CHAPITRE X
temps de parcourir cette ville, mais j*ai pu observer cependant qu'elle n'était pas plus remarquable que Modèno; toutes ces anciennes villes de guerre entourées de murailles et de fossés ont beaucoup de ressemblance lés unes avec les autres; je ne conseille pas aux voyageurs curieux des beaux-arts de s'arrêter dans ces bicoques.
Le 18, nous nous mimes en route pour Parme, où nous fîmes la halte habituelle. Je me hâtai de déjeuner, afin d'avoir le temps de parcourir un peu la ville, qui doit paraître aussi étroite que monotone à Marie-Louise, eximpérairice des Français. Je ne dirai pas que j'ai eu le plaisir de voir cette femme, car sa conduite infâme envers l'Empereur et son fils doit la rendre odieuse à tous les Français qui ont servi l'Empereur avec loyauté et dévouement. J'ai passé à trois pas de Marie-Louise et j'ai eu assez de force d'âme pour ne pas lui donner un salut, auquel elle s'attendait cependant; car ses ycûx, fixés sur ma vieille croix de l'Empire, semblaient me dire : « Français, es-tu donc inexorable? » La duchesse se promenait alors dans son parc où est située sa maison de plaisance; ce parc, qui sert aussi de promenade aux Parmesans, n'est qu'à quelques centaines de pas du palais de Marie-Louise, palais nouvellement bâti et assez élégant pour une duchesse. L'ancien palais ducal, vieille antiquité d'une architecture lourde et massive, n'est tout au plus bon qu'à servir de caserne.
Parme avait été sufiîsamment fortifiée par les ordres de l'Empereur, mais on aperçoit aujourd'hui que les Autrichiens y ont séjourné. La ville dans son ensemble n'est nullement remarquable; on y voit cependant d'assez belles maisons modernes; et de môme que dans les principales villes de l'Italie, ïes églises renferment de beaux tableaux, etc.; mais, peu curieux de tout ce qui sent la papauté, je n'en ai visité aucune.
Les Parmesans i;o se plaignent de Marie-Louise que par rapport à ses énormes impôts; il parait que cette malheu-
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leuse femme n'a jamais assez d'argent; il est vrai que son nouveau palais a dû lui coûter bien des millions. Elle a aussi fait jeter deux superbes ponts, l'un sur le Taro et l'autre sur la Trebbia» et ses routes sont parfaitement bien tenues; il en est de même dans la marche d'Ancône, la Romagne, le duché de Modène et le Piémont, car, depuis Ancône jusqu'à Chambéry, j'ai cru me trouver continuellement sur la plus belle de nos promenades de France. Ces Etats-là, cependant, n'ont pas des budgets de quatorze cents millions par chaque année.
En sortant de Parme, nous allâmes passer la nuit à Borgo San Donnino. Le 20, nous arrivâmes à Plaisance, chef-lieu du duché de ce nom. Marie-Louise y a aussi un palais, mais qui n'est pas aussi élégant ni aussi agréablement situé que celui de Parme. Je suis étonné qu'elle n'ait pas préféré le séjour de Plaisance à celui de Parme; la première m'a semblé bien plus gaie que la seconde. Il est vrai que Parme est plus étendue que Plaisance et que la population y est au moins le double; les habitants m'ont assuré que Parme contenait près de quarante-cinq mille âmes, tandis que Plaisance n'en compte guère plus de vingtcinq mille. Ces deux villes sont passablement fortifiées, malgré la main destructive du gouvernement autrichien.
L'hôtel de ville de Plaisance est assez remarquable. Le Pô baigne presque les remparts de Plaisance. Nous passâmes co fleuve sur un vieux potit de bateaux laissé sans doute par les Français. Marie-Louise, qui s'attendait à voir les Français en 1831, et qui ne devait pas espérer en être bien traitée, avait fait construire à la hâte une tête de pont sur la rive gauche du Pô. Les limites qui séparent le duché de Plaisance de celui du royaume lombardo-vénitien sont à un mille de la tête du pont où est le bourg de Carossa; là, se trouvent un poste de douanes autrichiennes, un piquet d'infanterie, ainsi qu'un commissaire impérial (1). Celui-ci,
(1) Co commissaire avait été dans la police politique autrichienne de 5nian, co que le fameux Vidoc a été dans notre police civile. Le gouver-