‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 26 sur 165 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

ncmenis i Tlle de la Jamaïque avee quelques fuyards comme lui» il eut Timpudence de faire courir le bruit qu'il avait été abandonné par ses troupes. Les faits que j*ai cités plus haut, je les affirme par la raison qu'ils m*ont été garantis par cent témoins oculaires dignes de foi» entre autres par M. Bouvard» ancien officier d'artillerie c»n France, et qui y reçut deux coups de feu.

Quant au patriotisme de Bolivar» je pourrais le révoquer en doute tout autant que ses talents militaires et sa bravoure» cela par cent exemples patents. Y avait-il du patriotisme dans Bolivar lorsqu'il fit assassiner le brave général Piard (1) parce qu'il lui portait ombrage et qu'il s'était permis de lui reprocher ses Ifiches désertions de Barcelona et d*Ocumare? Etait-ce encore du patriotisme à Lima» lorsqu'en 1825 ou 1826 il y fit mitrailler et sabrer trois cents républicains qui voulaient se soustraire à son despotisme? Bolivar était d'une violence sans frein. Tout devait ployer sous sa volonté sous peine d'exil ou de mort. Il était en outre d'un orgueil sans pareil» bien qu'il fit tout pour le dissimuler. Avec de semblables passions» il n'y a point de vertus!

Je pourrais écrire beaucoup de choses sur ce que j'ai vu en Colombie et sur ce que j'ai appris par des témoins oculaires et dignes de foi; je laisse ce travail à d'autres, mais je les engage» s'ils veulent rester dans le vrai, à aller parcourir ces vastes et malheureux pays; c'est le seul moyen d'écrire l'histoire.

Bolivar, croyant que j*êtais arrivé à Angostura dépoiurvu de moyens, ainsi qu'un grand nombre d'étrangers» m'offrit de l'argent de sa caisse particulière. Je lui répondis que j'étais à même de servir la République gratis pondant quelque temps. « Vous n'avez pas ici beaucoup d'imitateurs»

(1) Ce ffénéral était de race noire, de la classe libre; il n*nvait pas Vins. truction ae Bolivar, mais il lui était bien supérieur pour la Kii«rre de ces pays-là. Piard était Pidole de Tarmée rolombionne, romposéo en grande partie d*hommrs de couleur: c*est pour cela que Bolivar s*cn débarra^isa en le faisant juger et condamner par set infAmes amis.

me dit-il, et je vous tiendrai compte de votre dévouement, etc. » Le général Bermudez partait avec sa division composée d'environ deux cents hommes (1) pour une expédition secrète. Je demandai au président la permission d'accompagner ce général en qualité de volontaire, ce qui me fut accordé. Cette expédition avait pour but do s'emparer de Guiria, ville située à l'entrée des bouches . do rOrénoque et d'aller ensuite reconnaître les forces espagnoles de Cumana, Barcelona, etc., sous la protection de la flottille colombienne. Après un combat peu meurtrier, nous enlevâmes Guiria aux Espagnols, qui se défendirent mollement. Après cette expédition, nous allâmes à l'île de la Margarita, où la division se renforça de deux à trois cents Margaritains; Bermudez nous mena ensuite débarquer à quelques lieues do Cumana, occupée alors par les - Espagnols. Dès l'instant que ces derniers eurent connaissance de notre débarquement, ils vinrent nous attaquer avec des forces supérieures et avec de la cavalerie (2). Les Margaritains redoutaient beaucoup cette arme; aussi lâchèrent-ils pied devant elle; mais notre petit bataillon d'Angostura, composé d'hommes de couleur, se précipita à la baïonnette sur les Espagnols, qui se retirèrent en désordre, laissant sur le terrain quelques morts et quelques blessés; ces derniers furent immédiatement mis en pièces, car on ne faisait point de prisonniers dans ces temps-là. Cumana était trop bien gardée par sa garnison pour que nous puissions espérer nous en rendre maîtres, aussi Bermudez abandonna-t-il ce projet que sa bravoure personnelle lui avait fait concevoir. Il nous fit courir par monts et par vaux toute la côte jusqu'à Guiria où nous eûmes

(1) La grande armée de Bolivar n*à Jamais «xcéd6 plus de cinq mille à six mille combattants, et c'était déjà trop pour un pays sans rcssourres et déjà ruiné par les deux partis belligérants.

(2) Lors de mon séjour à la Margarita» j'ai entendu dire par des Margaritains qu*ili avaient vu des chevaux espagnols lancer du reu par les na- Bcatjxl «-es gens-là ne craignaient psts d'attnquer Tinfanterie espagnole malgré le rombrc supérieur, mais ils avaient une grande terreur de la cavalerie.

Page 1