‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 27 sur 165 · CHAPITRE II IS · texte numérisé non relu

CHAPITRE II IS

encore une affaire, mais plus sérieuse que celle de Cumana, car, sans notre flottille qui balaya la plage où les Espagnols venaient nous couper la retraite, pas un seul homme de la divbion n*eût échappé à la mort. Les armées de la République n'avaient à leur suite ni magasins de vivres, ni transports, ni même d'ambulances, et il leur eût été impossible de remporter lors même qu'elles en auraient eu, car la côte de ce pays est toute montagneuse, coupée par des ravins larges et profonds et couverte de forêts et do taillis impénétrables, aussi ne mange-t-on pas toujours lorsqu'on a faim. On y trouve du pain de mais, de la viande boucanée, du poisson salé, mais jamais de vin, et rarement de Teaude-vie. On peut certainement, et c'est un devoir, souffrir de pareilles privations pour sa patrie, mais pour des individus qui ne valaient pas mieux que les Espagnols, c'était vraiment folie. Aussi pris-jo congé de Bermudcz qui me dit : « Je vous avais bien prévenu que notre guerre n'avait aucun rapport avec celles que vous avez faites en Europe. • II me fit donner une « fléchiére (1) », qui me ramena à l'Ile de la Margarita où je fus assez heureux pour trouver la goélette française de guerre le Messager, commandée par M. de Tharon,^ enseigne de vaisseau. Ce brave officier se fit un plaisir de me donner passage à son bord, et, le 25 janvier 1819, nous mimes à la voile pour le Fort-Royal (2), siège du gouvernement de la Martinique.

Je n'aurai que des éloges et des remerciements à adresser à tous les officiers de notre marine nationale que j'ai eu le plaisir de connaître dans mes voyages, mais je n'en ai pas rencontré qui fussent plus aimables et meilleurs Français que ceux du Messager, M. de Tharon avait arboré un des premiers le drapeau tricolore à la Guadeloupe en 1815, et il ne dut son maintien dans la marine qu'à des

(1) LonflTues barges à la façon des Indiens; eUes contiennent Jusqu'à (iont hommes armés et un canon sur pivot; elles vont à la pagaie et ont quelques petites voiles.

(2) Aujourd'hui Fort-de-France.

parents bien en cour. Il est aujourd'hui capitaine de port à Saint-Pierre de la Martinique. M. Mazier» second du bord, était un de nos anciens hommes de mer, brave au feu et bon patriote. J'ai appris avec bien du regret que cet estimable oflicier s'était noyé en mer. M. Montantes de Laroque égalait ses deux collègues en talents et en patriotisme. Je l'ai revu en 1837^ capitaine de corvette. M. Guérin, jeune aspirant alors, était fils d'un brave chef de bataillon d'artillerie de notre vieille armée; au niveau des trois ôfliciers dont je viens de parler, M. Guérin devait parvenir; il est maintenant lieutenant de vaisseau. L'aimable docteur Le Loutre complétait l'état-major du Messager, avec M. Arnauld, comptable. Le Messager était en vérité une petite république flottante pour la pensée (1) et l'indépendance qui régnaient à son bord. Le service n'en souiïrait aucunement, car ces braves ofllciers étaient très aimés de l'équipage tout en lui faisant faire son service. D'ailleurs, c'était un équipage de choix. Quant à la table du Messager, elle n'était pas du tout républicaine; je n'en ai profité qu'un mois, mais cela suflit à me rendre l'embonpoint que j'avais perdu au service des Indépendants, particulièrement dans ma dernière campagne. La traversée fut longue; nous eûmes continuellement des calmes et vent debout, mais, en compensation, la mer fut toujours belle et nous pûmes reconnaître à portée de canon les îles de Saint-Barthélémy, Saint-Eustache, Porto- Rico, la Guadeloupe, la Dominique, etc.; enfin, le 24 février, nous mouillâmes au Fort-Royal de la Martinique. M. do Tharon m'avait fait un grand éloge, et bien mérité, du général Donzelot (2), gouverneur de nos colonies. Tou-

(1) I^a prste doctrinairo n*avQit pas encore gagné los étnls-majors de non bfltimcnU do guerre^ aujourd'hui cette gangréno y existe comme partout lilloun.

(2) Domolot (François-Xavicr, baron puis comte), nâ dans le Doubs •n 17r»4, général de brigade eh Allemagne sous Morenu. chof d*/tat-major TAugcreau en 1804, flt tes camp.agnes de 1800 et 1807. fut employé à Tarmée le Napifrs, puis nommé au gonvcrmenent général des Iles Ioniennes. Rentré m France en 1813, mort le 11 juin 1843. (0. S.)

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