‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 24 sur 165 · CHAPITRE 11 SI · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11 SI

sur cette lie» mais il en avait été toujours repoussé avec des pertes énormes en hommes d'élite qu*il avait amenés de l'Espagne. Ce vandale, Morij!**, furieux de ne pouvoir vaincre les braves Margaritains, avait fait incendier les villes de Pampatar» de l'Assomption du Nord, de Juan- Griego, toutes les habitations de la campagne, et avait même poussé la barbarie jusqu'à faire couper et arracher tous les arbres fruitiers de cette lie héroïque; aussi quel horrible spectacle de dévastation et de désolation sur cette malheureuse terre! J'en frémis encore d'indignation! Cependant Morillo ne faisait alors qu'exécuter les ordres du cruel Ferdinand. Et les Espagnols constitutionnels ne l'ont pas pendu en 1820! Si Morillo avait perdu l'élite des quatorze mille vieux soldats qu'il avait amenés d Espagne, les braves Margaritains eurent aussi bien des frères à regretter! Dans ces différents combats, ils étaient commandés par le digne et loyal général Francisco Gomez, secondé par les honorables frères Saturnin et Maneiro, tous les trois colonels de la milice du pays.

Lorsque j'arrivai à la Margarita, cette lie était gouvernée par un nommé Arismendi, plus cruel encore que Morillo, sans avoir sa bravoure, car ce chef espagnol était d'une rare intrépidité dans les combats, tandis que son successeur comme gouverneur de la colonie n'était qu'un lûche sanguinaire (1) et aussi despote que Bolivar, aussi les malheureuses colonies espagnoles n'avaient-elles changé que de maîtres, de même que la France en 1830.

Bolivar se trouvait à Angostura à cette époque, de retour d'une fâcheuse campagne (2); je profitai du départ d'un

(1) Ce brif^and était de race indienne, et aussi insatiable d*or que de sang. Je l*ai vu poignarder de sa main un malheureux Espagnol prisonnier que Tun iii ses licteurs avait refusé de tuer de sang-froid. Ce tigre, voyant que cet assassinat avait indigné tous les spectateurs comme moi, nous dit an brandissant son poignard ensanglanté : t Dieu serait espagnol C|uo je le tuerais de môme. » — C*e8t lui qui. lors de* la proclamation de Bolivar, le 3 mars 1816, à la Margarita, avait oiïcrt au dictateur un roseau surmonté d*une tôte d*or « emblème de l'autorité suprême dans tin pays qui peut ployer sous le vent de l'adversité, mais qui ne rompra pas. » (O. S.)

(2) On ronnait les conséquences sud-américaines do la rAvoluKon d*Aran

petit bateau pour me rendre dans cette ville» qui était alors la capitale de la République de Colombie. Bolivar y avait réuni un simulacre de congrès, car il était dictateur su-

Jnez, de 1808 1 10 loulèvement de Caracas contre l'Espagne du roi Joseph en 1810, rinsurrecUon du Chili dans la môme année, la proclamation de IMndépftndance du Venezuela en 1811» ravënement enfln de Bolivar, le futur lilH^rateurl Simon Bolivar, né à Caracas en 1783, flis d*un homme riche et considéré, héritier tout Jeune d'une grande fortune, voyagea pour se dis* traire de la mort de sa jeune femme, vit en France et en Lombardie Napoléon dans toute sa gloire, ne rentra dans sa patrie qu*en 1809, en pas* sant ||)ar les Etats-Unis. La révolution contre l'Espagne le trouva dans ses domaines des plaines d'Aragua. Envoyé à Londres pour demander à l'Angleterre aa protection et sa médiation, il en ramena le vieux patriote, le général Miranda, auquel fut donné le commandement suprême contre les Espagnols qui avaient regagné du terrain. l<e cruel Monteverde réussit à reconquérir le Véné7.uéla et envova Miranda mourir dans les cachots de Cadix. La terreur répna par les aiTrcux supplices inaugurés par Monteverde. Bolivar, réfugié à Curaçao, débarqua à Carthagène quMl quitta à la tête d'une petite armée en janvier 1813.- Sa marche fut une série de triomphes. Dès le mois d'août, après avoir écrasé Monteverde, il entrait dans Caracas salué du titre de libérateur au milieu d'un enthousiasme indescriptible. Il fut proclamé dictateur des provinces occidentales du Venezuela. La cause espagnole semblait perdue. L'énergie des terribles chefs de bandes royalistes Puy et surtout Bovcs ranima la lutte. L'armV^e de Bolivar fut écrasée par la cavalerie do ce dernier, les redoutables « llaneros •. dans la sanglante bataille de Puerta le 14 juillet 1814, Caracas retomba aux mains de la réaction triomphante. Bolivar, réfugié à Cnrthagène, nommé capitaine général de la Nouvelle-Grenade et du Venezuela, reprit la campagne en 1815, mais Ferdinand VIL remonté sur le trône, avait envoyé au secours de ses sujets loyalistes d'Amérique. Morille avec une armée do dix mille hommes. Le 6 décembre 18.1.'>, ce général entrait dans Carthagène qui capittila après une résistance de quatre mois.

Les supplices recommencèrent. En exaspérant les vaincus, Morille rendit leur soumission Impossible. Venu pour reconquérir l'Amérique, il en consomma la perte. Alors que. le drapeau espagnol flottait de nouveau sur tout le territoire de la Nouvel le-Orcnade, le libérateur reprit la lutte et mit secrètement A la voiJe aux Cayes. L'expédition aux frais de Brion battit le 2 mars la flotte espagnole et débarauait le lendemain À l'Ile Margarita où fut proclamée la République du Venezuela « une et Indivisible •.

Après des vicissrtudcs nouvelles, après avoir dû une fois encoro se réfugier à la Jamalmie, Bolivar convoqua un congrès général à l'Ile Margarita. Barcelone devint le siège du gouvernement provisoire dont il prit la direction avec le titre de président de la République du Venezuela. Morillo qui vint l'y assiéger fut battu à plate couture: ayant reçu des renforts, il reprit rolTensive. A ce moment, Bolivar avait établi son quartier général à Angostura. La rapidité de ses mouvements déconcertait l'ennemi. Ecrasa sur un point* il reparaissait victorieux sur un autre. Sa popularité n'avait pas souffert de ses défaites; il accréditait des chargés d'afTaires à Washington et à I.ondres. et l'on accourait d'Angleterre et de France s'enrAIer sous ses bannières: il (It de ces volontaires une légion modèle dont l'efTectif dépassait deux mille hommes. Ces détails, que j'emprunte au petit volume de M. A. Deberle, nous amènent -exactement à l'époque où notre héros, en quête d'aventures, débarquait à son tour à l'Ile Margarita. Nous allons voir que, grâce à 1* humeur atrabilaire de Persat, le libérateur américain si populaire ne trouva guèm grâce devant celui-ci.

C'est à partir précisément de la fln de cotte année 1818 que la situation de Bolivar et des républicains devint excellente. (0. S.)

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