 1830, Sa Majesté Othon, ainsi que ses Marmont, Ayifhard, Bùgeaud, Soult, Rumigny, Canuel, pourraient les mitrailler et les mettre à la raison suivant leur bon plaisir et sans danger pour leurs précieux jcfurs. L'extérieur dô ce palais monstre devait être plaqué dé marbre, mais Targent manquant, on avait renoncé à ce ridicule projet. En définitive, l'argent que nos traîtres de représentaiîts de la Oiambre des députés ont consenti à. donner aux Bavarois de la Grèce n'a .été employé qu'à construire le palais en question, plus, à faire la grande route du Pirée à Athènes et a acheter le palais, que M. Rouen, notre ancien ambassadeur, avait fait construire au Pirée afin de le vendre à Sa Majesté Othon.. Celui-ci, ne l'ayant pas trouvé. assez vaste pour sa coiir, a destiné. ce beau bâtiment à une école militaire, etc. Voici à peu près où sont passés nos vingt millions; ils ont aussi servi 4 faire la fortune de ces vampires venus de la Bavière sans 'chemise et qui y sont retournés les malles pleines tde riùs bons.
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éeus trançab; je ne peux pas mieux tes eomparer ^u*à nos intrigants de la brigade Schneider desquels j'ai parlé dans mon chapitre huitième.
J*ayais écrit de Paris à M. de Lagrené (1), notre nouvel ambassadeur à Athènes, et je donne sa réponse ici,, afin que ron ne m'accuse pas dé malveillance à son égard, car je veux aussi faire connaître cet habile diplomate.
• Atbèiiei. lu lOMptenibrt itU.
« Monsieur,
« Je m'empresse de vous transmettre la réponse que j'ai obtenue du gouvernement grec sur l'objet de votre demande. Il me semble que vous ne pouviez désirer d'en recevoir une plus favorable.
« Je vous adresse en conséquence copte ci-jointe de l'oificc de M. le miiiîstredcs affairira étrangères ainsi que de la pièce grecque qui l'accompagnait; je Vous ferai observer en même temps que si ces renseignements vous détc^ minent à venir vous fiier en Grèce, vous devez avoir soin de vous munir de tous lés actes qui. constatent les ' pertes successives que vous avez malheureusement éprouvées de votre épouse et de vos deux enfants.
« J'aime à penser^ monsieur, qire vous mettrez à etécu* lion le projet que vous avez coriçti^ et vous réitère l'assurance que ce sera toujours avec la plus vive sollicitude que je m'emploierai eh Grèce à défendre les intérêts d'un compatHote qui vient vouer à. ce pays le reste de son . existence, après aVoir généreusement contribué -à son aiTranehisdemènt. .
« Agréez/ etc.
« Sif^nê: Th, de Lagren£. s
(1) Laflfi«né (ThéodorC'Marie^McIrhior-Jo^ftih* niarqiiiii de), dlplomaù, né en 1^00. ministre en OrtV«.(lHâft). en Chine (lB4.1-t8«<)r pair do Franrt (1840), etc;, mort Lo 2G pvril ISftS. 'O. 8.)
tfO MÉMOIRES DU COMMÀllDAlft.PERSAT
Danft ma lettre, j"avai3 aussi ptié M. dé Lagrené de me donner des nouvelles de ma beÛe-sœur et de lui avancer cent francs si elle, en avait besoin. Il eût été facile à M. Tarnbassadeur de me rendre l'un. et 1- autre de ces deux généreux services. Il n'en fit rien. Eugène Ney, Tun. des fils du maréchal Ney, ne fut pas plus obligeant dans cette circonstance, que M.' de Lagrené, duquel il était alors secrétaire de légation. J'avais écrit deux pages entières à M. Ney. R me répondit par quatre lignes seulement, sans me dire niot sur ma bélle^sjàeur< M. de Lagrené ne touche que cinquante^huit fniUe francs de fixe pour son ambassade. Il peut dire que ce n*est pas trop pour supporter les ennuis et les privations sociales; que Ton éprouve dans, ce malheureux pays. Je conviens de ce fait; mais M. de Lagrené devrait demander son rappel s'il s'ennuie . en Grèce.
M. de Lagrené est, du resté, un honnête homme et d'un caractère honorable.. Il n'a que le défaut d'être faible, et tiniide; c'est, d'ailleurs, la consigne et là politique de notre malheureux gouvernement. M. de Lagrené n'imite pas non plus M/ Rouen; il se contente de vivre paisiblement avec son épouse et sa jolie petite. fille (1) à la campagne de Mànzburi, à deux lieues d'Athènes; il voyage souvent dans les, fies dé la Grèce et dans l'intérieur; et c'est dans une jie ses courses qu'il s'arrêtln au village de Bogazi, habité par ma belle-soeur, où il. ne daigna même pas demander de ses nouvelles. Je trois 'bien que si M. de Lagrené eût été seul dans cette circonstance, il se serait donné la peine de la voir,- mais ^f me de Lagrené, née comtesse russe, n'était peut-être pas femme à entrer simplement dans la chaumière de ma belle-sœur qui, dans ce temps-là,, était sur un mauvais grabat avec un enfant nouveau^né, mort faute de soins, car .les médiocres médecins de la Grèce ne se donnent pas la peine
r^dj Mariée plui tard A M. Bro6t. de l'Auemblée naUonale de 1871; moKe A Paris il y a peu^d'années. .
CHAPlTRB X Ut
d'aOer Tiaiter les milades qui n'ont pas d'argent à leur donner. Ceat ici le premier reproche que j'adreaee à M. de Lagrené; quant au second» dont je vais parler, c*e8t sur notre pitoyable gouvernement qu'il doit retomber. A mon arrivée à Athènes» M. de Lagrené était à sa campagne; j'allai lui rendre ma visite de remerciements, et même d'obligation, en ma qualité de citoyen français; car, avec l'intention de me fixer en Grèce, je n'aurais certainement pas renoncé à ce titre, bien convaincu que des jours plus heureux et plus honorables éclaireraient et brilleraient encore pour la l^rancef M. de Lagrehé me reçut très bien, quoique soulTrani; mais^ quelle fut ma surprise, lorsque ce diplomain, après m'avoir sollicité à venir me fixer en Grèce, par sa lettre du' 10 septembre 1836, me coaseilbit le 27 juillet 1837 de quitter la Grèce, où, me dit-il, je n'avais que des persécutions ù -attendre, etc. II est bon de dire ici que peu de temps avant fnon-arrivée en Grèce, sept ou huit Français, officiers dans l'armée grecque, avaient été traînés devant des conseils de guerre par le gouvernement bavarois d'Athènes; et, malgré l'acharnement de ces vampires de la Grèce, ces' officiers furent tous acquittés (1), sans l'influence et l'intercession de notre ambassadeur, qui n'auraient été,- d'ailleurs, d'aucune importance, car, depuis Capodistrias j-usqu'à ce jour, l'argent seul de nos contribuables a été de quelque considération pour les ministères grecs qui se soiit succédé; la prépondérance morale et brutale a toujours été pour les Russes; aujourd'hui, c'est l'ambassadeur autrichien qui est le premier ministre d'Othon et son exécuteur des hautes-œuvres de la police, car on n'a pas oublié l'expulsion du p$itriote italien Emile UsigHô, malgré
(1) Je ne veux pas me faire l*Wocat de ées omciers, mais. 4*âprès les renseiarnements que j'ai pris à Nauplie, J'ai 1^ conviction qu'ils n'ont été traduits devant des conseils de guerre que pour les forcer à quitter le* service grec. Il faut, en vériié, <>io ces Français n'aient aucune. ressource en France pour ne pas y revenir, car Je préférerais, moi, me faire Prussien qiiè-d« servir avec ces misérables Bavarois.
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9tt MÉMOIRES DÙCOMMANDANÏ PER8AT
son paat^eport lingiais et la protection anglaise, etc Malgré les prudents conseils de M. de Lagrené, je me iTerais décidé à rester' en Grèce si le déloyal gouvernement d'Othon lie m'eût dépouillé de la triste et douloureuse succession de ma femme, avec laquelle, par notre contrat de mariage bien légalisé à Bordeaux en 1831, nous nous étions tout abandonné au dernier survivant; et certes, c'était bien dans les intérêts de ma chère Adèle que j'avais fait rédiger notre contrat, car elle avait alors vingt^deux ans! et moi quarante-six. Ne devais-}e pas m'attendré à ce qu'elle me fermerait les yeux? M. Masson, notre consul et chancelier à Athènes, eut la complaisance de m'accompagner chez le ministre des finances d'Othon, qui, malgré les observations judicieuses de M. Masson, nous répondit que les lois françaises n'étaient pas celles de )a Grèce, etc/ J'envoyai paître ce malheureux ainsi que son gouvernement et quittai Athènes afin de me rendre à Modon pour retirer de cette terre infortunée les cendres de ma femme et les apporter dai\s mon village, ainsi que je lui en avais fait la promesse peu de jours avant sa mort. J(? m'embarquai au Pirée sur un petit calque pour me rendre à Epidaure, et de là à Nauplie, où je fus très bien accueilli par le chef d'escadrons Touret, l'un des officiers français le plus tracassés par les Bavarois et les Grecs du parti russe. J'allai ensuite à Argos où j'eus la satisfac* tion de voir le loyal et généreux Ecossais sir Thomas Gordon (1)^. devenu général, aide de camp d'Othon et gouverneur duPéloponèse. J'eus le plaisir non moins vif d'embrasser aussi le digne ami du général, James Robertson (2). Ces deux estimables philhellènes m'accueillirent avec la plus grande aiTabilité et cordialité. Le général Gordon, quoique aide de camp d'Othon, allait rarement à Athènes, car un homme d'un aussi beau et honorable caractère ne pouvait se mêler aux basses et misérables
(2) Ibfd,