CHAPITRE X
à les garrotter efà les livrer au pape dés Tinstant que vous seriez maître d'Âncdne? lui, Cubiôres, quoique brave soldat (1) sous TEmpire, qui est arrivé à Âncône lorsque tout danger était passé ! Ah! Sire des Français, je ne vous conseille pas d'aller voyager dans cette malheureuse Italie, que vous pouviez rendre libre et que vous avez plongée dans la Couleur, car vous pourriez bien y trouver un Louvel, qui aurait la main assurée, celui-là?
La position de nos soldats à Ancône était si peu tenable en cas de guerre que le général Gazan m'a avoué qu'il s'y considérait comme en sentinelle perdue. Ainsi, Messieurs les doctrinaires, félicitez-vous donc du coup de main de votre grand maître en doctrine!
En partant d'Ancône pour rentrer en France par la Suisse, j'avais l'intention de traverser l'Italie en me promenant la canne à la main; mais ayant appris à Ancône la manière de voyager dans ce beau pays, je me décidai à prendre les voiturins. Ces gens-là ont des carrosses à quatre roues bien suspendus; ils partent tous les matins au point du jour et s'arrêtent de dix à onze heures pour le déjeuner; ils repartent deux ou trois heures après et marchent jusqu'à la nuit tombante. Ainsi, depuis Ancône jusqu'à. Cliambéry, j'ai pu admirer le plus beau pays de la terre, comme aussi le plus à plaindre après les Polonais.
J'arrêtai ma place à l'un des voiturins d'Ancône jusqu'à Bologne pour la bagatelle do vingt-cinq francs, mon dfner, souper et le coucher payés, de plus cent trente kilogrammes de bagages; ainsi, ce premier voyage d'une cinquantaine de lieues françaises me coûta environ trente francs tout compris.
(1) M. de Cubièr«s a été tout aussi. heureux que brave sans doute, car après cinq à six années de service, il était colonel, k vingt-trois ans; il a dû cet avancement extraordinaire à la puissante protection du maréchal Ncjr. On sait que M. de Cubières a été fait maréchal de camp par Charles X et lieutenant général par Louis- Phi lippe pour ses hauts faits à Ancône. Il est aujourd'hui le directeur de ce pauvre Bernard et son aide Jugulateur des ofllciers mal pensants. '
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Partis d'Ancône le 14 oclobre, jour anniversaire de la bataille d*Iéna, nous allâmes déjeuner à Sinigaglia, pour continuer notre route par Fano, Pesaro, Rimini, Savignano, Cesena, Forli, Faenza, Imola, Bologne, . Modène, R^ggiû, Parme, San Donnîno, Plaisance, San Giovanni, Voghera, Tortone, Alexandrie, Asti, Turin, Rivoli, Fenestrclle, Suze, Modane, Saint-Michel, Saint-Jean-de-Mauricnne, Barraux.
Nous arrivâmes le 16 à Bologne; c'est ici que je regrette le temps perdu de ma jeunesse, aussi ne veux-je pas me hasarder à faire la description des beautés et des richesses de cette ville florissante, malgré les despotismes réunis du Pape et des Autrichiens, qui occupaient cette superbe cité. Il serait inutile de dire que les Autrichiens sont exécrés à Bologne, de même que dans toute l'Italie; mais les Bolonais, ne comptant plus sur l'appui de notre gouvernement et comprimés par une nombreuse garnison autrichienne, se sont résignés à subir la loi du plus fort, en attendant un meilleur avenir.
Je ne restai que deux jours à Bologne; c'était trop peu tlo temps pour visiter ses beaux édifices, ses palais et les riclies et superbes campagnes qui l'environnent; mais, forcé de compter avec ma bourse plutôt qu'avec le temps, il fallait accélérer mon retour en France.
Pendant mon court séjour à Bologne, j'eus le plaisir d*y faire la connaissance de plùisieurs Français et de quelques patriotes bolonais et officiers suisses; ces derniers faisaient, partie de la garnison et n'étaient pas non plus Iros familiers avec, les Autrichiens, car, peu de temps avant mon arrivée à Bologne, une rixe sanglante (1) avait eu lieu entre un escadron de hussards autrichiens et une cofupagnie d'artillerie suisse; presque tous les artilleurs do cette compagnie avaient servi en France; leur uniforme
(I) Dons cette rixo. doute nrtilleure sui^sos mirent eh déroute un escadron do huMnrds autrirhienfi: plusic4irs do ces derniers restèrent sur lo champ do bataille, dans une rùo de Bologne; deux Suisses seulement y furent Messt^s.