CHAPITRE X Ut
était en tout conforme à celui des artilleurs dé Tex-Garde royale; la taille et le physique de ces braves Suisses me rappelèrent nos vieux artilleurs de la Garde impériale.
J'avais arrêté ma place afin de me rendre & Milan par Mantoue, mais il me fallait rauiorisation d*un diplomate autrichien, et j'avais négligé de faire viser mon passeport par le consul autrichien d'Ancône; dans cette circonstance, je m'adressai à M. le général de Salis, commandant supérieur des troupes suisses au service du pape; ce général, qui avait servi en France, me reçut très poliment et me donna une lettre de recommandation pour le général autrichien commandant à Bologne. Ce dernier, après m'avoir bien observé, me témoigna ses regrets de ne pouvoir m'obligcr dans la demande que je lui faisais. «Cependant, me dit-il, si vous voulez vous rendre à Milan par Modène, Parme et Plaisance, alors je pourrai viser votre passeport. • Il me fut facile de deviner que cet officier ne voulait pas me permettre de visiter la place formidable de Mantoue que les Autrichiens ont rendue inexpugnable. Celte réflexion me décida à lui faire connailrc ma position vis-à-vis do notre gouvernement. « Ah! oui, me dit-il, je suis convaincu maintenant que vous ne voyagez pas pour le compte do Louis-Philippe ni pour celui du duc de Bordeaux, mais ne serait-ce pas pour un dos Napoléons ou pour la République? » Cette question, qui me fut faite avec aménité par le vénérable comte Bubna, m'obligea à lui donner quelques explications sur mes antécédents militaires ainsi que sur mon voyage en Grèce; mais, malgré ma parole do ne rester que vingt-quatre heures à Mantoue, il ne voulut pas fairo viser mon passeport pour cette ville; il fallut me résigner à traverser le duché du tigre de Modène (1), ainsi que ceux de cette malheureuse Marie-Louise. Je quittai Bologne le 18 octobre; nous fîmes la halte à Modène, où, sans chercher à voir le «monstre et l'assassin du comte Menottt (2),
(2) Ciro Menotti, un des chefs et une dos plus notables victimes du sou*
j*cus cependant l'occasion de le voir, car ce misérable a encore l'audace de se promener sans gardes au milieu de ce peuple abâtardi par la présence des baïonnettes autrichiennes.
Cet homme, c'est-à-dire ce monstre, contemplait les embellissements qu'il faisait faire à son superbe palais avec les débris de celui du comte Menotti, qu'il avait fait raser. Mon « cicérone » me l'avait fait remarquer, en me recommandant d'être très circonspect. Je crois que ce tyran était déjà prévenu de mon arrivée (1) à Modène, car il me fixait d'un regard farouche, ce qui me détermina à prendre une attitude résolue et à le fixer aussi. Je ne peux pas assurer s'il fut intimidé de ma contenance, mais ce qu'il y a de positif, c'est qu'il se retira immédiatement. Mon « cicérone », qui était tout tremblant, me dit : « Monsieur, je connais le caractère de notre Duc, vous l'avez fâché; croyez-moi, sortez de Modène au plus vite. » Je voulais continuer ma course, mais réfléchissant que notre cher gouvernement ne déclarerait paà la guerre au tigre de - Modène pour me faire sortir de ses griiïes, je suivis les salutaires conseils de mon « cicérone ». Je rentrai à l'hôtel et prévins le voiturin que je prenais les devants, et bien m'en servit, car j'appris par les autres voyageurs que la police était venue prendre des renseignements sur mon compte.
J'engageai notre voiturin à fouetter ses chevau^t, ce qu'il fit sans se faire tirer l'oreille, car lui-même n'était pas sans quelque crainte, ayant un révolutionnaire dans sa voiture; toutefois, nous arrivâmes à Reggio sans malheur; nous y couchâmes. Arrivé tard à Reggio, je n'ai pas eu le
lèvement libéral de Modène en février 1831» pendu à Modène le 26 mai de la mdme Année. (0. 8.)
(1) Dans toutes les villes d'Italie, petities et grandes, les voiturins sont obliffés de donner les passeports des voyageurs aux employés de la police qui les reçoivent à la porte d'entrée et les visent; ils ne sont rendus qu'à )a sortie du voyageur. Les hôtels où descendent les voyageurs sont, du reste, parfaitement surveillés par les agents de la police qui ne perdent pas de vue les voyageurs étrangers surtout.