‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 140 sur 165 · CHAPITRE X m · texte numérisé non relu

CHAPITRE X m

persister à continaer ma route pour Navarin, où j'arrivai sans autre accident qu*un ouragan épouvantable qui faillit nous noyer dans la forêt de Koubôs. L&a Français qui sont allés en Grèce n^ont pas oublié ces ondées diluviennes accompagnées de coups de tonnerre comme on n'en entend pas de semblables en France; eux seuls peuvent donc juger du danger que je courus pondant trois heures que dura Touragan.

Navarin, que nous avions. mis et laissé dans un état prospère, était presque désert; là encore les habitants s'empressèrent de me donner des témoignages d'afTcction pour les Français qu'ils regrettaient aussi, à l'exception de M. Corbet. Accompagné de plusieurs Grecs, j'allai saluer les restes du brave Maillet à Tllo de Navarin, ainsi que ceux de l'un des fils de Lucien Bonaparte (1). Le 13 août, je me rendis à Modon. La vue de cette ville, où j'avais passé quelques beaux jours seulement, me déchira le cœur, en me rappelant les pertes cruelles que j'y avais éprouvées. Ah! que Thomme sensible est à plaindre et combien il est malheureux lorsque, à sa pensée, il no se présente plus que des souvenirs douloureux!

Modon, que *^j'avais laissé dans un état de propreté égal à celui des places de guerre de la Franco, Modon, relevé de ses ruines par les immenses travaux do notre corps du génie, dirigé par les capitaines Gibout et Dalheme, cette place, en 1837, n'était plus qu'une bourgado entourée de murailles et tout aussi dégoûtante à voir au dedans qu'au dehors. D'une centaine de marchands que nous avions laissés à Modon, une douzaine y étaient restés, et encore y mouraient-ils de faim. Ces malheureux m'afltigèrent vivement en me retraçant les vexations qu^ils

(1) Issu du second mariage de Lucien, le prince Paul-Marie Bonaparte. né à Canino en 1808, lieutenant-colonel philhelldne, mourut à Naupiie par accident au moment d'un branle-bas de combat, le 5 décembre 1827» à bord de la Hellade, dont il avait reçu le commandement en second de lord Cochrane. Son corps, conservé dans un tonneau de rhum, fut transporté dans rile de Spez7.ia. Plus tard, de touchantes funérailles lui furent lailci par le corps expéditionnaire de Morée» dans la baie de Navarin. (O. 8.)

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avaient éprouvées de la part des Bavarois. Oh! combien ils désirent aussi le retour des Français!

Je ne saurais dire combien de millions français ont été sacrifiés par nos ministres pour les réparations des fortifications de Modon, de Navarin, etc., ainsi que pour les casernes bâties à neuf, logements d'ofliciers, magasins, etc.; mais je peux certifier que ces sommes énormes ont été données en pure perte, non seulement pour la France, mais encore poiir la Grèce, car. tout a été presque complètement dévasté par les Bavarois, qui ont fait argent de tout.

Les garnisons de Navarin, Modon, Coron et Kalamata étaient composées de troupes légères grecques, car les Bavarois n'osent plus se présenter en Messénie et encore moins dans le Magne, où ils ont été si maltraités et mêmeflagellés (1). Ces troupes grecques étaient sous les ordres du colonel Spiros-LalTanos, ci-devant partisan du président Capûdistrias et maintenant rallié au parti français qui existe toujours en Grèce; il en est de même de presque tous les anciens patriotes de la Grèce qui étaient prêts à prendre les armes pour expulser les Bavarois.

Le colonel Spiros me donna quelques ouvriers de son bataillon avec lesquels je me rendis au cimetière français, d*où je fis exhumer les restes de ma femme; ceux de mon fils étaient entièrement consumés. Dans cette triste et douloureuse cérémonie, je fus assisté par une partie des Grecs de Modon qui, cinq années avant, avaient aussi accompagné à la même place le corps de cette femme chérie! Ces bons Grecs m'engagèrent beaucoup à passer quelques jours à Modon, mais j'avais le cœur trop affligé pour pouvoir me livrer à aucune distraction.

(1) I..e8 Bavarois ayant voulu pénétrer dans le Magne, pour y lever des ImpôU.. deux de leurs compagnies y furent cernées par les Malnotes qui les forceront à m«»ltre bas les armes sans tirer un seul coup de fusil; les chefs MaTnotes, pour ôter aux Bavarois Tenvie de reparaître dans leur pays, les liront mettre nus comme des vers, ofRciers et soldats: te commandant des Bavarois qui jouait de la flûte fut forcé de jouer et de faire danser ses soldats à la barbe des MaTnotes, qui s'en amusèrent beaucoup, ainsi qu'on peut lo croire. Apn^s cette lionteusc humiliation, les Bavarois furent autorisés à rotournor à Kalamata dans un état de nudité complet.

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