‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 21 sur 165 · CHAPITRE II S · texte numérisé non relu

CHAPITRE II S

donna le grade de capitaine de vaisseau, bien que la République n*eût pas même une corvette à son service, car tous ses bfttiments de guerre d'alors n'étaient que des corsaires appartenant à leurs capitaines respectifs ou à des arma* teurs qui ont fait des fortunes immenses.

Aury, d'une imagination ardente et plein d'une ambition honorable» chercha partout de la gloire et il en trouva, non en attaquant les navires marchands espagnols, mais en attaquant des bâtiments de guerre. Il on prit plusieurs, après des combats opiniâtres et fut promu au grade de contre-amiral, mais la jalousie des marins colombiens ne tarda pas à s'émouvoir de l'avancement du brave Aury, et plus encore de sa fortune. De l'ingratitude on passa bien vite à l'injustice envers Aury. Celui-ci, peu patient, envoya promener Bolivar et ses amiraux (1), et abandonna le service des Colombiens qui perdirent ainsi l'âme de leur marine. Il en fut de même d'un ancien sergent du 46* de ligne, le nommé Batut, de Marseille, qui, devenu général après de brillants combats contre les Espagnols, fut obligé de se sauver pour n'être pas pendu.

Aury rêvait toujours république et son ambition était d'en être président, car, si cet homme avait eu soif de croix et de titres de comte, de baron ou de marquis, il pouvait revenir en France, où, avec deux ou trois millions qu'il possédait, il aurait pu en acheter, car tout se passait en France à cette époque à peu près comme aujourd'hui, huit ans après les trois grandes journées. Aury rallia à lui plusieurs Français, aussi commandants de marine (2) et ils allèrent établir un comptoir dans la baie de Galvestown, à quelques lieues de la Nouvelle-Orléans. Aury était à Galvestown avec ses associés, lorsque le jeune et brave

(1) Les olTIciers de notre marine nationale qui sont allés à Carthaf^ne ont connu le fameux amiral Padilla qui ne savait pas môme lire. Rh bieni ce fut cet homme qui provoqua les injustices qui forcèrent Aury à quitter le service colombien.

(2) C/étaient Lauminet, Laflltte, Joly» Alexandre, Bolluche. Dominique Diron. Sauvinet, France, etc.; tous ho Times d'action et anciens marins de nos vaisseaux incendiés aux Etats-Unis.

Xavier Mina (1) y arriva d'Espagne avec environ trois cents républicains dans l'intention d'insurger la vaste province du Texas au profit de la République mexicaine (2), tandis que M. Lallemand, avec son prétendu Champ d'Asile (3), n'y était venu que pour le compte du gouvernement des Etats-Unis qui, avant peu, s'emparera de cette province du Mexique, comme il a fait des deux Florides.

Si CCS trois chefs avaient pu s'entendre pour le commandement supérieur de ce rassemblement d'hommes intrépides, il est certain que les Espagnols eussent été expulsés entièrement du Mexique. Mais la discorde et l'envie étaient aux portes. Le général Lallemand, avec raison, ne voulut pas se mettre sous les ordres d'un ancien chef de guérillas tel que Mina, ni sous ceux d'Aury, excellent marin, mais incapable de commander des troupes de * terre. Chacun garda donc son commandement et ses hommes. Le malheureux Mina pénétra dans l'intérieur du Mexique, où il fut pris et pendu avec toute sa troupe (4). Aury partit quelque temps après pour venir à Amélia, et quant au Champ d'Asile, qu'on en demande des nouvelles à M. Lallemand, ainsi que de la plus grande partie de la souscription faite en 1818 au profit des malheureux qui s'étaient aveuglément placés sous ses ordres.

Revenons à Amélia. Aury avait obtenu un mois pour emballer les archives de la défunte République. Il chargea Joly, capitaine de la goélette de guerre le Brutus d'une

(1) Ij6 Mina, chef de partisans en Espagne^ dont on .a tant fait sonner les talents et la bravoure militaire, n'était que Toncle de ce brave Mina. et il 80 nommait Espoz: il ajouta à son nom relui de Mina (Francisco Espoz y Mina), par orgueil, lorsqu'il fut désigné pour remplacer son neveu.

(2) Xavier Mina, né en 1789, seconda d'abord son fameux oncle, Francisco Espo7. y Mina, dans ses guerres contre les Français, puis se retira au Mexique et participa à la révolte contre l'Espagne. Il fut pris et fusillé, en 1817, par ordre du vice-roi. (0. S.)

(3) On sait qu'on connaît sous le nom de « Champ d* Asile •, une colonie formée après 1815 par des proscrits français, surtout des soldats qui reçurent dans le Texas, au nord du Rio dél Norte, plus tard dans l'Aïabama, un territoire assez considérable où ils tentèrent de s'établir sous la direction des frères Lallemand. Oubliés par leurs amis de France. les colons échouèrent et. rentrèrent peu à peu dans leur patrie, dès 1818. (G. S.)

(4) En réalité, fusillé par ordre du vice-roi. V. la note ci-dessus.

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