‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 15 sur 165 · CHAPITRE II (Août 1817-lfal · texte numérisé non relu

CHAPITRE II (Août 1817-lfal

Ncw«Toik. — Lt prinee Joiepli Napoléon. — Départ do Now«York pow la Golombio. — Hofriblo tempête: leUdit à Chariettown. — 1/honorabto «. L'Herrainier. — Capitaino Bernard. — La vkcanira] Villare t. — La président Anrr et sa répnblkiue d'Anélia. — \jn Haïtiens. — liCS Ifaigaritains. — udiTar él les Colombiens. — Les officiers de la goélette française le Menmger. — Le général Donselot — Départ de la Martinique pour rentrer en FMnce» etc. etc.

La ville de New-York, capitale de TEtat qui porte le même nom, est la plus bellô des Etats-Unis et en même temps la plus riche par son commerce et son industrie. Sa position est des plus heureuses, située sur Tile de Manhattan et baignée par les eaux do la mer; elle est, excepté toutefois Boston, la seule ville de l'Union où les navires puissent s'amarrer à ses quais sans le secours des bateaux à vapeur.

Ayant appris que le prince Joseph Napoléon était à New- York, je m'empressai d'aller lui rendre visite (1). Le prince m'accueillit avec cette aménité que tous les Français ont reconnue en lui; il m'assura dans des termes touchants qu'il était prêt à sacrifier sa vie et sa fortune pour la délivrance de l'Empereur, mais qu'il avait été forcé de renoncer à ce projet par des avis positifs qu'il avait reçus de Londres et qui lui faisaient connaître les ordres barbares du gouvernement anglais. Ces ordres étaient de mettre à mort l'Empereur au cas d'une attaque sérieuse

(1) Joseph Napoléon, passé en Amériffue après la seconde abdication sous le nom de comte de Survilliers, obtint en 1S4t l'autorisation do s'établir & Florence où il mourut le 28 Juillet 18%^. (0. S.)

contre les quatre mille geôliers qui le gardaient à vue comme les cannibales surveillent le prisonnier qu'ils vont dévorer! On se rappelle que le chef de ces geôliers était Tinfâme et sanguinaire Hudson Lowe, digne en tous points d'exécuter les volontés de son exécrable gouvernement.

Le récit que venait de me faire le prince m'avait atterré et indigné. Il fut aisé de lire sur ma physionomie les cruelles émotions qui déchiraient mon cœur; aussi^ eu me serrant la main, le prince me témoigna-t-il sa vive reconnaissance. « Restez ici, mon cher capitaine, me dit le prince, ma fortune vient de la France et de cette vieille armée dont vous avez fait partie; c'est un devoir impérieux pour moi d'obliger des Français dont l'infortune vient de leur dévouement à ma famille, etc. » J'étais alors au-dessus du besoin, j'avais la ceinture bien garnie, étant parti de France avec quelques milliers de francs et parfaitement équipé en tout; aussi remerciai-je le prince de ses honorables offres de service. C'était certainement un devoir pour le prince d'obliger les nombreux officiers de l'ancienne armée, procrits ou persécutés par les Bourbons; mais il y avait néanmoins de la générosité de sa part, et surtout l'expression d'un sentiment touchant de reconnaissance qui n'est pas toujours la vertu dominante des grands.

Parmi les nombreux officiers français que le prince Joseph s'empressa d'obliger, je citerai le général Lallemand (1), qui, pour sa part, a obtenu de lui quelques centaines de mille francs; néanmoins, ce n'est pas lui, M. Lalleinand, aujourd'hui lieutenant général et pair, qui publiera

(1) T^allemand (Charles-François- Antoine* baron), général, né à Metz en 1779, créé général de brigade en 1811 pour ses excellents services en Espagno. chercno vainement avec son frère, général d*artillcrie. à f onlevcr ses soldats du département do TAisn? lors du retour do l'He d'Elbe. Emprisonné jusqu'au ?0' mars puis créé général de division. Se couvre de gloire à Watorloo. Après la chute do Napoléon, il erre è Malte où il est jeté en prison, en Turquie, en Perse, en Egypte, pendant qu'il était condamné à mort

J>ar contumace. 11 passe ensuite en Amérique oi\ il fonde en I819 au Texas fameux Champ^d* Asile dont l'existence fut si éphémère. Apre? toulss sortes d^aventurcs, après ovoir fondé à New- York un établissement d'éducation, il revient en France après la révolution do Juillet, est réintégré dans son grade et créé pair; meurt à Paris en mars 1830. (O. S.)

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