‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 30 sur 165 · CHAPITRE III II · texte numérisé non relu

CHAPITRE III II

Sébastiani habitait en 1819 un somptueux palais et il avait oublié alors qu'il avait porté un habit rapetassé lorsque, grflce à sa qualité de Corse, le général en chef Bonaparto lui avait donné le commandement du 9* régiment de dragons. Parmi nos grands personnages du jour combien y en a-t-il qui pourraient rentrer dans la médiocrité d*oû les avait tirés la main puissante de l'Empereur! Ah! la chute de ce génie incomparable n'a malhcurousoment servi do leçon à qui que ce soiti Telle fut envers moi la conduite do ces grands de l'Empire qui, après avoir laissé tomber par leur apathie ou leur lâcheté celui auquel ils devaient leur brillante fortune, s'irritèrent contre la Restauration qui ne flattait pas assez leur insatiable ambition et se jetèrent dans le libéralisme pour arriver à urï but tout personnel, ainsi qu'ils nous l'ont prouvé depuis 1830. Je ne fus pas mieux accueilli de la dernière classe des mécontents qui,à cette époque, faisaient retentir les cafés, les tripots, etc., de leurs emphatiques déclamations libérales. Ces parasites de toutes les époques me boudèrent aussi, et voici les motifs qu'il est bon de faire connaître. J'avais été accablé de questions sur Bolivar et les Indépendants, et, dans ma brusque franchise, j'avais répondu à mes curieux questionneurs tout ce que j'ai déj& écrit sur Bolivar et consorts. Tels furent les motifs qui me valurent les premières disgrâces des hauts et bas libéraux de cette époque. J'avouo avec humilité que j'eus la faiblesse de m'aiïecter de la froideur de ces impudents; j'en fus toutefois largement dédommagé par les témoignages d'estime que je reçus des généraux Foy, Lamarque, etc., et d'autres oflicicrs supérieurs distingués appartenant au parti libéral de cœur et d'esprit, qui me reçurent avec bonté. Il est vrai que ces honorables citoyens m'engagèrent à être plus réservé sur lo chapitre des Indépendants. Le général Foy, en particulier, me fit observer que tout ce que je lui avais raconté pouvait être vrai, « mais, me dit-il, soyez convaincu, mon cher capitaine, que les royalistes seront les seuls qui vous croiront ».

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Ce brave général nie parut douter aussi de la véracité de mes rapports; j'avais à cœur de le convaincre; en conséquence, je le priai de me rédiger une belle victoire pour Bolivar. « Que voulez-vous en faire? » me dit-il. « Mon général, lui répondis-je, vous le saurez dans quelques jours^ attendez. » Cette victoire ainsi gagnée dans le cabinet du général, j'en fis un bulletin daté de New-York, d*où arrivaient presque toutes les victoires ou revers des Indépendants. Je l'envoyai le mfime jour à mon employé de la douane du Havre, avec prière de le jeter dans le sac aux lettres du premier navire américain qui arriverait de New- York. Il est bon d'ajouter que mon bulletin était à l'adresse du Constitutionnel qui s'empressa de le publier aussitôt reçu et moi de courir chez le général, mon journal à la main, i Très bien, me dit-il en riant, je m'avoue battu; mais non convaincu, car il y a sans aucun doute beaucoup d'exagération dans tout ce qui se publie sur Bolivar et les Indépendants, mais il y a des vérités incontestables. » Nous étions d'accord.

Si j'eus à me plaindre de quelques anciens camarades dont l'amitié était aussi fragile que leurs vertus, j'en trouvai d'autres qui s'empressèrent de me donner des nouvelles preuves de leur vieille sympathie. Je placerai à leur tête le capitaine Surgis de rex-2« lanciers que je connaissais depuis 1807. Ce loyal et bon ami restait alors à Fontainebleau près de sa digne mère; il était à la demi-solde et venait d'en toucher un mois lorsqu'il apprit mon retour et ma position; sa demi-solde était de quatre-vingts francs par mois; il m'en envoya cinquante sans que je les lui eusse demandés. Dans une lettre toute fraternelle, ce digne ami me disait : « J'aime ma mère comme toi la tienne; je veux qu'elle continue à prendre sa tasse de café; c'est pour ce motif que je ne t'envoie pas mon mois tout entier; viens nous embrasser en passant ici; tu retrouveras ton ami Surgis tel que tu l'as laissé, etc. »

Théodore Bouvier, qui avait servi avec moi dans le

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