‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 148 sur 165 · CHAPITRE X S4a · texte numérisé non relu

CHAPITRE X S4a

après avoir parcouru les centaines de visas qui barbouillaient mon passeport, me dit d*un ton jésuitique : « Monsieur le chevalier français, je suis désolé, mais je ne peux pas vous permettre l'entrée en Lombardie. » Je lui fis observer que mon passeport étant visé par le commandant militaire autrichien de Bologne, je ne voyais pas de motif. qui pût m'empêcher d'aller à Milan; je lui déclarai en outre que mon intention était de n'y rester qu'un jour seulement. Toutes mes observations devinrent inutiles; je fus forcé de mettre mes bagages sur un tombereau, et, escorté par un sergent et six soldais autrichiens jusqu'à la tête du pont sur le Pô, je repassai ce fleuve pour rentrer à Plaisance le même jour.

J'étais logé, à Plaisance, à l'hôtel de la Croix-Blanche, tenu par M. Bassani fils, que je recommande particulièrement à tous les voyageurs français, tar c'est un digne Italien, qui vénère notre patrie; son hôtel est d'ailleurs très bien tenu; son père avait servi dans les grenadiers à cheval de la garde de l'illustre Eugène Beauharnais, viceroi d'Italie. MM. Bassani eurent pour moi mille prévenances pendant les deux jours que je fus forcé de rester à Plaisance, en attendant une occasion pour me rendre à Turin. Ayant enfin trouvé un voiturin, je quittai Plaisance le 22, pour aller déjeuner à Stradella, petite ville du Piémont. Là, le pays prend un aspect moins monotone que celui du pays que l'on vient de parcourir dopuis Ancône jusqu'au village de San-G:ovanni, où se termine le duché de ï'iaisance; depuis Stradella jusqu'à Suse, qui est au pied du Moni-Cenis, le pays est admirablement bien cultivé et m'a paru être tout aussi fertile que la marche d'Ancône, la Roniagne, etc.

Arrivé à Voghera dans la soirée du 22, j'y passai la nuit.

n«ment lombardo* vénitien, pour le récompenser de son zèle à traquer les patriotes, l'avait nommé commissaire à Carossa où il était le Cerbère do celte porte d'entrée en Lx>mbardie. J*ai su à Plaisance que Je lui avais été signalé comme ayant combattu les Autrichiens en 1821. dans les rangs des constitutionnels napolitains, etc.

J'euis le plaisîr d'y faire la connaissance d'un Français, nommé Houi, qui, ancien gendarme, s'était marié et fixé dans le pays. Voghera est une fort jolie ville et très animée par sa position sur les routes royales de Turin à Ancône et de Milan à Gênes.

Le 23, je continuai ma route pour aller coucher à Alexandrie. Arrivé sur l'ancien champ de bataille de Marengo, je fis halte. J'avais déjà passé sur mille positions enlevées par les baïonnettes de nos invincibles demi-brigades de la République, mais il m'aurait fallu trop de temps pour les parcourir.

J'allais faire mes adieux à l'Italie; je voulus les faire aussi à Marengo (1), aux mânes du brave et loyal Desaix, mon glorieux compatriote, ainsi qu'à celles des guerriers *qui y trouvèrent un glorieux trépas. Plus heureux que nous, ils n'ont pas eu le regret de voir la patrie dans le deuil et retombée par la trahison dans ce dédale de machiavélisme qu'ils croyaient avoir anéanti pour jamais. Plein de nos grands souvenirs de la République et de l'Empire, et attristé, en réfléchissant que de si hauts faits étaient restés sans fruits pour la France et pour ces malheureux Italiens, je continuai ma route pour Alexandrie, où je restai un jour entier. Là, ainsi qu'à Ancône, les Autrichiens ont tout rasé; il ne reste que la citadelle placée sur la rive gauche du Tanaro; la ville est située sur la rive droite. La citadelle d'Alexandrie peut être considérée comme inexpugnable; le roi- du Piémont n'a rien épargné pour cela.

Ayant fait à Alexandrie la connaissance de plusieurs oflîciers piémontais fort aimables, j'en partis avec eux pour Turin. Il y a, je crois, près de vingt-cinq liéucs d'une ville à l'autre, aussi fîmes-nous deux haltes, l'une à Asti. et l'autre à Villanova; la première ville est assez considérable; ses campagnes sont belles et fertiles; elle avait

'<!) Où M. Valée n*était probablement pas encore, car H y aurait vu des ails d*armes autrement à citer que son assaurt de Constantine.

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