‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 144 sur 165 · CHAPITRE X SSI · texte numérisé non relu

CHAPITRE X SSI

général, eut aussi ramabilité de venir me voir en ma quarantaine qui, abrégée de quatre jours, se termina le 10 octobre. Aussitôt libre, j'allai remercier le général Gazan et lui préscnter mes respects. Ce général, vieux soldat de mon temps, était exempt de passions politiques et d*intrigues, aussi m'accucillit-il fraternellement. Mme Gazan, élève de la maison impériale d'Ecouen, daigna aussi me recevoir avec la plus grande afTabilité; je Ten remercie de nouveau ici; cette aimable dame, connaissant mes anciennes aiïections pour rEmpcreur,alTcclions qu'elle avait partagées et qu'elle con^ servait encore au souvenir de son auguste protecteur, eut la générosité de me proposer dans un diner de famille un toast à la mémoire de l'Empereur. Hélas! elles sont bien rares ces grandes âmes de l'Empire, particulièrement che2 nos grands seigneurs afTamés de titres, de cordons, et surtout d'argent!

Le fameux coup de main de nos doctrinaires sur Ancône me décida à passer quelques jours dans cette ville; mes lecteurs me sauront gré de leur en parler, ainsi que des conséquences qui auraient pu en résulter, si l'Autriche n'y avait pas, préalablement donné son approbation, ainsi que j'en ai acquis la conviction.

Les personnes qui s'occupent de politique et qui ont assez de mémoire pour se rappeler les faits, n'ont pas oublié que le coup de main d'Ancône était une élucubrntion de l'énorrne tête de M. Casimir Périer; on sait encore que Louis- Philippe était seul initié dans le projet de son président ministre qui, dans cette afTaire, joua son maître par-dessous jambe, car liôtre Roi pacifique, se méfiant tant soit peu des promesses jésuitiques du Talleyrand autrichien, Mcttcrnich, avait consenti et renoncé presque en même temps au coup de main de son ministre président, mais Casimir Périer, qui connaissait son homme, avait donné des ordres si précis et si bien combinés que l'escadre du brave Gallois (1) était déjà en mer lorsque le télégraphe

(1) Gallois (Thomas- Alezandre-Marie^Esprit-Françols) était enseip^ne dt ▼aisseau lorsqu'il fut décoré de la Légion d*honntur lo 22 mars 181t s capl-

lui prescrivait d'attendre de nouveaux ordres; enfoncé, citoyen! Si Casimir Périer n'avait pas demandé et obtenu de M. de Metternich la permission d'occuper Ancône, dans les vues politiques des deux gouvernements, il est certain qu'il aurait montré une grande audace dans ce hardi projet. Toutefois, il fallait qu'il eût une bien grande confiance dans les promesses de M. de Metternich ou qu'il fût bien mal instruit sur l'état des fortifications d' Ancône pour y lancer une garnison de quinze cents Français qui, au cas d'une guerre avec l'Autriche, n'aurait pas pu s'y maintenir vingt-quatre heures, Casimir Périer, ainsi que son maître, avait appris sans doute par le maréchal Soult alors ministre de la guerre, que l'Empereur avait fait d'Ancône une place très forte, mais tous les trois ignoraient que les Autrichiens l'avaient rasée complètement en 1814 et 1815, ainsi que toutes les autres places de l'Italie, car ces Messieurs s'attendent toujours à revoir nos aigles, c'est-à-dire nos coqs des barricades, bien entendu.

Casimir Périer est mort; que Dieu ait pitié de son âme, et qu'il appelle promptement à lui toutes celles des doctrinaires, si âmes ils ont; mais Louis-Philippe, qui vit encore, pourrait répondre à mes observations sur le coup de main combiné d'Ancône : « J'avais, « primo », l'autorisation de M. de Metternich, et, « secondo », en cas d'éventualité, je comptais sur les patriotes d'Ancône et de toute l'Italie. » Très bien. Roi citoyen, oui, vous pouviez compter sur le patriotisme des Italiens, comme eux devaient compter sur le vôtre; mais qu'avez-vous fait pour ces patriotes qui ont accueilli fraternellement les braves Gallois et Combes (1)? Aviez- vous autorisé votre favori Cu bières (2)

laine de vaisseau le 31 décembre 1823; contre-amiral le 22 Janvier 1836; chevalier de Saint-Louis et commandeur de la Légion d'honneur. (0. S.)

(1) Le colonel Combes, commandant le 66% chef du corps d'occupation à son arrivée. (O. S.)

(2) Cubièrcs (Amédée-Louis Despans de), né en 1786, colonel en 1815, maréchal de camp en 18-28, lieutenant général en 1835, pair de France en 1839. deux fois ministre de la guerre en 1839 et 1840, impliqué dans le procès Teste et condamné; mort en 1853. (0. S.)

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